Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
Revitaliser l'éducation, clé de l'avenir de l'Afghanistan

Un million et demi d'enfants afghans en âge d'être scolarisés ne peuvent aujourd'hui effectuer leur scolarité, par manque d'écoles et d'enseignants, selon les responsables de l'Education nationale de ce pays. Cette pénurie dramatique risque de mettre en péril le fragile processus de paix et de reconstruction, ont averti les membres de la Haute Commission afghane sur l'Education, en concluant samedi (21 décembre) une réunion inaugurale d'une semaine au siège de l'UNESCO à Paris.

La Haute Commission, mise en place à l'initiative du Président de l'Etat islamique d'Afghanistan, Hamid Karzaï, et soutenue par l'UNESCO, est formée de 23 membres, dont des représentants de l'Education nationale, mais aussi des spécialistes afghans vivant à l'étranger. Ils ont été chargés d'élaborer un schéma directeur à long terme pour la reconstruction du système éducatif de l'Afghanistan, un facteur considéré comme décisif pour le développement et la prospérité future du pays.

Saluant l'initiative du Président Karzaï, le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a souligné : " Ce qui est aujourd'hui nécessaire, c'est une vision de l'avenir de l'éducation en Afghanistan. Il faut notamment répondre à cette question: quelle sorte d'éducation est nécessaire pour quelle sorte d'Afghanistan? La réponse dépend des Afghans eux-mêmes ".

Au cours des six mois à venir, la commission va recenser les besoins immédiats du pays et les problèmes en matière d'éducation. Il lui faudra formuler des propositions d'objectifs dans ce domaine, définir des politiques éducatives et des stratégies de développement afin de faire revivre l'enseignement en Afghanistan. Elle formulera l'inscription de ces objectifs dans la Constitution. Elle recommandera les voies et moyens pour y parvenir, et des orientations pour les financements, à court et long terme. La Commission aura à présenter son travail aux autorités afghanes en mai prochain.

Mohammed Younus Qanooni, ministre afghan de l'Education, a souligné l'urgence de cette tâche, à l'ouverture de cette rencontre. " La demande pour l'éducation explose littéralement, aussi bien en primaire et secondaire qu'au niveau universitaire. Nous ne pouvons pas prendre le risque de décevoir ces enfants de la génération de la guerre, ou de les laisser à l'écart du système. Ils sont déjà suffisamment vulnérables et traumatisés. Et pourtant, c'est de leurs rangs que sortiront les dirigeants de demain ".

En dépit d'un effort considérable pour remettre sur pied l'éducation, et des progrès remarquables enregistrés en très peu de temps, le système scolaire est toujours en lambeaux, a souligné le ministre devant la commission. Plus de 70% des infrastructures scolaires du pays ont été détruits. Des 5 063 bâtiments d'écoles, 3 525 ont besoin de restaurations importantes. Nombre d'écoles n'ont ni eau potable, ni électricité ou toilettes. Des classes se tiennent sur les trottoirs, sous des tentes ou sous des arbres, mais à l'approche de l'hiver ces espaces ne peuvent plus être utilisés. L'année dernière, trois millions d'enfants ont fréquenté l'école. Le ministre estime à un million supplémentaire ceux qui vont s'inscrire en 2003, pour l'année scolaire qui débute en mars.

A l'Université, 24 000 étudiants ont été inscrits cette année, mais ce chiffre pourrait monter à 40 000 à la suite des examens d'admission qui vont se dérouler dans les semaines à venir. " Nous n'avons pas les moyens de les accueillir ", a déclaré Mohammed Sharif Fayez, ministre de l'Enseignement supérieur. Il a mis en garde contre le danger d'une situation explosive. " Ces jeunes ont grandi en pensant que les fusils et les bombes pouvaient être la solution. Il faut leur montrer une autre voie et leur offrir les moyens d'édifier un avenir différent. A cet égard, la revitalisation de l'enseignement supérieur est un élément clé pour ce qui arrivera en Afghanistan et pour l'Afghanistan ".

Tout en soulignant que les besoins en infrastructure représentaient " la priorité absolue ", M. Fayez a aussi insisté sur la nécessité vitale d'une reconstruction des compétences et de l'expertise, et cela à tous les niveaux, des gestionnaires du système éducatif aux formateurs de maîtres, tâche qui est au coeur des efforts de l'UNESCO en Afghanistan.

Ce débat professionnel et cet échange entre les experts et intellectuels afghans vivant à l'étranger et les autorités nationales étaient la meilleure manière de recenser et de trouver des solutions aux difficultés que rencontre la nation afghane, a estimé le président afghan Hamid Karzaï dans un message à la commission.

Pour sa part, l'UNESCO financera le secrétariat de la Commission, installé à Kaboul, jusqu'au rendu de son rapport en mai. Koïchiro Matsuura a appelé la communauté internationale à apporter le soutien financier, technique et matériel nécessaire à la reconstruction et à l'essor de l'éducation en Afghanistan. " Une nation éduquée aura toujours un avenir ", a-t-il déclaré.



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N° 2002-106
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Date de publication 23 Dec 2002
© UNESCO 1995-2007 - ID: 8517