Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
Les nouvelles technologies au secours du patrimoine mondial

Paris - Alors que la Convention du patrimoine mondial de l'UNESCO, adoptée le 16 novembre 1972, s'apprête à fêter ses trente ans, les défenseurs des sites, des paysages et des monuments " d'une valeur universelle exceptionnelle " font toujours face à de graves menaces, même si la plupart des 730 sites du patrimoine mondial sont bien gérés.

A ce jour, 175 Etats se sont ralliés à la Convention - l'instrument juridique le plus largement reconnu pour la protection des biens culturels et naturels de la planète - et 125 sont représentés sur la Liste du patrimoine mondial. Mais, comme l'ont montré récemment les terribles inondations qui ont ravagé plusieurs pays d'Europe, les catastrophes naturelles n'épargnent pas le patrimoine mondial. De même, les dangers liés à l'activité humaine, comme les guerres, la destruction délibérée de symboles culturels, le pillage, la pollution, le braconnage ou le tourisme mal géré hypothèquent les efforts de l'UNESCO et de ses partenaires engagés dans la conservation des sites.

Que faire pour protéger de manière plus efficace les 33 sites figurant sur la Liste du patrimoine mondial en péril et la centaine d'autres sites jugés dans une situation préoccupante ? " Il faut passer d'une attitude réactive à une démarche préventive, estime le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura. L'identification, la conservation et la mise en valeur des sites reflétant la diversité naturelle et culturelle de notre monde ne peuvent être assurées que si les gouvernements, les autorités locales, les milieux d'affaires et, surtout, les populations locales y travaillent ensemble. " Il y faut de la détermination, de la solidarité mais également toute une palette d'outils adaptés et aussi peu coûteux que possible.

Pour rassembler les bonnes volontés et identifier des solutions pratiques, en cette Année des Nations unies pour le patrimoine culturel, un cycle de sept conférences interactives sera organisé dans sept villes de la planète par l'UNESCO et le Centre for Design Visualization de l'Université de Californie à Berkeley (Etats-Unis). Ces sept manifestations formeront un Congrès virtuel sur le thème " Le patrimoine mondial à l'ère numérique ". La conférence inaugurale aura lieu le 16 octobre au Sénat français.

Entre la mi-octobre et la mi-novembre, à Alexandrie, Beijing, Dakar, Mexico, Paris, Strasbourg et Tours, des centaines de participants venus d'univers géographiques et professionnels différents tenteront de définir ensemble comment tirer le meilleur parti des nouvelles technologies de l'information et de la communication pour mieux gérer les sites. Ils pourront communiquer entre eux via Internet, et alimenter le site web du Congrès virtuel2. Quelque 200 communications, venant d'une soixantaine de pays et présentant des expériences originales, ont déjà convergé vers les organisateurs du Congrès. Les meilleures, sélectionnées par un comité scientifique, seront mises en ligne.

La journée-conférence inaugurale du 16 octobre sera ouverte à Paris par Koïchiro Matsuura et Christian Poncelet, président du Sénat. Plus de 250 élus français et de nombreux autres pays, ainsi que des représentants des Etats Parties à la Convention, y échangeront des idées, des données et des expériences sur le thème " Le patrimoine mondial, enjeu de la décentralisation ". Si les Etats demeurent les premiers responsables de la mise en œuvre d'une politique de gestion durable du patrimoine, les élus locaux deviennent aussi, avec la décentralisation, des acteurs essentiels de cette politique. Depuis quelques années, la coopération de ville à ville, notamment entre communes de pays du Nord et du Sud, a permis aux habitants concernés non seulement de s'ouvrir à d'autres cultures, mais également de participer à la réhabilitation de biens culturels ou naturels menacés.

Entamée dès 1995, la coopération entre la ville française de Chinon et Luang Prabang, au Laos, en témoigne. Sous l'égide de l'UNESCO, un plan de sauvegarde de l'ancienne capitale du " Royaume des mille éléphants " a permis de mettre en valeur de nombreuses pagodes et monuments de la ville et d'aider les habitants à améliorer leur habitat. Une Maison du patrimoine a été créée par les autorités locales, qui ont bénéficié de l'expérience et de l'expertise de leurs homologues de Chinon pour mettre en place une législation et des règles d'urbanisme appropriées. De nombreuses autres villes du patrimoine mondial font l'expérience de ce type de coopération décentralisée : Lille (France)/ Turin (Italie)/Hué (Viet Nam) ; Bath (Royaume-Uni)/Katmandou (Népal); Barcelone (Espagne)/Vigan (Philippines) ; Bergen (Norvège)/Ile du Mozambique, entre autres.

Parallèlement à la Journée du 16 octobre à Paris, deux autres conférences se tiendront en Afrique et en Asie. Du 15 au 17 octobre, Dakar (Sénégal), en partenariat avec l'Agence universitaire de la francophonie (AUF), accueillera une conférence sur " L'enseignement du patrimoine mondial et les nouvelles technologies de l'information et de la communication en Afrique ", qui sera ouverte par Moustapha Sourang, ministre de l'Education. Une trentaine d'universités africaines feront à cette occasion l'inventaire des programmes universitaires sur les sciences environnementales, l'architecture, le design paysager, la gestion urbaine et la conservation du patrimoine. Ils dresseront aussi un état des lieux de la " fracture numérique " et, pour la première fois, un bilan de la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial en Afrique.

