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YAOUNDE

Les origines et les protagonistes du Nguon

Historique

Les origines et les protagonistes du Nguon
  • © Palais Bamoun
  • Ecriture inventée par le roi Njoya

Sous La coordination de S.M. EL-Hadj MBOMBO NJOYA IBRAHIM, ROI des Bamoun, a eu lieu en Decembre 2006 à Foumban la 541e édition de la fête du Ngouon, festival culturel, à la fois comice agricole et conférence du peule souverain face à son roi placé devant le «Ku-mutngu»

Le Nguon est un rite agraire qui s'articule autour des trois événements ci-après:

  • Une entrée en processus nocturne des membres de la confrérie de Nguon « (Les «Fonaguon ») dans la grande salle du palais des Rois, suivie des chants, de musiques et d'instruments spécifiques.

  • Un échange de médecines entre le Roi et les membres de la confrérie - cérémonie intitulée «SHA'PAH» où le Roi collecte les remèdes des «FONAGUON»

  • Une scène publique au cours de laquelle, le Roi est provisoirement destitué de ses fonctions. Après la scène de dénonciation pour des manquements enregistrés dans le pays au cours des deux dernières années, le Roi se justifie et sera autorisé à s'asseoir de nouveau sur le trône après avoir fourni des arguments convaincants.


  • La fête du Nguon avait lieu tous les ans et au quatrième mois des pluies (mois de Juillet). Le pays était placé sous la responsabilité du Roi et des notables. Ces derniers collectaient de leurs administrés les «gnam Nguon» ou provisions du Nguon qu'ils reversaient à l'intendance du palais en échange d'autres produits qui manquaient dans leurs contrées.

    Le Nguon se déroulait exclusivement au palais et le Roi saisissait cette occasion pour mieux connaître ce que chaque village produisait en vue d'une planification plus rationnelle des cultures dans son royaume. Il offrait à la fin des festivités du Nguon des semences de cultures qui poussent dans chacun des villages pour en faire l'expérimentation.

    Cette assemblée populaire donnait aux «Fon Nguon» et aux «Kom» l'opportunité de conduire une enquête sur la régence du Roi. Le Roi, son entourage et le peuple étaient tour à tour soit accusés soit félicités. C'étaient les assises traditionnelles du peuple, et le rituel du NGUON avait pour but de:

  • protéger la tribu de tous les maux;

  • affermir la régence du Roi ou l'écarter le cas échéant;

  • consolider les récoltes;

  • commémore les monarques précédents.


  • Ce festival culturel, à la fois Comice agricole, était donc également une conférence du peuple souverain devant le «Ku-mutngu», manifestation d'une démocratie agissante.

    Le Ngoun est célébré depuis 1394 et s’est perpétré sous la régence de tous les monarques qui ont succédé à SHARE YEN jusqu’à Njoya. Ce qui facilita la précision chronologique des évènements historiques Bamoun. L’édition 2006 est la 541e du genre.

    Mais en 1924 l'administration coloniale Française interdit la célébration du Nguon et indexa le roi NJOYA Ibrahim, l'accusant d'exploiter son propre peuple.

    Le 18e monarque de la Dynastie Bamoun, El Hadj NJIMOLUH NJOYA Seidou n'a célébré que quatre fois le Nguon pendant presque soixante ans de règne. Ce fut à l'occasion d'évènements ponctuels tels:
  • 1958 : Inauguration de la mosquée centrale de Foumban ;

  • 1963 : Jubilé de ses trente ans de règne;

  • 1976 : Journées économiques;

  • 1985 : Inauguration du palais Royal et jubilé de ses 50 ans de règne.


  • La périodicité de l'événement a été ramenée à deux ans depuis sa réintroduction en 1993 par le Roi actuel, le Sultan El Hadj Ibrahim MBOMBO NJOYA Roi des Bamoun qui a célébré le Nguon en Août 1993 pour clôturer le deuil de son père et prédécesseur, en même temps qu'il fêtait sa première année de règne.

    ENTREE RITUELLE DU NGUON AU PALAIS

    rituel_bamoun.jpg

    Le Nguon fait son entrée rituelle dans le Palais exclusivement dans la nuit de Vendredi. C'est le Nguon de NJIH MONCHARE de NJIMOM qui est le premier à entrer. Tout se passe comme une retraite aux flambeaux: toutes les lumières sont éteintes à l'exception des flambeaux des «Fona- Nguon», lesquels animent par les chants et danses du Nguon . Sous le Roi NJOYA, certains mots de la langue Shümum étaient introduits parmi les paroles du chant de Nguon.

    Les femmes en particulier sont exclues de toute prestation de Nguon. En effet son mysticisme pourrait tuer ou rendre stérile.

    Le Roi fait alors servir autant de plats de couscous que de groupes de Nguon (plus d'une centaine). Cette veillée dure jusqu'au matin.

    Le lendemain après l'installation du Roi sur le trône sous les ovations du public, il appelle les «Fona-Nguon» pour leur demander ce qu'ils ont entendu et enregistré dans leur «SHIRUM» (rumeur du peuple et des féticheurs).

