Le Nguon est un rite agraire qui s'articule autour des trois événements ci-après:

Le Nguon fait son entrée rituelle dans le Palais exclusivement dans la nuit de Vendredi. C'est le Nguon de NJIH MONCHARE de NJIMOM qui est le premier à entrer. Tout se passe comme une retraite aux flambeaux: toutes les lumières sont éteintes à l'exception des flambeaux des «Fona- Nguon», lesquels animent par les chants et danses du Nguon . Sous le Roi NJOYA, certains mots de la langue Shümum étaient introduits parmi les paroles du chant de Nguon.
Les femmes en particulier sont exclues de toute prestation de Nguon. En effet son mysticisme pourrait tuer ou rendre stérile.
Le Roi fait alors servir autant de plats de couscous que de groupes de Nguon (plus d'une centaine). Cette veillée dure jusqu'au matin.
Le lendemain après l'installation du Roi sur le trône sous les ovations du public, il appelle les «Fona-Nguon» pour leur demander ce qu'ils ont entendu et enregistré dans leur «SHIRUM» (rumeur du peuple et des féticheurs).
Le représentant des «Fona-Nguon» rapporte au Roi ce que le peuple dit de lui, son entourage et le pays. Après cet aveu des chefs du Nguon, le Roi leur demande d'aller sur la place du marché avec «Tagu» ministre de la justice, pour annoncer un changement pour l'année à venir. C'est après qu'aura lieu la confession, la prestation de serment de fidélité et le renouvellement des actes d'allégeance et de soumission de tous les «Kom», des «Fonan-Nguon» et de «Tagu». Chacun d'eux évoque sur soi la malédiction si d'aventure ils venaient à écouter les rumeurs contre le Roi sans mettre ce dernier au courant.
Pendant ce temps les «Pon-Nguon» ou petits serviteurs des «Fon-Nguon» vont sur la place publique asperger la population d'une coction contenue dans un récipient «Ghuet-Rum» (mélange d'écorces et d'herbes). Ce geste est signe de rémission des péchés de la population. Ceux qu'ils accostent sont tenus de leur donner de petits cadeaux. Les «Pon-Nguon» aspergent le Palais au petit matin du samedi.
Le même jour à 10 heures du matin, les «Kom» et les notables entourent le Roi et l'accompagnent à la Cour d'apparat. C'est là que Sa Majesté prêtera serment de loyauté et de bonne régence sur le peuple. Il termine par l'immolation d'agneaux en sacrifice en la mémoire de ses ancêtres. Avec la sortie du «Gbetnja» et ces sacrifices rituels prennent fin les cérémonies officielles du Nguon.
Notons que les «kom» et les notables entourent le roi pour sa protection en cas d'un éventuel coup d'Etat. L’histoire rapporte que certains rois ont essuyé des coups semblables montés par leurs ennemies de l'intérieur ou de l'extérieur: les rois Ngapna et Gbet-Kom, respectivement huitième roi (1814-1817) en ont été les illustres victimes.

Déjà sous NSHARE YEN, la fonction du tribunal du peuple que remplit le Nguon fait que lorsque quelque chose n'allait pas dans le pays, les sept «Kom» fondateurs de la dynastie venaient de Njimon pour rencontrer les trois «Titafon» qui l’introduisaient auprès du Roi. Le Fon faisait appeler ses deux adjoints, Momafonshut, Pon-Mafon, Machut et Tagu pour tenir une réunion avec eux. Et si l'affaire n'était pas très importante, Tagu convoquait le peuple au palais pour écouter la déclaration royale en vu de régler le litige. La nouvelle ira alors de bouche à oreille et l'information circulara de cette manière pour arriver dans l'arrière pays. Mais si l'affaire est importante, le Fon (roi) demande d'annoncer au peuple qu’en une date choisie, le «Ku-mutgu» (lance justicière) sera planté à «Kueyen-ja» (cour d'apparat) et que tous les notables sont priés de s'y présenter. Après délibération, le notable sera pendu ou frappé d'amende. Et si c'est le roi qui est accusé, il sera jugé et frappé d'amende.
Toutefois s'il y'a récidive, à la troisième fois, le Nguon est convoqué en séance extraordinaire. C'est alors que le jeudi suivant, tous les FonaNguon se réunissent chez Nji-Njiamgbie (à Mamben). Lorsqu'ils en auront discuté, Njiamgbie les conduira auprès de Njifonfon (premier ministre). Le Fona-Nguon disent à Njifonfon tout ce qu'ils diront le samedi matin devant le « Ku-mutgu ». Il appartient à Njifonfon de rapporter leur discours à sa Majesté afin que le monarque sache quelle réponse leur donner le moment venu.
Le 3ème millénaire est plus précisément sur le règne du Sultan Ibrahim MBOMBO NJOYA, Roi des Bamoun, nous nous devons de préciser, que les éditions actuelles du Nguon connaissent les même réquisitoires et les même amendes d'antan, mais au demeurant le Nguon se veut davantage une opération marketing du département du Noun, en même temps qu'une occasion de rassemblement du peuple Bamoun. Bref une exposition des forces et des faiblesses ainsi qu’un festival de la culture de tout un peuple.
Le Nguon se clôture désormais les Dimanches matin par un « Fit-kindi » (simulacre de guerre) qui est un mécanisme exceptionnel de mobilisation des foules derrière le monarque.
SOURCES:
1- Entretien et propos recueillis auprès du sultan EL Hadji NJIMOLUH NJOYA en 1975 et 1987 (Foumban)
2- Claude Tardits: le Royaume Bamoun
3- Rabiatou NJOYA MOMAFON