Comment utiliser la simulation en 3D pour concevoir des hôtels, des aéroports, des gares, des musées, des centres d'information, des sentiers piétonniers et autres infrastructures touristiques, tout en préservant les sites pour les générations futures ? Des architectes de renommée internationale, des représentants des autorités locales chinoises et des Etats signataires de la Convention dans la région Asie-Pacifique se réuniront à Beijing (Chine), du 15 au 17 octobre également, pour présenter leurs expériences et discuter de " L'architecture pour un tourisme durable sur les sites du patrimoine mondial ". Le séance d'ouverture sera présidée par Liu Zhifeng, vice-ministre de la Construction.

Deux autres conférences prendront le relais quatre jours plus tard, dans la région arabe et en Europe. Du 21 au 23 octobre, le forum d'Alexandrie (Egypte) se tiendra à la bibliothèque d'Alexandrie sous la présidence d'Ahmed Nazif, ministre des Communications et des Technologies de l'information. Il réunira des représentants des autorités égyptiennes et arabes et des missions diplomatiques, ainsi que des experts internationaux, autour du thème : la "Cartographie de la gestion du patrimoine : système d'information géographique (SIG) et multimédia". Ils étudieront les applications des SIG à la gestion du patrimoine. Ces systèmes permettent notamment de traduire sur une carte des bases de données concernant les sites, pour mieux aménager le territoire.

Au même moment, du 21 au 24 octobre, se tiendra à Tours (France) une université d'automne organisée par l'Université François Rabelais, la Mission Val de Loire et l'UNESCO, sur " Les grands fleuves du patrimoine mondial : de la crise à la culture du risque ". Aux lendemains des inondations en Europe, qui ont détruit de précieux fonds d'archives historiques et endommagé des monuments et des musées à Prague, ou altéré des paysages culturels comme la Wachau en Autriche, la prévention des catastrophes naturelles est plus que jamais d'actualité. Des participants venus des bassins de l'Amazone, du Danube, du Gange, de l'Indus, de la Loire, du Mékong, du Niger, du Nil, de l'Oder, du Rhin et du Yang Tsé Kiang étudieront les façons d'utiliser les nouvelles technologies pour analyser, prévenir et gérer les risques de destructions culturelles liés aux inondations afin de produire un manuel.

Enfin, deux dernières conférences auront lieu début novembre. A Strasbourg (France), le Directeur général adjoint de l'UNESCO, Marcio Barbosa, ouvrira un colloque d'experts internationaux sur " Les applications des technologies de l'espace à la conservation du patrimoine ", qui se tiendra du 5 au 8 novembre. Jusqu'à présent, les satellites d'observation ont permis de surveiller des sites du patrimoine mondial naturel, notamment en Afrique centrale, où survivent les derniers gorilles des montagnes. Mais aujourd'hui, une nouvelle génération de satellites permettrait également de contrôler la dégradation des constructions ou le pillage sur les sites, entre autres. Le colloque permettra d'identifier les applications possibles de ces nouvelles technologies et d'en évaluer les coûts.

A Mexico (Mexique), du 6 au 8 novembre, des représentants des autorités locales et des experts nationaux et internationaux en développement urbain participeront à une conférence sur " La gestion du patrimoine des centres historiques : planification pour l'usage mixte et l'équité sociale ". Aujourd'hui, la pression du tourisme et la spéculation foncière ont souvent pour effet d'exclure les habitants les plus défavorisés des quelque 200 centres historiques figurant sur la Liste du patrimoine mondial, dont une trentaine se trouvent en Amérique latine et dans les Caraïbes. A l'avenir, les plans d'urbanisme devraient préserver la mixité sociale et l'animation de ces centres. Pour parvenir à cet objectif, les systèmes d'information géographique (SIG) sont un outil précieux car ils permettent de repérer l'évolution de la densité ou de l'âge de la population, du prix du mètre carré, du développement des infrastructures, etc.

Une série d'événements spéciaux accompagnera le Congrès virtuel. Un appel à candidatures sera lancé le 15 octobre pour le Cinquième prix annuel de design architectural de l'Université de Californie à Berkeley (Etats-Unis). Cette année, les organisateurs de ce prix demanderont à des architectes de présenter des projets adaptés aux sites du patrimoine mondial. En France, entre le 15 et le 21 octobre, la Ville de Paris et la Régie autonome des transports parisiens (RATP) organiseront une campagne d'affichage de photos de l'agence Magnum dans le métro et les autobus, pour sensibiliser le public à la diversité du patrimoine mondial et l'inciter à participer au Congrès virtuel. Au Belize, entre le 1er et le 12 novembre, des plongeurs et des spécialistes de la biodiversité fourniront des images de l'exceptionnelle barrière de corail de cet Etat d'Amérique centrale, afin qu'elles soient transmises aux participants du Congrès virtuel, via Internet.


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Une conférence de presse aura lieu le 10 octobre au Centre d'accueil de la presse étrangère (CAPE)sur la conférence inaugurale du Congrès virtuel: le colloque international organisé par l'UNESCO et le Sénat français sur le thème "Le patrimoine mondial, enjeu de la décentralisation".
Fax: 33 (0)1 56 40 50 19
E-mail: michel.andre@capefrance.com)

Contact à l'UNESCO: Sophie Boukhari
Bureau de l'information du public, Section éditoriale
Tél: 33 (0)1 45 68 17 03
E-mail: s.boukhari@unesco.org



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N°2002-72
Site Web 1 (URL) Web: World Heritage sites
Date de publication 07 Oct 2002
© UNESCO 1995-2007 - ID: 6767