Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
EXPORTER L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR : LA QUESTION DE LA QUALITE

Paris - L'enseignement supérieur est-il un service marchand qui peut être commercialisé comme les autres ? Un diplôme de l'une des universités transfrontalières ou virtuelles - dont le nombre augmente rapidement - vaut-il celui d'un organisme d'Etat plus traditionnel ? Quelles sont les garanties existantes assurant la qualité des services de l'enseignement supérieur privé ? Sont-elles pertinentes étant donné les changements radicaux qui ont lieu dans ce domaine ? La croissance du privé et l'exportation d'enseignement supérieur vont-elles affecter le financement déjà en baisse de l'enseignement supérieur par les budgets nationaux?

Ces questions sont au cœur du Premier Forum mondial sur l'assurance de la qualité, l'habilitation et la reconnaissance des diplômes au plan international, une conférence sur la mondialisation et l'enseignement supérieur qui se déroulera, les 17 et 18 octobre, au siège de l'UNESCO (Salle IX) à Paris.

Les enjeux sont considérables et les discussions passionnées. En 1995, l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à travers l'Accord général sur le commerce et les services (AGCS), a reconnu l'éducation comme une marchandise commercialisable. Cela veut dire qu'avec la montée des nouvelles technologies de la communication et la demande toujours plus forte d'enseignement supérieur, le secteur est devenu une grosse affaire économique.

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le marché de l'enseignement supérieur dans ses Etats membres est estimé au minimum à quelque 30 milliards de dollars par an. En 1999, 1,47 million d'étudiants étrangers étaient en troisième cycle dans les pays de l'OCDE, une croissance de plus de 100 000 par rapport à 1998. Aux Etats-Unis, l'éducation représente 3,2 % des exportations totales de services, et en Australie elle se classe au huitième rang des secteurs qui exportent le plus.

Dans les pays en développement, le secteur privé est souvent perçu comme un renfort indispensable à l'action de l'Etat. En Chine, par exemple, 36 % des étudiants de l'enseignement supérieur sont inscrits dans des organismes privés. Selon une série d'études de cas préparées par l'UNESCO pour le Forum mondial, les nouveaux " prestataires " représentent 55 % de toutes les " nouvelles " et " très nouvelles " universités en Jordanie, au Soudan, en Tunisie et au Yémen ; au Kazakhstan, 70 % des universités sont privées.

Tous les nouveaux prestataires ne recherchent pas le profit. L'Université africaine virtuelle, qui était à l'origine un projet de la Banque mondiale, est aujourd'hui une organisation indépendante à but non-lucratif, qui propose ses services dans 18 pays de l'Afrique sub-saharienne. Depuis son lancement en 1997, plus de 24 000 étudiants ont terminé des études techniques, scientifiques, d'ingénieur et de commerce, et plus de 3 500 professionnels ont participé à des séminaires d'encadrement et de gestion.

De nombreux acteurs traditionnels de l'enseignement supérieur - institutions, syndicats d'enseignants, associations d'étudiants et de nombreux universitaires s'opposent farouchement à ce que l'éducation soit traitée comme une marchandise. D'autres, parfois issus des mêmes groupes, expliquent que la commercialisation existe déjà et qu'elle génère réellement des avantages et opportunités, à condition d'être correctement gérée et suivie.

Plus de 90 experts de tous les continents, représentant des universités et organismes de formation - publics, privés et offshore - parmi les plus prestigieux, des associations d'étudiants, des syndicats d'enseignants, des organisations non gouvernementales et inter-gouvernementales, ainsi que le secteur privé participeront au Forum mondial qui traitera de ces sujets et essaiera de concilier les divers intérêts. Les participants devront discuter de l'actualisation des conventions existantes sur la reconnaissance des études, certificats, diplômes et autres qualifications universitaires* ; de la création d'un cadre international pour l'assurance de la qualité ; du développement d'outils d'information destinés à aider les étudiants à choisir le type d'enseignement supérieur le plus adapté à leur besoin ; et de la préparation d'un code de bonne conduite pour les fournisseurs d'enseignement supérieur. Outre les séances plénières, le Forum comportera quatre ateliers spécialisés traitant des sujets suivants :

- Marchés mondiaux et partage des responsabilités dans l'enseignement supérieur : le commerce des services éducatifs, animé par Jane Knight (Canada) du Comparative, International and Development Education Center (CIDEC), Ontario Institute of Studies in Education

- Impact de la mondialisation sur l'assurance de la qualité, l'homologation et la reconnaissance des diplômes, animé par Andrejs Rauhvarger (Lettonie), Président de la Convention de reconnaissance de Lisbonne

- Diversité des études et des étudiants, animé par Bernard Loing (France) du Conseil international pour l'éducation ouverte et à distance

- Enseignement supérieur public contre enseignement supérieur privé : intérêt général, égalité, accès, animé par Suzy Halimi (France) de la Commission nationale française auprès de l'UNESCO.


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* L'UNESCO a commencé à travailler sur des conventions concernant la reconnaissance commune et transfrontalière des diplômes d'enseignement supérieur dès les années 1960. Six instruments normatifs régulant la reconnaissance mutuelle des études et des diplômes d'enseignement supérieur ont été adoptés pendant les années 1970 et au début des années 1980. Le plus récent, la Convention de reconnaissance de Lisbonne de 1997 pour la région Europe, est un document commun du Conseil de l'Europe et de l'UNESCO qui remplacera progressivement les autres conventions européennes existantes, datant des années 1950. Les textes des conventions sont disponibles en ligne.


Contact: Sue Williams
Bureau d'Information du Public, Rédaction
Tél.: (+33) (0)1 45 68 17 06
E-mail : s.williams@unesco.org



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Avis aux médias N°2002-44
Site Web 1 (URL) Déclaration commune sur l'éducation supérieure et l'AGCS adoptée par les Associations d'universités européennes et nord-américaines, septembre 2001
Site Web 2 (URL) Déclaration du Sommet des universités ibériques et d'Amérique latine de Porto Alegre, Brésil, avril 2002
Date de publication 13 Oct 2002
© UNESCO 1995-2007 - ID: 6908