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Communication: La paix par les médias
L’UNESCO soutient les médias indépendants dans les régions dévastées par la guerre. Objectif : fournir aux populations une information non partisane, vitale pour la réconciliation nationale, la reconstruction et la démocratie.
24 janvier 2002 : le régime des talibans est tombé depuis quelques semaines à peine que déjà, dans les rues de la capitale afghane, réapparaît Kabul Weekly, la première publication indépendante à voir le jour depuis 1996. Cet événement important et hautement symbolique a pu avoir lieu grâce à une aide de l’UNESCO, dans le cadre d’un programme mondial destiné à soutenir le développement de médias non partisans dans les régions dévastées par la guerre (voir encadré p. 32).
Ce programme a démarré il y a dix ans. Connu sous le nom de « SOS Media », il a obtenu des résultats inespérés en Europe du Sud-Est, en Afrique et en Asie.
Au début des années 1990, quand les médias sont devenus des armes de guerre en ex-Yougoslavie, l’UNESCO a encouragé l’émergence de sources d’information indépendantes. Elle a fourni du matériel à des journalistes de la presse écrite et audiovisuelle, les a aidés à communiquer à travers les lignes de front et à créer des canaux de distribution. Avec l’Association mondiale des journaux, la Fédération internationale des journalistes et le Conseil de l’Europe, l’UNESCO a soutenu la fondation, en Slovénie, du Centre indépendant de coordination des médias balkaniques, afin de conserver des traces des violations de la liberté de la presse en ex-Yougoslavie.
Soumises à certaines pressions diplomatiques, les autorités de l’époque n’ont pas réussi à tuer les médias indépendants naissants, qui ont joué un rôle déterminant dans la défaite du Président Slobodan Milosevic aux élections de 2000.
Pendant la guerre en ex-Yougoslavie, l’UNESCO, en coopération avec des ONG, a ainsi aidé les médias indépendants à survivre, en les aidant à se déplacer en fonction de l’évolution des combats. En 1995, avec le Worldwide Television News (WTN), l’UNESCO a participé à la création d’un système d’échange d’informations par satellite, qui permit de fournir des informations fiables aux télévisions indépendantes pendant des années.
L’UNESCO a également soutenu la naissance d’une Association des médias privés (AMP), afin d’aider les éditeurs indépendants à faire face aux restrictions et aux pénuries de fournitures et de papier organisées par les autorités. Enfin, avec le réseau privé Trans Press, l’UNESCO a travaillé à une distribution aussi large que possible des journaux indépendants, dans un environnement très difficile.
Tout récemment, pendant l’été 2002, l’UNESCO a envoyé en Afghanistan le directeur général de l’AMP et du réseau Trans Press, Natasa Vuckovic Lesendric, afin qu’il fasse profiter de son expérience d’autres professionnels des médias vivant dans un pays dévasté par la guerre.
Pressions sur les éditeurs de journaux
En revenant de Kaboul, Natasa Vuckovic Lesendric a bien résumé la situation. « En quelques mois, 90 titres ont été créés mais aucun n’est économiquement viable, a-t-elle expliqué. Il faudrait que les gens prennent l’habitude de lire les journaux, ce qui n’est pas évident vu le faible taux d’alphabétisation.
» Elle s’est également dit « choquéé » par certaines réactions : « un Afghan m’a dit “Je suis né pour devenir guerrier et la seule lecture dont j’ai besoin, c’est le Coran, que je connais déjà par cœur”. » Par ailleurs, a poursuivi Natasa Vuckovic Lesendric, « les imprimeries ont été détruites par les combats et il y a un gros problème de distribution. Il est très difficile de circuler en dehors de Kaboul.
Dans certaines zones, qui ne sont pas sûres, la distribution dépend de la bonne volonté des seigneurs de la guerre, qui ont les moyens de faire pression sur les éditeurs de journaux pour imposer un certain contenu ».
En Afrique, dans la région des Grands Lacs, après le génocide de 1994, le programme SOS Media et l’ONG Reporters sans frontières ont permis de créer Agatashya, une station de radio dirigée par des journalistes rwandais indépendants. Cette station diffuse des « informations de survie » concernant l’eau potable, la nourriture et la santé à plus d’un million et demi de réfugiés. Elle les aide aussi à rechercher les membres disparus de leurs familles. L’UNESCO et l’ONG française Equilibre ont également envoyé quelque 3 500 postes de radio dans les camps de réfugiés de la région du lac Kivu (République démocratique du Congo). En participant à ce type d’opération, les grandes ONG humanitaires ont misé sur la crédibilité de la radio. Pour Antonella Notari, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge, « ce genre de messages, vitaux pour le bien public, ne passent que si les gens font confiance à leur radio ».
Après 1994, l’UNESCO a souligné la nécessité de former une nouvelle génération de journalistes dans la région. Cent dix professionnels des médias ont été formés entre 1997 et 2000. Le programme continue, tandis que par ailleurs, l’UNESCO encourage l’échange d’informations et fournit du matériel. Le nombre de journaux indépendants au Burundi et au Rwanda a augmenté et des Maisons de la presse sont apparues dans ces deux pays. Elles fournissent des ordinateurs, des outils de documentation et de production aux journalistes indépendants, qui s’y rencontrent pour discuter de leur expérience. Ces Maisons de la presse ont fait travailler ensemble des journalistes hutus et tutsis.