    Le représentant des «Fona-Nguon» rapporte au Roi ce que le peuple dit de lui, son entourage et le pays. Après cet aveu des chefs du Nguon, le Roi leur demande d'aller sur la place du marché avec «Tagu» ministre de la justice, pour annoncer un changement pour l'année à venir. C'est après qu'aura lieu la confession, la prestation de serment de fidélité et le renouvellement des actes d'allégeance et de soumission de tous les «Kom», des «Fonan-Nguon» et de «Tagu». Chacun d'eux évoque sur soi la malédiction si d'aventure ils venaient à écouter les rumeurs contre le Roi sans mettre ce dernier au courant.

    Pendant ce temps les «Pon-Nguon» ou petits serviteurs des «Fon-Nguon» vont sur la place publique asperger la population d'une coction contenue dans un récipient «Ghuet-Rum» (mélange d'écorces et d'herbes). Ce geste est signe de rémission des péchés de la population. Ceux qu'ils accostent sont tenus de leur donner de petits cadeaux. Les «Pon-Nguon» aspergent le Palais au petit matin du samedi.

    Le même jour à 10 heures du matin, les «Kom» et les notables entourent le Roi et l'accompagnent à la Cour d'apparat. C'est là que Sa Majesté prêtera serment de loyauté et de bonne régence sur le peuple. Il termine par l'immolation d'agneaux en sacrifice en la mémoire de ses ancêtres. Avec la sortie du «Gbetnja» et ces sacrifices rituels prennent fin les cérémonies officielles du Nguon.

    Notons que les «kom» et les notables entourent le roi pour sa protection en cas d'un éventuel coup d'Etat. L’histoire rapporte que certains rois ont essuyé des coups semblables montés par leurs ennemies de l'intérieur ou de l'extérieur: les rois Ngapna et Gbet-Kom, respectivement huitième roi (1814-1817) en ont été les illustres victimes.

    ASSEMBLEE EXTRAORDINAIRE DU NGUON

    roi_njoya.jpg

    Déjà sous NSHARE YEN, la fonction du tribunal du peuple que remplit le Nguon fait que lorsque quelque chose n'allait pas dans le pays, les sept «Kom» fondateurs de la dynastie venaient de Njimon pour rencontrer les trois «Titafon» qui l’introduisaient auprès du Roi. Le Fon faisait appeler ses deux adjoints, Momafonshut, Pon-Mafon, Machut et Tagu pour tenir une réunion avec eux. Et si l'affaire n'était pas très importante, Tagu convoquait le peuple au palais pour écouter la déclaration royale en vu de régler le litige. La nouvelle ira alors de bouche à oreille et l'information circulara de cette manière pour arriver dans l'arrière pays. Mais si l'affaire est importante, le Fon (roi) demande d'annoncer au peuple qu’en une date choisie, le «Ku-mutgu» (lance justicière) sera planté à «Kueyen-ja» (cour d'apparat) et que tous les notables sont priés de s'y présenter. Après délibération, le notable sera pendu ou frappé d'amende. Et si c'est le roi qui est accusé, il sera jugé et frappé d'amende.
    Toutefois s'il y'a récidive, à la troisième fois, le Nguon est convoqué en séance extraordinaire. C'est alors que le jeudi suivant, tous les FonaNguon se réunissent chez Nji-Njiamgbie (à Mamben). Lorsqu'ils en auront discuté, Njiamgbie les conduira auprès de Njifonfon (premier ministre). Le Fona-Nguon disent à Njifonfon tout ce qu'ils diront le samedi matin devant le « Ku-mutgu ». Il appartient à Njifonfon de rapporter leur discours à sa Majesté afin que le monarque sache quelle réponse leur donner le moment venu.

    Le 3ème millénaire est plus précisément sur le règne du Sultan Ibrahim MBOMBO NJOYA, Roi des Bamoun, nous nous devons de préciser, que les éditions actuelles du Nguon connaissent les même réquisitoires et les même amendes d'antan, mais au demeurant le Nguon se veut davantage une opération marketing du département du Noun, en même temps qu'une occasion de rassemblement du peuple Bamoun. Bref une exposition des forces et des faiblesses ainsi qu’un festival de la culture de tout un peuple.
    Le Nguon se clôture désormais les Dimanches matin par un « Fit-kindi » (simulacre de guerre) qui est un mécanisme exceptionnel de mobilisation des foules derrière le monarque.

    SOURCES:
    1- Entretien et propos recueillis auprès du sultan EL Hadji NJIMOLUH NJOYA en 1975 et 1987 (Foumban)
    2- Claude Tardits: le Royaume Bamoun
    3- Rabiatou NJOYA MOMAFON

    • 07-05-2007
    • Photo2: © Palais Bamoun - Rituel Bamoun
    • Photo3: © Palais Bamoun - Le Roi EL-Hadj MBOMBO NJOYA IBRAHIM au milieu
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