Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
Education en Afrique: les ministres font le point sur les progrès

Paris - Les ministres de l'Education du continent africain se rencontrent cette semaine du 2 au 6 décembre à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, pour faire le point sur les progrès accomplis sur la voie d'une éducation de qualité pour tous.

La huitième conférence des ministres africains de l'Education - connue comme MINEDAF - porte sur le thème : "Relever les défis de l'éducation en Afrique : des engagements aux actions". Elle est organisée par l'UNESCO, en coopération avec le pays hôte et l'Union Africaine (UA) et est également soutenue par la Banque mondiale et par l'UNICEF.

"MINEDAF VIII est une occasion en or pour les décideurs de l'éducation en Afrique, de faire le pas décisif de l'engagement à l'action", a déclaré le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura. "La mauvaise qualité de l'éducation, l'impact du HIV/SIDA, la pénurie de professeurs et le manque de ressources : les défis auxquels doit faire face l'éducation en Afrique sont immenses. Pourtant, de nouvelles opportunités existent pour faire face à ces défis avec une vigueur nouvelle et un soutien plus important. Ces opportunités doivent être saisies pour le bien de tous les enfants africains. Après tout, leur éducation est l'avenir de l'Afrique. "

L'Afrique a une des plus fortes croissances démographiques du monde (2,6%). La pauvreté, les guerres et conflits (qui ont touché 17 pays africains sur 53 au cours de la dernière décennie), la dette extérieure et la pandémie du sida s'ajoutent aux difficultés auxquelles doivent faire face des systèmes éducatifs déjà éprouvés par la pénurie de personnel qualifié et le manque de ressources matérielles.

Selon un rapport préparé pour MINEDAF VIII*, le primaire, qui est au coeur de l'éducation de base, n'est accessible qu'à la moitié des enfants en âge d'être scolarisés et un enfant sur deux seulement achève le cycle complet du primaire. Selon ce rapport, en 2002, 16 pays parviennent ou vont bientôt parvenir à assurer l'enseignement primaire universel (Algérie, Botswana, Cap Vert, Egypte, Gabon, Jamahiriya arabe libyenne, Lesotho, Malawi, Ile Maurice, Namibie, Rwanda, Afrique du Sud, Swaziland, Togo, Tunisie et Zimbabwe). Dans 16 autres, ce taux va de 70% à 98%, alors que les 15 pays où le taux brut de scolarisation se situe entre 31% et 67% rencontreront de très sérieuses difficultés pour parvenir à l'enseignement primaire universel en 2015 (Burkina Faso, Burundi, Congo, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Guinée, Mali, Niger, République Centrafricaine, République démocratique du Congo, Sierra Léone, Soudan, Tanzanie et Tchad).

Selon l'ONG britannique Oxfam, des dépenses supplémentaires de 3,6 milliards de dollars par an sont nécessaires pour mettre l'Afrique subsaharienne sur la voie de l'éducation pour tous en 2015. Cela suppose que les dépenses régionales soient considérablement augmentées et que l'aide extérieure soit multipliée par 7. Selon la Banque mondiale, la participation financière de la communauté internationale aux dépenses de l'éducation dans les pays en développement ne dépasse pas les 3%.

Dans la moitié des pays africains, le cycle secondaire a atteint le seuil minimum de 20% de taux de scolarisation. Mais une vingtaine d'autres pays sont en-dessous de cette limite, dont quelques-uns affichent moins de 10%. Selon le rapport, les problèmes d'accès, d'équité, de structure, de qualité et d'adaptation au contexte culturel se posent dans bon nombre de pays avec autant d'acuité que la nature même de l'enseignement secondaire est mise en question.

Accès limité et coût élevé caractérisent l'enseignement supérieur en Afrique. Exception faite de São Tomé et Principe et des Seychelles, tous les pays ont au moins une université, mais dans une trentaine, le taux d'inscription médian ne dépasse pas 2%. A noter cependant qu'entre 1980 et 1995, les effectifs étudiants ont été multipliés par 3,4 alors que ceux des étudiantes l'ont été par 5,4.

Un des défis majeurs de l'éducation en Afrique est l'amélioration de sa qualité. Dans 23 pays pour lesquels les données sont disponibles, le pourcentage moyen de redoublement est de 15%. Cette tendance est due principalement au nombre insuffisant d'enseignants, à leur manque de qualification (dans certains pays, le pourcentage d'enseignants non qualifiés dans le secondaire atteint 55%) et aux mauvaises conditions de travail. Au niveau de l'enseignement supérieur, il existe toutefois des expériences encourageantes, tels les programmes d'enseignement à distance en Afrique du Sud, à l'université de Dar-es-Salaam ou encore la création de l'Université ouverte au Nigeria.

La pandémie du sida affecte aussi gravement les systèmes d'éducation à travers le continent. Selon le dernier rapport du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), dix millions de jeunes entre 15 et 24 ans et près de 3 millions d'enfants vivent actuellement avec le virus. Ayant déjà fait 11 millions d'orphelins, le sida décime les enseignants et affecte tous les secteurs de l'éducation : administrateurs, fonctionnaires, inspecteurs.

L'une des priorités de l'agenda de la réunion sera le "Rapport de suivi sur l'éducation pour tous 2002 : Le monde est-il sur la bonne voie?", publié par l'UNESCO** et dont la conclusion est la suivante : la moitié seulement des nations africaines pourront parvenir à assurer un enseignement primaire universel d'ici 2015, objectif qui avait été fixé par le Forum mondial sur l'éducation à Dakar (Sénégal, 2000).

Ces conclusions ont provoqué de vifs débats en Afrique. De nombreux observateurs ont souligné le fait que les données sur lesquelles se basait la conclusion du rapport, datent d'avant le Forum mondial de Dakar, et qu'elles ne tiennent pas compte des progrès récents. Des participants à la récente réunion du Groupe de haut niveau sur l'éducation pour tous (Nigeria, 19-20 novembre), y compris plusieurs ministres africains, ont toutefois admis que, compte tenu des obstacles nombreux et complexes auxquels les nations africaines sont confrontées, des efforts particuliers seront nécessaires dans nombre de pays.

Toutes ces questions seront débattues au cours de la conférence de Dar-es-Salaam, organisée autour de sept panels consacrés aux différents aspects de l'éducation et de plusieurs séances spéciales qui traiteront de thèmes plus larges: sida, situations d'urgence, de conflit ou de post-conflit, nouvelles technologies de l'information et de communication, multilinguisme, micro-science, participation de la société civile.


*Voir le portail MINEDAF sur le site web de l'UNESCO

**Ce rapport est disponible sur le web


Contact: Jasmina Sopova
Bureau de l'information du public, Section éditoriale
A Dar-es-Salaam : + 255 22 211 24 16
E-mail : j.sopova@unesco.org

Sue Williams: Bureau de l'information du public, Section éditoriale
A Dar-es-Salaam : + 255 22 211 24 16
E-mail : s.williams@unesco.org



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N°2002-95
Generic Field
Espagnol | Arabe
Date de publication 28 Nov 2002
© UNESCO 1995-2007 - ID: 7888