Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
Vers une Convention pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel

Paris – Qu’il soit terrestre ou sous-marin, culturel ou naturel, mobilier ou immobilier, le patrimoine matériel de l’humanité est aujourd’hui protégé, en temps de paix comme en temps de guerre, par quatre conventions internationales adoptées par les Etats membres de l’UNESCO en 1954, 1970, 1972 et 2001. Pourtant, un peu partout dans le monde, une autre composante très importante de l’héritage culturel des peuples - leur patrimoine immatériel, formé de traditions orales, coutumes, musiques, danses, rituels, fêtes, ou médecines traditionnelles - court de sérieux risques de disparaître si des mesures de sauvegarde appropriées ne sont pas prises.


Pour combler cette lacune, les Etats membres de l’UNESCO, lors de la 31e session de la Conférence générale en novembre 2001, ont décidé que « la question doit être réglementée par la voie d’une convention internationale » et ont invité le Directeur général « à lui soumettre à sa 32e session un rapport sur la situation devant faire l’objet d’une action normative et sur l’étendue possible d’une telle action, ainsi qu’un avant-projet de convention internationale ». Ils prenaient ainsi acte de la nécessité d’apporter une protection juridique internationale à des manifestations fragiles par nature et aujourd’hui particulièrement exposées aux effets de la mondialisation, de la dégradation de l’environnement ou, tout simplement, de l’inévitable évolution des modes de vie. Du 24 février au 1er mars prochain, des experts gouvernementaux d’une centaine de pays se réuniront à l’UNESCO pour étudier un avant-projet.

Pour le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, « La tâche est urgente, car les menaces qui pèsent sur le patrimoine immatériel sont immenses. Dans beaucoup de parties du monde, nombre de ses expressions ont totalement disparu ou sont en voie de disparition imminente du fait des processus de mondialisation et de l’impact des nouvelles cultures de masse. Malheureusement, le patrimoine immatériel se voit donc ainsi chaque jour de plus en plus marginalisé, alors même qu’il constitue, pour tous les peuples, la source essentielle de leur identité ». Koïchiro Matsuura ajoute : « Et la rapidité des évolutions du monde contemporain me fait craindre que si nous n’agissons pas rapidement, le monde pourrait irrémédiablement perdre une richesse essentielle et vitale : sa diversité ».

La sauvegarde du patrimoine culturel immatériel est un processus complexe, car elle concerne une multiplicité d’acteurs, au premier rang desquels les populations qui les font vivre. Mais l’UNESCO estime que les gouvernements ont également un rôle majeur à jouer, en identifiant, avec l’aide d’experts, de créateurs et des populations concernées, les formes et expressions culturelles particulièrement significatives pour une communauté, et pouvant avoir une valeur universelle. Pour que cette sauvegarde soit efficace, l’Organisation propose que soient créés des organismes locaux et nationaux de gestion, des programmes éducatifs et des dispositifs législatifs, à côté des mécanismes internationaux de coopération technique et financière. Toutes ces mesures, de même que l’identification, la collecte d’information et la documentation des pratiques et manifestations du patrimoine immatériel de l’humanité sont les objectifs principaux de la convention envisagée.
Le travail de l’UNESCO dans ce domaine n’est pas récent : en 1989, ses Etats membres ont adopté la Recommandation sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire ; mais sa nature non contraignante ne lui a pas donné toute l’efficacité souhaitée. En 2001, sur recommandation d’un jury international présidé par l’écrivain espagnol Juan Goytisolo, le Directeur général a proclamé les dix-neuf premiers Chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité*. Cette proclamation a considérablement stimulé l’intérêt porté au patrimoine immatériel et permis une meilleure perception de son rôle essentiel dans l’identité culturelle des peuples. Un nombre croissant d’Etats ont ainsi pris la mesure de l’urgence d’agir au niveau national et international. En témoigne le nombre croissant de candidatures reçues en vue de la deuxième proclamation, prévue en juillet 2003. A ce jour, l’UNESCO a reçu plus de soixante candidatures nationales ou multinationales, qui seront d’abord analysées par des organisations non gouvernementales spécialisées dans leurs aspects techniques avant d’être soumises au jury international.

La réunion qui commencera le lundi 24 est en fait la deuxième session d’une première réunion intergouvernementale tenue au Siège de l’UNESCO en septembre 2002. 281 spécialistes de 120 Etats membres avaient débattu d’une première esquisse de convention. Cette fois, leur mandat sera tout d’abord de déterminer le champ d’application de l'avant-projet de convention internationale, puis d’en avancer l’élaboration.

Pour l’essentiel, les débats porteront sur la définition exacte du patrimoine culturel immatériel et sur la nature des mécanismes de coopération financière et technique à mettre en œuvre pour le sauvegarder.
C’est sur la base de ces consultations intergouvernementales que le Directeur général présentera un rapport, assorti d’un avant-projet de Convention, aux 190 Etats membres de l’UNESCO (puisque l’UNESCO devrait accueillir en son sein deux nouveaux Etats membres, le Timor-Leste et les Etats-Unis d’Amérique) à l’occasion de la prochaine session de la Conférence générale, en octobre 2003.

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* Il s’agit des manifestations suivantes : la langue, les danses et la musique des Garifuna (Belize) ; le patrimoine oral Gèlèdé (Bénin) ; le carnaval d’Oruro (Bolivie) ; l’opéra Kunqu (Chine) ; les trompettes Gbofe d’Afounkaha : la musique et l’espace culturel de la communauté Tagbana (Côte d’Ivoire) ; le patrimoine oral et les manifestations culturelles du peuple Zápara (Equateur et Pérou) ; le mystère d’Elche (Espagne), l’espace culturel et la culture orale des Semeiskié (Fédération de Russie) ; le chant polyphonique géorgien (Georgie) ; l’espace culturel du Sosso-Bala (Guinée) ; le théâtre sanscrit Kuttiyattam (Inde) ; le théâtre de marionnettes sicilien Opera dei Pupi (Italie) ; le théâtre Nôgaku (Japon) ; la création et le symbolisme des croix en Lituanie (Lituanie) ; l’espace culturel de la place Jemaa el-Fna (Maroc) ; l’espace culturel du district Boysun (Ouzbekistan) ; les récits chantés Hudhud des Ifugao (Philippines) ; le rituel royal ancestral et la musique rituelle du sanctuaire de Jongmyo (République de Corée) ; l’espace culturel de la fraternité du Saint-Esprit des Congos de Villa Mella (République Dominicaine).

Les journalistes souhaitant s’accréditer sont priés de téléphoner au 33 (0)1 45 68 17 48.


 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N° 2003-15
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Date de publication 21 Feb 2003
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