Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
103 pays demandent a l'UNESCO d'élaborer une convention internationale sur le dopage dans le sport

Paris - Les ministres et hauts responsables de l'Education physique et du Sport de 103 pays ont demandé aujourd'hui à l'UNESCO d'élaborer, avec la collaboration de l'ONU et d'autres agences compétentes, une convention internationale sur le dopage dans le sport.

Réunis pendant deux jours au siège de l'UNESCO à Paris pour une Table ronde de ministres de l'Education physique et du Sport qui s'est terminée ce soir, 45 ministres et de nombreux hauts responsables de l'éducation physique et du sport de 103 pays ont adopté un communiqué dans lequel ils appellent à donner au sport sa juste place dans les systèmes éducatifs, à protéger davantage les jeunes sportifs contre les risques inhérents au sport de haut niveau et à lutter contre le dopage, notamment à travers l'élaboration d'un instrument international.

Soulignant que " le dopage risque de tuer le sport comme il tue les sportifs ", les ministres et représentants des 103 Etats présents ont rappelé que " pour lutter contre ce risque qui se développe chez les jeunes, la prévention est l'arme la plus efficace ". Ils ont reconnu " le besoin d'une coordination accrue des efforts à l'échelle internationale […] en harmonisant les règles et pratiques ". Pour ce faire, ils ont insisté sur le caractère urgent de l'élaboration d'une convention internationale.

Les participants se sont engagés à " accélérer l'élaboration d'une Convention internationale contre le dopage basée sur la Convention anti-dopage du Conseil de l'Europe, et demander à l'UNESCO, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, d'autres organisations compétentes du Système des Nations Unies et le Conseil de l'Europe, en collaboration étroite avec d'autres instances concernées telles que le Comité international olympique, l'Agence mondiale contre le dopage et l'IICGADS [Intergovernmental Consultative Group on Anti-Doping in Sport.], de coordonner la préparation, si possible avant les Jeux olympiques d'été de 2004, et l'adoption, si possible avant les Jeux olympiques d'hiver de 2006, d'un instrument international universel à cet effet ".

Les Etats participants ont en conséquence invité le Directeur général de l'UNESCO à " porter à la connaissance du Secrétaire général des Nations Unies les conclusions de la présente Table ronde, en attirant particulièrement son attention sur l'importance de l'éducation physique et du sport ainsi que sur l'opportunité d'engager un débat à ce sujet à l'Assemblée générale, en lui demandant la collaboration de l'Organisation des Nations Unies et d'autres agences compétentes du Système des Nations Unies dans l'élaboration d'une Convention internationale sur le dopage dans le sport ".

Dans leur communiqué, les 103 Etats participants ont en outre noté que l'éducation physique connaît dans nombre de pays " une marginalisation croissante au sein des systèmes éducatifs ". Cette marginalisation intervient alors que le sport est devenu une activité économique d'importance et jouit d'une notoriété sans précédent à l'échelle mondiale.

Pour lutter contre cette marginalisation, ils se sont engagés à " œuvrer activement pour que la place de l'éducation physique et du sport au sein et à l'extérieur des systèmes éducatifs soit pleinement reconnue et développée ", ce qui implique l'élaboration de " stratégies de lutte contre toutes formes de discrimination liées au genre, au revenu, à l'origine sociale ou géographique, ou à l'existence d'un handicap ".

Ils se sont également engagés à " mettre en place des systèmes de suivi afin de passer régulièrement en revue la situation de l'éducation physique " dans leurs pays et à " revitaliser la pratique des sports et jeux traditionnels, qui sont des vecteurs essentiels des identités culturelles ".

Les participants se sont également penchés sur la protection des jeunes sportifs, protection qui couvre notamment " la prévention de dangers tels que le travail des enfants, la violence, le dopage, la spécialisation précoce, le surentraînement, l'exploitation liée à la commercialisation, aussi bien que les menaces et privations moins visibles telles que la rupture prématurée des liens familiaux et la perte de référents sportifs, sociaux et culturels ".

Dans ce domaine, ils se sont engagés à " prendre des mesures appropriées […] afin de freiner la perte, par les pays en développement, de jeunes sportifs talentueux grâce à l'amélioration des structures de formation, y compris la mise en place de centres régionaux de formation de haut niveau ".


