Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
Internet au service de la democratie: l'UNESCO sort une étude sur l'e-gouvernance dans 15 pays

Paris - L'introduction des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) dans les institutions gouvernementales rapproche les citoyens de leur Etat, incitant les organismes officiels à plus de transparence et de responsabilité.

Mais ces technologies représentent également un défi pour les mécanismes de décision traditionnels. Telles sont les principales conclusions d'une récente étude sur l'e-gouvernance dans 15 pays (*). Cette étude a été réalisée conjointement par l'UNESCO et le Réseau du Commonwealth des technologies de l'information pour le développement (Commonwealth Network of Information Technology for Development/COMNET-IT).

Chaque année, à la fin de leur service militaire, quelque 270 000 soldats de la République de Corée passent un examen, organisé par le ministère de la Défense, afin de tester leurs capacités à faire des recherches sur Internet ; cet examen peut, dans certains cas, être sanctionné par un diplôme.

A Séoul, les habitants peuvent suivre en direct l'état d'avancement de leurs démarches administratives, savoir dans quel service leur demande se trouve et, éventuellement, pourquoi elle est rejetée. Le Service municipal d'accueil du public fait preuve d'une telle transparence que les citoyens peuvent suivre le travail des fonctionnaires au jour le jour.

En Estonie, où 90% des fonctionnaires sont équipés d'ordinateurs personnels, le gouvernement organise les réunions de travail en ligne. Les vieux documents de travail en papier ont fait place à des documents numériques. Au cours des huit dernières années, l'Etat a alloué 1% de son budget au développement des NTIC dans le service public. A la fin de l'année, toutes les communes devraient être connectées à Internet.

En Tanzanie, le gouvernement a informatisé son système de paie, qui concerne quelque 280 000 fonctionnaires ; cette opération a permis de repérer de nombreux employés fantômes.

L'un des sites Internet les plus visités du Canada - plus de 7 millions de hits par mois - est le site officiel du gouvernement (http://canada.gc.ca). Il comprend un " Guichet emplois ", une base de données qui regroupe des offres d'emploi de tout le pays. Par ailleurs, les ressources de 460 organisations du secteur de la santé publique sont accessibles via le Réseau canadien de la santé (http://www.canadian-health-network.ca), qui donne accès à des informations médicales fiables et complètes.

L'étude souligne la différence entre e-gouvernance et e-gouvernement. L'e-gouvernement, c'est l'utilisation des NTIC par les services publics, par exemple pour collecter des impôts. Dans l'Etat mexicain du Nuevo Leon, les contribuables peuvent ainsi payer leurs taxes automobiles par voie électronique.


Le concept d'e-gouvernance est plus large : il fait référence au rôle croissant que jouent les NTIC dans les modes de développement des sociétés humaines. Peu à peu, ces technologies modifient et influencent la façon dont l'Etat, le secteur privé et la société civile interagissent.

Pour le comprendre, il suffit de voir comment la société civile, les ONG et les associations professionnelles utilisent Internet pour mobiliser l'opinion publique afin d'influencer les décideurs. Avec le service " Open Plaza ", par exemple, les citoyens de la République de Corée peuvent librement critiquer les politiques gouvernementales et les hommes politiques. Ce service est accessible en ligne à tous les citoyens, qui peuvent aussi communiquer directement avec le Président, les gouverneurs et les hauts fonctionnaires. Plusieurs membres de l'Assemblée nationale en ont fait les frais : ils ont perdu leur siège aux élections générales d'avril 2000.

La même année, au Mexique, le gouvernement du Président Vicente Fox, qui venait d'être élu, a lancé un projet sur Internet visant à encourager la participation des citoyens à la conception du Plan national de développement 2001-2006. Avis, propositions et requêtes ont été ainsi collectés sur une centaine de questions concernant tous les niveaux de la société, depuis le niveau fédéral jusqu'à celui des particuliers. A partir d'un total de 117 040 questionnaires reçus par Internet et par courrier, une liste de 196 854 propositions a été dressée. Les Mexicains qui résidaient à l'étranger ont pu participer au processus et ont envoyé 43 000 propositions. Après avoir été rassemblées et étudiées, certaines propositions ont été incluses dans les objectifs et dans les stratégies du plan national.

