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Accueil > Diversité culturelle et biodiversité pour un développement durable - Mise à jour: 11-09-2002 2:29 pm
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Discours de M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO, à l’ouverture de la Table ronde co-organisée par l’UNESCO, le PNUE et le Gouvernement français , Standton Convention Center, Johannesburg, 3 septembre 2002
Monsieur le Président de la République française,
Monsieur le Président de la République du Mozambique,
Monsieur le Directeur exécutif du PNUE et cher collègue,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
« La diversité culturelle est fondée sur la conviction que chaque peuple a un message singulier à délivrer au monde, que chaque peuple peut enrichir l’humanité en apportant sa part de beauté et de vérité. » Ce furent vos propres paroles, Monsieur le Président Chirac, il y a un an à l’UNESCO, que je me permets de rapporter en ouverture de cette Table ronde.
Le Sommet de Johannesburg constitue un grand défi pour l’humanité, parce qu’il reconnaît l’interdépendance de nombreux facteurs et enjeux dans le processus évolutif de notre planète. Et c’est un grand progrès. Les liens de réciprocité qui unissent l’économique, l’écologique et le social se voient ainsi reconnus, et nous autorisent à penser qu’un développement durable, viable et équitable est possible.
Notre Table ronde illustre, à sa manière, cette nouvelle problématique. L’UNESCO, le PNUE et le Gouvernement de la France, en conjuguant leurs objectifs stratégiques respectifs, entendent souligner que la biodiversité et la diversité culturelle sont deux conditions essentielles du développement durable. La méconnaissance de cette réalité entraînerait un risque mortel pour l’humanité et pour la planète.
L’objectif est de faire comprendre que la culture ne doit pas être considérée comme appartenant à l’ordre du superficiel, opposée au biologique, qui serait de l’ordre du nécessaire. Diversité biologique et diversité culturelle se renforcent mutuellement et sont profondément interdépendantes. L’intervention humaine sur l’environnement, y compris sa gestion, est un acte social et une expression culturelle.
Comment, dès lors, comprendre ou conserver l’environnement naturel sans appréhender les cultures humaines qui le façonnent depuis la nuit des temps ? Comment, en retour, comprendre la diversité culturelle sans considérer l’environnement naturel au sein duquel elle se développe ?
Diversité culturelle et biodiversité, ensemble, détiennent la clef de la durabilité de nos écosystèmes, condition préalable à tout développement durable. C’est bien le message porté dans la Stratégie de Séville pour les réserves de biosphère, qui vise à conserver la diversité biologique et culturelle à travers de sites servant à expérimenter et illustrer des modalités de développement durable.
« It is in our interest as human beings not only to value our diversity, but also to use it to face the challenges we have today. » Ces mots, Monsieur le Président Chissano, ce sont ceux que vous prononciez lors de votre brillante intervention à la veille du Sommet du Millénaire à New York. Et vous avez raison. La diversité culturelle, parce qu’elle est source d’innovation, de créativité et d’échanges, garantit non seulement un enrichissement mutuel, mais un avenir viable pour l’humanité.
A l’heure de la mondialisation, on ne peut confier à la simple logique économique le soin de prendre en compte les enjeux humains et sociaux de la diversité, qu’elle soit biologique ou culturelle. Les Etats ont une responsabilité essentielle à cet égard. Il leur revient en particulier de veiller à soutenir ou à créer les conditions propices à l’expression et à l’épanouissement de cette diversité.
En approuvant par acclamation le 2 novembre 2001 la Déclaration universelle sur la diversité culturelle, les Etats membres de l’UNESCO ont accompli un geste hautement symbolique. Ils ont exprimé non seulement leur préoccupation devant des dangers d’appauvrissement que recèle la mondialisation, mais aussi leur engagement d’y remédier par un soutien au principe même de la diversité. Ils ont également reconnu que la diversité culturelle est un processus vivant, qui a besoin de l’engagement actif des personnes et du soutien dynamique des institutions. C’est dire si la diversité culturelle, au sens où l’entend l’UNESCO, est loin d’être un cabinet de curiosités, constitué d’objets qu’il suffirait de mettre en vitrine.
Lorsque l’UNESCO entend protéger le patrimoine culturel matériel et immatériel, c’est pour assurer bien plus que la survie de la diversité culturelle : c’est pour assurer sa capacité même de renouvellement. C’est pourquoi il est particulièrement opportun que cette année 2002 ait été placée par les Nations Unies sous le signe du patrimoine culturel, faisant ainsi très concrètement écho à la Déclaration.
On associe cependant encore trop souvent le patrimoine aux vestiges monumentaux, alors qu’il revêt des formes très diverses, dont nombre sont de nature immatérielle. C’est particulièrement vrai dans beaucoup de pays en développement. Parce que le patrimoine immatériel est encore beaucoup trop négligé dans les politiques de préservation, alors qu’il constitue un élément fondamental de la diversité culturelle, l’UNESCO œuvre activement en faveur de sa préservation. Elle organisera dans quelques jours à Istanbul, en Turquie, une Table ronde des ministres de la culture autour ce thème. Une soixantaine de ministres ont déjà confirmé leur participation, ce dont je me réjouis, démontrant là encore que l’élan amorcé l’an dernier par la Déclaration n’a pas faibli.
Loin de diviser, la diversité culturelle unit les individus, les sociétés et les peuples, offrant en partage un fonds constitué de patrimoine immémoriaux, d’expériences actuelles et de promesses d’avenir. La Déclaration sur la diversité culturelle oppose aux visions apocalyptiques du « choc des civilisations » et aux enfermements fondamentalistes la perspective d’un monde plus ouvert, plus créatif, plus démocratique. Car comme l’a écrit Lévi-Strauss, « la diversité est moins fonction de l’isolement des groupes que des relations qui les unissent ».
L’UNESCO, vous le constatez, est résolument engagée dans la « culture de la durabilité » : parce que diversité culturelle et biodiversité sont toutes deux des valeurs pour le très long terme.
Je vous remercie.
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