Dialogue entre médias israéliens et palestiniens
De l’autre côté du continent, en Angola, le programme SOS Media a été introduit en 1998. Il a permis de former 80 professionnels de la radio, dont 27 femmes, et les a aidés à produire des émissions sur le chômage, les enfants de la rue, la santé et la condition des femmes. Diffusés par la Radio des Nations unies et les radios d’Etat, ces programmes sont destinés à préparer le terrain pour la création de stations de radio indépendantes.
De même, au Proche-Orient, l’UNESCO cherche à nourrir le dialogue sur des problèmes d’intérêt commun entre professionnels des médias israéliens et palestiniens. Mais ces contacts, encadrés par le Forum israélo-palestinien des médias créé en 1998 avec l’aide de l’UNESCO, se sont fait rares depuis la deuxième Intifada, il y a deux ans. Il est pourtant prévu de produire des programmes de télévision, qui seraient diffusés à la fois dans les Territoires palestiniens et en Israël.
Photo No 1 : Les humanitaires fournissent des informations précieuses aux réfugiés, ci-contre en Macédonie. © Harvard J. Davies/Panos Pictures, Londres
Photo No 2 : Une journaliste d'une radio communautaire tchadienne interviewe un paysan. © Giacomo Pirozzi/Panos Pictures, Londres

Pour la liberté de la presse en Afghanistan
Quelque 120 experts, rassemblés à Kaboul du 3 au 5 septembre, ont pressé les autorités afghanes d’inscrire les principes de liberté d’expression et de liberté de la presse dans la nouvelle Constitution afghane (voir aussi pages 62-63).
La réunion était organisée par l’UNESCO et le ministère afghan de l’Information et de la Culture, avec l’aide de la BBC et des ONG Internews et Baltic Media Centre.
Dans la déclaration finale, les participants recommandent de réviser la loi sur les médias, afin « de promouvoir la liberté d’expression, de protéger les droits des journalistes, et de garantir leur liberté de travailler en toute sécurité, y compris de publier des reportages et des opinions critiques ».
Ils souhaitent également que les « demandes d’autorisation préalable » disparaissent afin que « tout le monde puisse librement publier » des journaux, et appellent à l’instauration de « lois d’ouverture », pour permettre au public et aux journalistes d’accéder à l’information sans restrictions. Concernant l’audiovisuel, le texte évoque la transformation de la Radio-Télévision afghane en service public encadré par un directoire indépendant.
Tous ces projets doivent devenir partie intégrante de la politique nationale et se voir dotés des ressources suffisantes, prélevées sur le budget de l’Etat et augmentées d’aides internationales, ajoute la déclaration.
La réunion de Kaboul s’inscrit dans l’action de l’UNESCO pour développer les médias indépendants et fournir des conseils juridiques aux gouvernements, dans les régions qui se relèvent de la guerre. |
SOS Media dans le monde
Depuis 1998, 9,2 millions de dollars ont
été utilisés par SOS Media. Ces fonds
ont été fournis par l’Allemagne, l’Autriche,
la Belgique, le Canada, le Danemark,
la Finlande, la France, la Norvège, la Suède, la Suisse et la Commission européenne.
Les Etats-Unis, qui se sont pas membres
de l’UNESCO (bien qu’ils aient annoncé
leur retour, en septembre 2002) ont financièrement contribué à certaines actions, de même que des donateurs privés :
Bosnie-Herzégovine
Soutien à l’agence de presse Alternative Information Network ;
Aide à la création de NTV 99, la première TV indépendante du pays ;
Aide d’urgence – avec l’aide de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU) et du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) – aux diffuseurs RTVBiH et Zid, ainsi qu’au Studio 99, à l’agence de presse ONASA et au journal Oslobodenje ;
Soutien à la société de production pour enfants TVCiak qui coproduit des programmes avec des TV européennes ;
Formation de journalistes dans des TV européennes.
République fédérale de Yougoslavie
Fourniture d’équipements à six radios, à la dernière télévision indépendante Studio B1, au journal Nasa Borba et à l’agence de presse Beta ;
Obtention d’une dérogation du Conseil de sécurité de l’ONU pour importer du papier pour les journaux indépendants, quand le gouvernement refusait de leur en fournir.
Croatie
Aide à la création de la radio Midas et d’un centre de production TV ;
Soutien à Radio Labin et Radio 101, et au journal Feral Tribune ;
Intervention en République fédérale de Yougoslavie quand le tribunal ordonna que le quotidien Borba 1 et la TV Studio B soit soumis à la tutelle de l’Etat ;
Intervention pour des journalistes emprisonnés et pour la poursuite de l’activité des radios et télévisions indépendantes (Studio B et B92).
Indonésie
Formation d’un réseau de plusieurs douzaines de radios communautaires rurales pour le dialogue entre électeurs et élus locaux ;
Aide au lancement d’un réseau commercial de radios ;
Aide technique aux radios, notamment pour l’accès à Internet et la mise en réseau ;
Ateliers sur la transparence, ou comment les ONG, les électeurs et les décideurs locaux utilisent les médias ;
Séminaire traitant de la législation sur les médias, dont les recommandations ont été largement acceptées par le gouvernement en septembre 1999.
Timor oriental
Aide à la création de Radio Los Palos et de Radio Maliana, les premières radios communautaires du nouvel Etat indépendant ;
Aide à la création de la première organisation de journalistes professionnels du pays, la Timor Lores Journalist Association. |
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Auteur(s) |
Roni Amelan
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Nom du périodique |
Le Nouveau Courrier No 1
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