Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
Inauguration de la Bibliotheca Alexandrina: du papyrus au numérique

Paris - La Bibliotheca Alexandrina, la plus grande du Moyen-Orient et d'Afrique sera inaugurée officiellement le 16 octobre prochain, date qui marquera la renaissance spirituelle de la bibliothèque mythique créée il y a deux mille ans par Ptolémée I au Nord de l'Egypte.

La cérémonie - d'abord prévue pour le 23 avril et repoussée en raison des événements du Moyen-Orient - consacre aussi un projet architectural exceptionnel intégrant les technologies de l'information les plus modernes.

Le Président de la République arabe d'Egypte, Hosni Moubarak, présidera la cérémonie d'inauguration. Seront également présents de nombreux chefs d'Etat et dignitaires du monde entier, le Directeur de la Bibliotheca Alexandrina, Ismail Serageldin, et le Président de la Conférence Générale de l'UNESCO, Ahmed Jalali, qui représentera le Directeur de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura.

Convaincue de la nécessité de doter Alexandrie et la région méditerranéenne dans son ensemble d'un centre scientifique et culturel d'excellence, l'UNESCO a contribué dès l'origine du projet à lui donner une dimension internationale. " A l'occasion de l'inauguration de la Bibliotheca Alexandrina, rappelons que la renaissance de cette institution unique s'inscrit au coeur même de la mission de l'UNESCO : promouvoir le développement et le partage du savoir en vue de l'affirmation de l'identité et de la diversité culturelle, de la compréhension mutuelle et du dialogue entre les civilisations. La nouvelle Bibliotheca Alexandrina constituera un centre culturel et éducatif dynamique où fleurira et grandira la compréhension entre les cultures " ", a déclaré le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura.

La Bibliotheca Alexandrina, tout comme l'Opéra de Sydney ou le Musée Guggenheim de New York, est une réalisation architecturale exceptionnelle. Elle peut accueillir jusqu'à 8 millions d'ouvrages - à l'heure actuelle elle compte 240 000 livres. Le public dispose de 500 ordinateurs pour consulter son catalogue et accéder aux sites Web des principaux centres d'enseignement internationaux, présélectionnés par les bibliothécaires.

La salle de lecture est unique en son genre : cet espace ouvert de 70 000 m2 répartis sur onze niveaux peut accueillir 1 700 personnes. Pour Ismail Serageldin, il ne s'agit pas seulement de la " plus grande salle de lecture du monde " mais également de la " plus belle ". La douce lumière naturelle qui se répand dans tout l'espace et le haut plafond reposant sur des colonnes créent une atmosphère propice à l'étude, digne d'une " cathédrale du savoir ", ajoute-t-il.

Le bâtiment évoque un disque solaire qui émerge de terre et fait face à la mer. En partie enterré et mesurant au total 160 mètres de haut, il se drape d'une muraille - en granit d'Assouan - en forme de demi-lune sur laquelle ont été gravées des lettres de l'alphabet de 120 langues. L'édifice symbolise l'ouverture et l'immensité du savoir. Il a été conçu par le cabinet d'architecture norvégien Snøhetta. qui a gagné en 1989 le concours organisé par l'UNESCO. La construction s'est effectuée sous la houlette de l'ingénieur égyptien, Mamdouh Hamza, qui a su relever le défi de construire une partie de l'édifice à 18 mètres sous le niveau de la mer.

Outre la bibliothèque, le bâtiment accueille un centre de conférences d'une capacité de 3 200 places), un planétarium, la bibliothèque Taha-Hussein pour les non-voyants qui propose des livres numérisés et en braille, une bibliothèque pour enfants et 5 instituts de recherche dont l'Ecole internationale des sciences de l'information (ISIS) et le Laboratoire de restauration de manuscrits rares. Elle héberge aussi un centre Internet, 3 musées - dédiés respectivement aux manuscrits, à la calligraphie et aux sciences - et 4 galeries d'art. L'ensemble constitue, d'après Ismail Serageldin, un " grand complexe culturel international ".

Une partie des 10 000 manuscrits et livres rares de la collection de la bibliothèque ont été numérisés. En effleurant du doigt l'écran d'un ordinateur, les visiteurs peuvent ainsi tourner les pages électroniques d'une version très ancienne du Coran. La numérisation garantit la préservation de documents précieux tout en permettant aux chercheurs et au public d'y avoir accès. Dans un premier temps, cela ne sera possible qu'au musée lui-même mais l'accès sera ensuite possible via l'internet.

