Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture
L'UNESCO manifeste son soutien à la liberté de la presse lors d'un séminaire sur les médias a Kaboul

Paris - Déclarant que la démocratie ne peut être fondée sans "une grande variété de sources d'information impartiales et indépendantes au plan éditorial", le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a demandé aujourd'hui au gouvernement afghan à tenir sa promesse de diversifier les médias et de "se retirer" des médias qu'il contrôle.

Dans un message - lu aujourd'hui lors de l'inauguration du Séminaire international sur la promotion de médias indépendants et pluralistes en Afghanistan (Kaboul, 3 au 5 septembre), organisé par les autorités afghanes à l'initiative de l'UNESCO -, Koïchiro Matsuura a déclaré : " Une presse libre et indépendante constitue la pierre angulaire de la démocratie; sans accès à une grande variété de sources d'information impartiales et indépendantes au plan éditorial, les citoyens ne peuvent pleinement participer au processus démocratique".

La nouvelle loi des médias afghane sur la presse est l'un des sujets-clés du séminaire. Certains des aspects de cette loi, adoptée plus tôt cette année par l'administration de transition, ont été perçus comme restreignant la liberté de la presse, entraînant des critiques de plusieurs organisations internationales, dont l'UNESCO, et d'ONG qui militent pour la liberté d'expression.

En réponse à ces critiques, le ministère de l'Information et de la Culture a publié une déclaration disant que la loi des médias " était une première étape dans l'ouverture de l'environnement médiatique afghan, permettant l'installation de radios, télévisions, journaux et agences de presse, commerciaux et privés. Pour les aider et les encourager, nous voulons amender, clarifier et étendre l'étendue de la loi sur la presse et développer l'infrastructure dont les médias ont besoin pour travailler plus efficacement".

Dans son message, M. Matsuura s'est félicité de la position exprimée par le ministère, y voyant un engagement en faveur de la liberté de la presse. Il a déclaré que le texte "contient nombre d'options innovantes et courageuses qui prévoient la sortie de l'Etat de nombreux organes de presse actuellement financés par le gouvernement, permettant ainsi plus d'indépendance éditoriale et financière".

La déclaration, contenant des "orientations politiques" pour la reconstruction et le développement des médias en Afghanistan, reconnaît la nécessité "de médias libres et indépendants, qui peuvent refléter notre société telle qu'elle est, en respectant la vérité et sans parti pris".

Le texte présente une stratégie pour les médias "enracinée dans une vision de l'avenir social et politique auquel notre peuple aspire et qu'il mérite - un Afghanistan libre, indépendant et uni […] où le peuple peut construire une société moderne respectueuse des principes de l'Islam, de la démocratie et des droits de l'homme".

Le texte souligne également que "les médias doivent jouer un rôle essentiel en matière de transparence et de responsabilité gouvernementales, ainsi que dans le débat national sur les décisions fondamentales que nous devrons prendre pour la reconstruction du pays dans les années qui viennent".

L'UNESCO a été invitée par les autorités afghanes à superviser l'organisation du séminaire. Parmi les autres parties prenantes à la préparation de la réunion figurent la Mission d'aide de l'ONU à l'Afghanistan (MANUA) ; la British Broadcasting Corporation (BBC) ; et les ONG internationales traitant des médias Internews, et Article 19, ainsi que le Baltic Media Centre.

Le séminaire s'intéressera également au statut des médias nationaux financés par l'Etat, tels que la Radio-Télévision Afghanistan et l'Agence d'information Bakhtar, et proposera des orientations pour l'avenir. Les autorités ont indiqué qu'elles s'intéressaient à la transformation de ces organes en entreprises de médias indépendantes au plan éditorial. D'autres séances du séminaire porteront sur le soutien au développement des médias libres et indépendants en Afghanistan.

Depuis la chute des Talibans qui avaient muselé les médias pendant les sept années où ils étaient au pouvoir, quelque 90 publications indépendantes ont vu le jour en Afghanistan. La plupart d'entre elles ont de très petits tirages et ne sont pas économiquement viables. Leur distribution hors des grandes villes pose également problème.

La Radio-Télévision Afghanistan, qui appartient à l'Etat, ne couvre pas l'intégralité du territoire national en raison de difficultés de transmission. Des grands diffuseurs internationaux et un certain nombre de radios ondes courtes basées à l'étranger émettent à destination de l'Afghanistan des programmes dans les langues locales. Quelques-uns des diffuseurs internationaux ont aussi des radios locales FM. La réception de la télévision n'est possible que dans et autour des villes principales.

Dans sa déclaration, le ministère de l'Information propose d'établir une autorité indépendante, chargée d'allouer les fréquences et les autorisations d'émettre. Elle aurait également en charge l'élaboration de directives pour la régulation des médias électroniques. Le ministère propose aussi de transformer la radio-télévision d'Etat en une entreprise nationale de service public, indépendante sur le plan éditorial et responsable devant le public. Selon le même document, ce service devra fournir des programmes pour tous et sur l'ensemble du territoire. Ces programmes " seront l'écho honnête de la diversité ethnique, linguistique et culturelle de toute la population afghane, de ses hommes et de ses femmes ", affirme le ministère. La déclaration stipule également que les émissions nationales de radio et de télévision devraient comporter un large choix de programmes éducatifs.