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Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du Communiqué final de la table ronde :


TABLE RONDE DES MINISTRES ET HAUT RESPONSABLES
CHARGES DE L'EDUCATION PHYSIQUE ET DU SPORT




Communiqué


1. A l'issue de la Table ronde des ministres et haut responsables chargés de l'éducation physique et du sport, qui s'est réunie à Paris les 9 et 10 janvier 2003, nous, Ministres et hauts responsables chargés de l'éducation physique et du sport, participant et représentés, avons dégagé, sur la base de nos échanges, les positions communes suivantes :

(a) Il est paradoxal de constater qu'à l'heure où le sport est devenu une activité économique d'importance, jouit d'une notoriété et d'une visibilité sans précédent à l'échelle mondiale, et est considéré comme un élément du dialogue interculturel, l'éducation physique connaît dans nombre de pays une marginalisation croissante au sein des systèmes éducatifs, alors qu'elle constitue un vecteur privilégié non seulement pour la santé et le développement physique, mais aussi pour l'acquisition des valeurs nécessaires à la cohésion sociale et au dialogue interculturel. Un défi particulier consiste à fournir des opportunités pour l'exercice de l'éducation physique dans les pays les moins avancés. L'éducation physique et le sport sont d'excellentes occasions pour les jeunes d'apprendre à communiquer, à coopérer, à travailler en équipe, à respecter les autres, à intégrer la discipline, et à accepter l'échec - tous aspects qui ont une importance croissante dans un monde globalisé dans lequel les identités culturelles sont menacées et dans lequel apprendre à vivre ensemble en paix et en harmonie est une condition indispensable. L'éducation physique, en tant que composante essentielle de la qualité de l'éducation et partie intégrante de l'éducation tout au long de la vie, contribue à l'acquisition de valeurs éthiques et encourage la pratique du fair-play.

(b) La protection des jeunes sportifs doit être appréhendée à la lumière des principes énoncés dans la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant. C'est pourquoi elle ne devrait pas être entendue seulement en termes de santé comme d'intégrité physique et psychologique. Elle implique également une éducation de qualité permettant un accomplissement personnel et professionnel à long terme. Des modalités flexibles d'enseignement devraient être mises en place à cette fin, qui répondent aux besoins éducatifs des jeunes sportifs. La protection couvre également la prévention de dangers tels que le travail des enfants, la violence, le dopage, la spécialisation précoce, le surentraînement, l'exploitation liée à la commercialisation, aussi bien que les menaces et privations moins visibles telles que la rupture prématurée des liens familiaux et la perte de référents sportifs, sociaux et culturels.

(c) Le dopage, comme manquement à l'éthique sportive et atteinte à la santé publique, risque de tuer le sport comme il tue les sportifs. Pour lutter contre ce risque qui se développe chez les jeunes, la prévention est l'arme la plus efficace. Cette prévention passe par l'éducation et l'information, la recherche et le suivi médical, ainsi que par la dissuasion, les contrôles et les sanctions. Il faut reconnaître le besoin d'une coordination accrue des efforts à l'échelle internationale qui permette de lutter efficacement contre ce fléau, en harmonisant les règles et pratiques et en obtenant l'adhésion à ces règles et pratiques de l'ensemble des partenaires concernés. La responsabilité principale en ce domaine incombe aux Etats, mais certains d'entre eux doivent bénéficier d'une assistance à cet effet. Aussi, l'urgence d'élaborer une convention internationale contre le dopage doit-elle être soulignée, car seul un instrument international de cette nature permettra de faire passer de manière cohérente les mesures de prévention et de contrôle nécessaires dans les législations nationales.

2. En conclusion, nous, Ministres et hauts responsables chargés de l'éducation physique et du sport, participant et représentés, nous engageons à :

(a) Renforcer nos efforts pour mettre en oeuvre les recommandations adoptées lors de la Troisième Conférence internationale des ministres et hauts fonctionnaires responsables de l'éducation physique et du sport (MINEPS III) ;

(b)
- Oeuvrer activement pour que la place de l'éducation physique et du sport au sein et à l'extérieur des systèmes éducatifs soit pleinement reconnue et développée ; ce qui implique des actions volontaristes pour améliorer les programmes scolaires, les infrastructures et équipements sportifs, le statut de l'éducation physique et la formation initiale et continue des enseignants ; ce qui implique également l'élaboration de stratégies de lutte contre toutes formes de discriminations liées au genre, au revenu, à l'origine sociale ou géographique, ou à l'existence d'un handicap.
- Mettre en place des systèmes de suivi afin de passer régulièrement en revue la situation de l'éducation physique dans nos pays respectifs, en particulier sa place dans les systèmes d'évaluation.
- Renforcer la coopération entre les différents partenaires (la famille, l'école, les clubs et associations sportifs, les communautés, autorités locales et autres autorités pertinentes, le secteur public et privé) afin de créer une synergie permettant d'assurer une éducation physique de qualité pour tous.
- Soutenir les pays les moins avancés dans leurs efforts pour offrir davantage d'opportunités d'éducation physique et de sport à leurs populations.
- Revitaliser la pratique des sports et jeux traditionnels, qui sont des vecteurs essentiels des identités culturelles, et favoriser leur interaction avec les disciplines modernes.