Ce grand centre culturel international a pour vocation de devenir un point de rencontre pour les penseurs, les artistes et les scientifiques du monde entier. Ismail Serageldin espère également que, grâce à la Librairie, les touristes redécouvriront Alexandrie, " une ville rendue célèbre par son fameux Phare, mais aussi parce qu'elle fut le phare intellectuel de l'humanité pendant six siècles, inspirant de grands écrivains comme Callimaque, Constantin Cavafis et Lawrence Durrell ".

Le gouvernement égyptien a déboursé 120 des 220 millions de dollars nécessaires au financement du projet. Le reste (100 millions) provient de donations internationales. " Pour un pays de 67 millions d'habitants, un investissement de 120 millions de dollars sur dix ans n'est pas irraisonnable quand il s'agit de se doter d'un centre d'excellence ", estime Ismail Serageldin.

L'UNESCO a participé au projet dès 1986, lorsque l'idée de construire un centre d'enseignement et de recherche moderne reprenant le flambeau de l'antique bibliothèque a commencé à prendre forme. En 1987, l'UNESCO a lancé un appel international en faveur de la résurrection de l'antique bibliothèque d'Alexandrie et a commandé une étude de faisabilité qui a confirmé que la région méditerranéenne avait besoin d'une grande bibliothèque. De fait, une des priorités de la Bibliotheca Alexandrina est précisément de fournir une vaste collection d'ouvrages sur les civilisations méditerranéennes.

En 1988 l'UNESCO a organisé, avec l'aide de l'Union internationale des architectes (UIA) et le PNUD, un concours international d'architecture. Parmi les 1 400 projets provenant de 77 pays présentés, le jury a opté pour celui du cabinet norvégien Snøhetta. En 1990, l'Organisation a aidé à organiser la Réunion d'Assouan qui s'est soldée par le premier apport financier international au projet (65 millions de dollars), provenant principalement de pays arabes.

L'UNESCO a également fourni un serveur Internet et des ressources financières pour développer le site Web de la bibliothèque. L'Organisation a contribué à la création de la Bibliothèque électronique pour non-voyants et du Laboratoire de restauration. Elle a fourni des ressources pour la formation de bibliothécaires, les formats bibliographiques. Sans compter une aide à la préparation de documents techniques et de lignes directrices en matière de systèmes informatiques pour la bibliothèque, de leur maintenance et d'achat d'équipements, ainsi qu'un programme pour l'Ecole internationale des sciences de l'information (ISIS), installée dans le bâtiment de la bibliothèque.

L'Antique Bibliothèque d'Alexandrie, créée par Ptolémée I en 288 av. J.-C., faisait partie du Museion, le Temple des muses, qui comprenait l'université d'Alexandrie, une des premières de l'histoire de l'humanité, où se donnaient rendez-vous les poètes, scientifiques et artistes invités par les Ptolémées. La bibliothèque comprenait environ 700 000 manuscrits, catalogués depuis le IIIe siècle av. J.-C. Sous les Ptolémées, elle jouissait " d'un droit de dépôt légal " puisqu'elle disposait du droit de faire une copie de tous les livres arrivant dans le pays. Plusieurs incendies et une série d'assauts - étalés sur quatre siècles et demi - finirent par avoir raison de l'antique bibliothèque. Lors du premier incendie, dû à l'affrontement qui opposa Cléopâtre, soutenue par Jules César, à son frère Ptolémée XIII en 48 av. J.-C., entre 40 000 et 400 000 livres furent la proie des flammes.

C'est dans la Bibliothèque d'Alexandrie que fut traduit pour la première fois l'Ancien Testament de l'hébreu vers le grec, qu'Aristarque de Samos affirma que la terre tourne autour du soleil, qu'Eratosthène calcula la circonférence de la terre, qu'Hérophile découvrit que le cerveau contrôlait le corps et qu'Euclide inventa la géométrie.

La nouvelle bibliothèque entend maintenir vivant l'esprit de la mythique institution. " Il est merveilleux de penser qu'au milieu de tant de guerres, alors que l'on parle de "choc des civilisations", s'élève à nouveau en Égypte, à quelques mètres de l'endroit où se dressait l'antique Bibliothèque d'Alexandrie, une institution qui, elle aussi, se consacrera à la connaissance universelle, à la compréhension mutuelle et à la tolérance ", déclare Ismail Serageldin.


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Bibliographie: Vie et destin de l'ancienne bibliothèque d'Alexandrie, Mustapha El-Abadi, UNESCO, 1990 (en anglais, français et espagnol).



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N°2002-74
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Site Web 3 (URL) Site Internet UNESCO sur la Bibliothèque d'Alexandrie
Date de publication 08 Oct 2002
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