Le ministère souligne aussi qu'il "reverra le statut de l'agence d'information gouvernementale, Bakhtar, en vue de la transformer en une institution nationale de service public, qui sera indépendante au plan éditorial et responsable devant le public".

Il stipule que "chacun pourra publier des journaux et des périodiques sans avoir à demander une autorisation. La presse écrite sera assujettie aux règles habituelles définies par le droit commun". Il s'engage aussi à "aider et encourager les médias écrits à développer leur propre code de conduite en conformité avec les normes afghanes et internationales et en consultation étroite avec des institutions représentatives de la société civile".

Le ministère propose "de réétudier le statut de tous les journaux appartenant à l'Etat et de permettre au plus grand nombre possible d'entre eux de devenir des entités commerciales indépendantes". Il promet "d'aider et d'encourager la création d'institutions indépendantes pour la protection des journalistes et la sauvegarde de leur intégrité professionnelle. Les journalistes seront autorisés à créer des associations professionnelles et ils n'auront pas à être membre d'une association particulière pour pouvoir travailler dans les médias".

Plus de 70 participants, parmi lesquels des journalistes réputés et des professionnels de médias de diverses provinces de l'Afghanistan, prennent part au séminaire. Les femmes sont fortement représentées à travers l'association professionnelle des médias, Voice of Afghan Women in Global Media, fondée avec l'aide de l'UNESCO. Des représentants d'un large éventail d'organisations internationales - tels que l'Institut international de la presse, l'Association mondiale des journaux (AMJ), le World Press Freedom Committee (WPFC), et l'Institute for War and Peace Reporting (IWPR) - participent également au séminaire.

Parmi les principaux intervenants, figurent le ministre de l'Information et de la Culture, Sayed M. Raheen; le vice-ministre Abdul Hamid Mubarez; le Président de la Radio-Télévision Afghanistan, Mohammed Es-Haq; et le Directeur de l'Agence d'information Bakhtar, Khalil Minawi. Au programme de la cérémonie d'ouverture figurent des messages du Président afghan, Hamid Karzaï; du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Afghanistan, Lakdhar Brahimi; de Mohammad Akbar Popal, Recteur de l'Université de Kaboul; et d'Abdul Bari Rashid, Président de l'Académie des Sciences d'Afghanistan. L'UNESCO a engagé Riz Khan, ancien présentateur de l'émission " Q&A " sur CNN, pour animer le Séminaire.

Les participants rencontreront le Président Karzaï au Palais présidentiel, le jeudi, après l'adoption d'une Déclaration à la fin du séminaire.

Depuis la prise de fonction du gouvernement Karzaï en décembre 2001, l'UNESCO a aidé massivement le développement des médias en Afghanistan à travers plusieurs projets, incluant la rénovation de la Faculté de journalisme de l'Université de Kaboul, la mise à niveau des compétences et la fourniture d'ordinateurs. L'UNESCO a aussi financé le premier journal indépendant plurilingue, le Kabul Weekly, et a créé une unité de publication pour soutenir plusieurs journaux spécialisés et magazines féminins, parmi lesquels Seerat et Malalai.

L'UNESCO aide également le Centre des Médias et de la Culture de l'association Aïna, et finance son Département de publications pour les femmes, qui soutient la publication de Seerat et Malalai. Le Centre héberge des infrastructures de formation, des salles de travail et les bureaux de plusieurs ONG, parmi lesquelles Voice of Afghan Women in Global Media.

Quelque 102 programmes vidéo du projet CreaTV de l'UNESCO, visant à soutenir une production télévisuelle de qualité dans les pays en développement et les pays en transition, ont été fournis à la Radio-Télévision Afghanistan, et l'Agence d'Information Bakhtar a été complètement informatisée.

Dans son message adressé aux participants du séminaire, le Directeur général a rappelé que "l'UNESCO a fait de l'aide à l'Afghanistan l'une de ses priorités" et a déclaré: "Nous attendons les résultats du séminaire avec intérêt afin de voir comment l'UNESCO peut continuer à jouer un rôle actif et fructueux aux côtés de l'Afghanistan pendant sa transformation en un Etat moderne et démocratique".

Il a rappelé qu'"au sein du système des Nations Unies, le mandat de l'UNESCO pour promouvoir la liberté d'expression est clair et sans équivoque. Ce mandat est au cœur de toutes nos activités, conformément à l'Acte constitutif de l'UNESCO qui demande à l'Organisation de promouvoir la libre circulation des idées, par le mot et par l'image".

L'UNESCO assure le secrétariat du Programme pour la culture, les médias et le sport en Afghanistan. A ce titre, l'Organisation coordonne et assure les liaisons avec les bailleurs de fonds, les ONG et les organismes internationaux qui soutiennent des activités dans ces domaines. Sa responsabilité propre est de créer des compétences au sein du ministère de l'Information et de la Culture ; elle y a créé à cet effet, un bureau à plein temps. Au titre du secrétariat du Programme, l'UNESCO aide aussi à élaborer les budgets et les stratégies à long terme.


Pour plus d'informations sur l'UNESCO en Afghanistan:
Martin Hadlow, Directeur du Bureau de l'UNESCO en Afghanistan
E-mail: m.hadlow@unesco.org



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N°2002-56
Site Web 1 (URL) Website: UNESCO en Afghanistan
Date de publication 02 Sep 2002
© UNESCO 1995-2007 - ID: 5638