(c)
- Prendre des mesures appropriées, aux niveaux national et international, afin de freiner la perte, par les pays en développement, de jeunes sportifs talentueux grâce à l'amélioration des structures de formation, y compris la mise en place de centres régionaux de formation de haut niveau.

- Fournir une information et une formation appropriées à tous les partenaires concernés, à savoir parents, enseignants, entraîneurs, agents, responsables des clubs et associations, médias, etc., afin qu'ils aident, par leurs avis et conseils, les jeunes à faire des choix éclairés.

- Favoriser, à travers l'UNESCO et le Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport (CIGEPS), et sur la base des instruments normatifs internationaux existants, la définition de principes acceptables à l'échelle mondiale qui assurent aux jeunes talents un développement de leur potentiel athlétique sans qu'il soit porté atteinte à leurs droits fondamentaux ; et encourager à cet effet l'ensemble des professions concernées à développer un " code de bonnes pratiques ", en étroite coopération avec les mouvements sportifs.

(d)

- Renforcer les programmes nationaux de lutte contre le dopage et développer des stratégies à long terme d'information et d'éducation s'adressant à l'ensemble des partenaires concernés, élèves et sportifs, parents et éducateurs, cadres sportifs et médecins, sans oublier les médias ; et promouvoir la coopération et l'assistance internationale à cet effet.
- Etendre les efforts contre le dopage aux activités sportives de loisir et au-delà du sport de compétition.
- Encourager les Etats membres à participer à la Conférence de l'Agence mondiale contre le dopage à Copenhague et soutenir l'élaboration d'un Code mondial contre le dopage, ainsi que les efforts déployés par les mouvements sportifs pour développer des programmes antidopage, en s'appuyant sur les décisions prises par le Groupe consultatif international intergouvernemental anti-dopage dans le sport (IICGADS) à Moscou.
- Œuvrer à étendre le nombre d'Etats parties à la Convention du Conseil de l'Europe contre le dopage.
- Dans le même temps, accélérer l'élaboration d'une Convention internationale contre le dopage basée sur la Convention anti-dopage du Conseil de l'Europe, et demander à l'UNESCO, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, d'autres organisations compétentes du Système des Nations Unies et le Conseil de l'Europe, en collaboration étroite avec d'autres instances concernées telles que le Comité international olympique, l'Agence mondiale contre le dopage et l'IICGADS, de coordonner la préparation, si possible avant les Jeux olympiques d'été de 2004, et l'adoption, si possible avant les Jeux olympiques d'hiver de 2006, d'un instrument international universel à cet effet.

3. Invitons en conséquence le Directeur général de l'UNESCO :

(a) à transmettre, pour action appropriée, ce communiqué aux Etats membres de l'UNESCO, au Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport (CIGEPS) lors de sa réunion du printemps 2003, à la Conférence générale de l'UNESCO à sa 32e session en octobre 2003, et à la Quatrième Conférence internationale des ministres et hauts fonctionnaires responsables de l'éducation physique et du sport (MINEPS IV) en août 2004 ;

(b) à transmettre à la 32e session de la Conférence générale de l'UNESCO la proposition de proclamer une Année internationale de l'éducation physique et du sport pour soumission à l'Assemblée générale des Nations Unies ;

(c) à porter à la connaissance du Secrétaire général des Nations Unies les conclusions de la présente Table ronde, en attirant particulièrement son attention sur l'importance de l'éducation physique et du sport ainsi que sur l'opportunité d'engager un débat à ce sujet à l'Assemblée générale, en lui demandant la collaboration de l'Organisation des Nations Unies et d'autres agences compétentes du Système des Nations Unies dans l'élaboration d'une Convention internationale sur le dopage dans le sport.

4. Nous félicitons de la tenue de la Quatrième Conférence internationale des ministres et hauts fonctionnaires responsables de l'éducation physique et du sport (MINEPS IV) à Athènes en août 2004, à la veille des Jeux olympiques, au cours de laquelle nous continuerons à faire avancer la recherche de solutions sur les trois thèmes traités par la présente Table ronde.

Maison de l'UNESCO, 10 janvier 2003



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N° 2003-02
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Contact éditorial : Jasmina Sopova - Bureau de l'information du public, Section éditoriale. Tél 33 (0)1 45 68 17 17
- Email j.sopova@unesco.org
Date de publication 10 Jan 2003
© UNESCO 1995-2007 - ID: 8725