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Les Editions UNESCO publient la première traduction de la 'Divine Comédie' en arabe en vers libres

Paris - Pour la première fois, la Divine Comédie de Dante Alighieri paraît en arabe en vers libres. Ce chef d’œuvre de la littérature mondiale, achevé par le poète italien vers 1321, avait déjà été traduit en arabe mais sous forme de narration.

Cette nouvelle traduction, réalisée à partir de l’original italien et de plusieurs traductions françaises, est l’œuvre du critique littéraire et poète français d’origine irakienne Kadhim Jihad, qui est aussi maître de conférence à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Elle est coéditée par l’UNESCO et l’Institut arabe de recherche et d’édition, basé à Beyrouth (Liban).

La Divine Comédie est composée de 14 233 vers répartis en tercets, regroupés en 100 chants, eux-mêmes divisés en trois parties : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis.

En transcrivant ce long poème en tercets de vers libres (irréguliers et non rimés) - ou en « poème en prose » -, Kadhim Jihad s’est appliqué à retrouver sa musicalité. « Les métriques arabe et italienne n’obéissent pas aux mêmes règles et il aurait été surfait de tenter une traduction en respectant la versification originale, dit-il. J’ai opté pour des tercets en vers libres car ceux-ci permettent de mieux s’approcher de la musique des mots de Dante. »

Dans sa longue introduction, Kadhim Jihad souligne également que le monde arabo-islamique et la Divine Comédie ne sont pas étrangers l’un à l’autre, même si Dante était chrétien et très proche, sur le plan intellectuel, de Saint Thomas d’Aquin.

« On a souvent évoqué une influence littéraire et philosophique arabe sur la Divine Comédie, rappelle Kadhim Jihad. Selon les historiens par exemple, Dante fréquentait un cercle d’études averroïstes ». Il cite d’ailleurs les philosophes Averroès et Avicenne dans son œuvre.

Sur le plan littéraire, on a également comparé la Divine Comédie à d’autres « voyages dans l’au-delà » produits antérieurement par des auteurs et philosophes arabes du Moyen Age. Kadhim Jihad cite notamment l’Echelle de Mohamed, ou le Voyage nocturne de Mohamed (anonyme) et l’Epître du Pardon d’Al Maari.

Cette nouvelle traduction de la Divine Comédie est publiée dans la Collection des œuvres représentatives de l’UNESCO. Fondée dès 1948, cette collection a stimulé la traduction et la diffusion d’œuvres littéraires écrites dans une centaine de langues, à une époque où les éditeurs s’y intéressaient peu, afin d’encourager la transmission des idées et des valeurs entre bassins culturels différents
(http://www.unesco.org/culture/creativity/literature/html_fr/collection.shtml).

A ce jour, la Collection des œuvres représentatives de l’UNESCO compte quelque 1 300 titres dans une trentaine de langues, dont 35 titres en arabe. Elle a permis la traduction en arabe de classiques d’Aristote, Locke, Voltaire ou Genet, entre autres, ainsi que la diffusion en anglais et en français d’une quarantaine d’œuvres d’auteurs de langue arabe, dont Al-Farabi, Al-Ghazali, Averroès et Avicenne.

Ce travail est d’autant plus précieux que la région arabe connaît « une forte pénurie de nouveaux livres » et que les tendances en matière de traduction y sont « décourageantes », selon le premier Rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur le développement humain dans les pays arabes, lancé au Caire en juillet 2002.

Selon l’Index Translationum de l’UNESCO (http://www.unesco.org/culture/xtrans/), considéré comme une référence en ce qui concerne les statistiques sur les traductions, 6 881 livres seulement ont été traduits en arabe depuis 1970, soit l’équivalent du total des livres traduits en lituanien pendant la même période, alors que le monde compte quelque 221 millions d’arabophones mais seulement 4 millions de locuteurs du lituanien1.

Au palmarès des langues dans lesquelles ont été traduits le plus de livres depuis 1970, l’allemand (128 millions de locuteurs), l’espagnol (417 millions de locuteurs) et le français (128 millions de locuteurs) caracolent en tête, avec respectivement 205 918, 150 312 et 132 270 titres chacun. La langue arabe, elle, n’arrive qu’au 27e rang, juste derrière le grec moderne (12 millions de locuteurs) et l’estonien (1,1 million de locuteurs).

Pour poursuivre le travail de « passeur » intellectuel qu’elle accomplit depuis plusieurs décennies, l’UNESCO a récemment lancé un Centre d’échanges d’informations sur la traduction littéraire (http://www.unesco.org/culture/lit). Ce centre ambitionne de devenir le premier réseau mondial de traducteurs et d’éditeurs, à une époque où les maisons d’édition sont devenues très friandes de « littérature du monde ».


1. Les statistiques concernant le nombre de locuteurs par langue sont tirées de Ethnologue, 14e édition, Summer Institute of Linguistics (http://www.ethnologue.com).


Achat direct en ligne aux Editions UNESCO : http://www.unesco.org/publishing



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Avis aux médias No. 2003-02
Generic Field
Arabe
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Date de publication 16 Jan 2003
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