Mais dans de nombreux pays, le faible niveau d'instruction et la pauvreté empêchent encore une large partie de la population d'accéder à l'information publique et de participer à ces nouvelles pratiques démocratiques. Du coup, plusieurs Etats ont lancé de vastes programmes de formation aux NTIC.

La Malaisie prévoit de créer une université multimédia où les programmes incluront des cours de connaissance et gestion de l'information, ainsi que des cours de programmation informatique. Le pays est confronté à une demande croissante d'employés qualifiés et de cadres, notamment dans le secteur des NTIC et des industries.

En République de Corée, l'informatique est désormais obligatoire dès l'école primaire. En un an, 200 villages ont été équipés d'un accès à l'Internet à haut débit, rendant les connexions plus rapides. Les autorités étudient aussi la possibilité de lancer un programme visant à fournir un accès Internet gratuit et des ordinateurs à 50 000 enfants des classes les plus démunies, pendant cinq ans.

En Inde, la barrière de la langue est un obstacle important à la mise à disposition du public de services publics électroniques. Avec environ un milliard d'habitants, le pays compte deux langues officielles (hindi et anglais), 18 langues principales et 418 langues officiellement répertoriées. La technologie de reconnaissance optique des caractères (Optical Character Recognition) doit être développée et améliorée car de nombreuses bases de données sont écrites dans des langues locales.

Toutefois, si les cercles économiques sont très demandeurs d'e-gouvernance, de vastes pans de la population se sentent beaucoup moins concernés dans de nombreux pays. Même quand les infrastructures électroniques existent, l'illettrisme, les coûts élevés des connexions, les difficultés d'accès et les barrières linguistiques empêchent le plus grand nombre d'en tirer profit.

En Tanzanie, par exemple, on compte deux ordinateurs personnels et cinq lignes téléphoniques pour 1 000 habitants. En 1999, il n'y avait pratiquement aucun serveur Internet dans le pays.

Ce contexte place les Etats face à des choix difficiles. Au Botswana, un pays qui dispose d'un réseau de télécommunications développé en terme de couverture et de diversité des produits, les pouvoirs publics considèrent que l'accès aux technologies de l'information, dont Internet, reste trop limité pour justifier de nouveaux investissements dans le développement de portails de services publics.

Dans d'autres pays, Internet croît lentement mais sûrement. Au Maroc, où l'on compte plus de 200 000 abonnés à Internet, il y a quelque 1 800 fournisseurs d'accès et cybercafés, et le marché ne fait que croître. Depuis 1991, on enregistre une croissance continue du nombre d'ordinateurs, en raison d'une baisse des prix et des droits à l'importation, ramenés de 42,5% à 17,5% en janvier 1996. Les Marocains possèdent environ 200 000 ordinateurs personnels, soit un taux de pénétration de 0,7%.

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(*) Le rapport, intitulé " Country Profiles of e-Gouvernance " (UNESCO 2002), a été réalisé à la demande de l'UNESCO par le Réseau du Commonwealth des technologies de l'information pour le développement (Commonwealth Network of Information Technology for Development/COMNET-IT), une fondation parrainée par le Secrétariat du Commonwealth et le gouvernement de Malte. Il concerne les pays suivants : le Botswana, Maurice, l'Afrique du Sud, la République unie de Tanzanie, le Maroc, l'Inde, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, la République de Corée, le Canada, l'Estonie, la Hongrie, Malte, la Jamaïque et le Mexique.


Contact: Asbel López
UNESCO, Bureau de l'information du public, Section éditoriale
Tél: (+33) (0) 1 45 68 17 07
E-mail: a.lopez@unesco.org



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N°2002-68
Site Web 1 (URL) Web: Country Profiles of e-Governance - analyses par pays
Date de publication 25 Sep 2002
© UNESCO 1995-2007 - ID: 6662