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A quoi sert l'océanographie? Réponses dans un nouvel ouvrage publié par la COI de l'UNESCO

Paris - Alors qu'elles font la une des journaux, les inondations, sécheresses et famines sont souvent le résultat de cycles naturels décennaux, réguliers et, sans doute, prévisibles.

Cycles rares, mais pas exceptionnels, tout comme les années d'abondance qui ne font pas l'actualité. Et, pour une fois, le coupable habituel - le réchauffement climatique - n'est pas la cause de ces épisodes extrêmes. Mais il peut avoir une forte incidence sur le déroulement des cycles et augmenter leur fréquence et leur gravité. Mais comment fonctionnent ces cycles ? Dans une large mesure, ils semblent être régulés par les océans, en interaction avec l'atmosphère terrestre.

Ces conclusions sont exposées, parmi d'autres, dans un nouvel ouvrage intitulé Oceans 2 000 : Science, Trends and the Challenge of Sustainability, publié par les éditions Island Press, pour la Commission océanographique intergouvernementale (COI), le Comité scientifique de la recherche océanique (SCOR) et le Comité scientifique sur les problèmes de l'environnement (SCOPE). Il sera lancé le 29 août, lors du Sommet mondial sur le développement durable, à Johannesburg (Dôme de l'eau, Pavillon 4, 14h00), sur les lieux de l'exposition de la COI, qui sera présentée tout au long du Sommet.

A travers une succession de chapitres rédigés par des experts de renommée internationale, le livre montre à quel point des recherches internationales coordonnées seraient nécessaires pour approfondir notre compréhension du fonctionnement des océans et explorer leurs secrets encore nombreux. Abandonnant leur réticence habituelle à prédire le futur, ces scientifiques essaient de dresser une liste de recherches vitales à mener et d'imaginer les instruments techniques - y compris spatiaux - nécessaires. Comme ils le montrent, ce n'est qu'en rassemblant des quantités massives de données, concernant les zones les plus stratégiques des océans sur de longues périodes, que les scientifiques pourront prévoir l'apparition de tels événements, extrêmes mais récurrents, suffisamment à l'avance pour en minimiser les conséquences.

Comme on le sait maintenant, El Niño - le réchauffement périodique anormal des eaux de surface dans les zones centrale et orientale de l'océan Pacifique - est l'un de ces phénomènes cycliques. Il se caractérise par une réduction importante des ressources halieutiques le long des côtes du Pérou tous les deux à dix ans (quatre ans et demi, en moyenne) et entraîne de fortes pluies et des inondations le long de la côte ouest de l'Amérique du Sud, région habituellement sèche. Simultanément, il est la cause de phénomènes opposés - sécheresses et incendies de forêt - dans l'est de l'Australie et en Asie du Sud-Est.

On estime les dommages globaux dus à El Niño, lors de l'épisode 1997-98 à une somme allant de 32 milliards à… 96 milliards de dollars, malgré l'alerte émise par les scientifiques plusieurs mois à l'avance. Et, comme on le sait maintenant, la fin 2002 verra le début d'un nouveau El Niño, qui se poursuivra en 2003.

Plusieurs gouvernements prennent déjà des mesures de précaution : ils achètent, par exemple, des céréales sur les marchés à terme pour faire face aux mauvaises récoltes probables, ou incitent les agriculteurs à semer des variétés résistantes à la sécheresse ou aux inondations, selon les effets d'El Niño attendus dans les régions concernées.

" Mais combien de gens savent-ils qu'à chaque phénomène de réchauffement El Niño succède un phénomène de refroidissement La Niña? " remarque Colin Summerhayes, de la COI de l'UNESCO, co-auteur et co-éditeur de l'ouvrage. Après les épisodes de sécheresse déclenchés par El Niño au Mozambique et au Bangladesh, en 1997-98, La Niña fut à l'origine de graves inondations dans ces deux pays, l'année suivante. Après presque vingt années d'observations, réalisées à partir de bouées flottantes rassemblant des données, de mesures prises depuis des navires et d'observations par satellites, les océanographes savent que d'autres cycles longs (ou décennaux) et réguliers affectent les autres océans de la planète.

" L'Oscillation de l'Atlantique Nord entraîne un temps chaud et humide ou froid et sec sur l'Europe du Nord-Ouest et un climat inverse en Méditerranée, explique Colin Summerhayes. L'Oscillation décennale du Pacifique réchauffe les zones centrale et orientale du Pacifique Nord et a provoqué un effondrement des réserves de sardines sur les côtes de la Californie (Etats-Unis). Vous vous souvenez du roman de John Steinbeck, Rue de la Sardine ? Eh bien, les sardines ne sont plus là ! On connaît aussi le Dipôle de l'Océan Indien qui favorise un temps chaud et humide, d'abord sur le Kenya puis sur l'Australie, au cours d'une alternance qui dure une dizaine d'années. Quant aux précipitations sur le Sahel, elles dépendent du Dipôle tropical atlantique. Ces variations océaniques de grande ampleur contrôlent le climat et, en conséquence, la pluviométrie, ainsi que les ressources en poisson. L'alimentation et l'eau sont les bases du développement durable. "

L'ouvrage met en lumière les avancées de l'océanographie au cours des vingt-cinq dernières années, liées, pour l'essentiel, aux nouvelles technologies et à la coopération internationale autour des principaux programmes de recherche.

" L'univers des océans est peu accessible et impitoyable, expliquent les auteurs de l'ouvrage. Il nous est impossible de le parcourir en tous sens pour prélever des échantillons. Nous n'en avons simplement pas les moyens. Les bateaux sont trop lents, couvrent des zones trop limitées à chaque sortie et embarquent un nombre restreint de personnes. Il n'existe pas assez d'océanographes et pas assez de navires pour étudier chaque mètre carré de la surface des océans et encore moins pour en sonder les profondeurs en permanence. Nous avons besoin de machines pour réaliser ces tâches sans nous et transmettre les données par satellite vers la terre ferme, afin d'alimenter nos super-ordinateurs. "

Mais comprendre comment les océans se comportent - et comment ils affectent nos vies par bien des aspects - n'est qu'une partie de la liste de ce qui reste à faire. Le livre se penche aussi sur les réponses que pourraient apporter les océans aux problèmes d'énergie dans le monde, grâce aux réserves de combustibles fossiles qu'ils recèlent, situées à des profondeurs trop grandes pour être exploitées aujourd'hui, ou encore grâce au méthane congelé (hydrates gazeux) d'une teneur en énergie plus haute que toutes les réserves fossiles connues.

Des idées plus controversées sont également exposées : par exemple, l' " ensemencement " des zones littorales à l'aide de fer, pour favoriser la croissance du plancton. Premier maillon de la chaîne alimentaire sous-marine, ces minuscules organismes fournissent de manière indirecte une source massive de protéines. En outre, certaines formes de plancton assimilent le dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère - principal responsable de l'effet de serre - et le transfèrent dans les grandes profondeurs par l'intermédiaire des poissons " brouteurs " de plancton.

Dans les années 1960, l'explorateur français des océans Jacques-Yves Cousteau expérimentait les premières cellules de vie sous-marine pour humains. Le projet ne fut jamais développé. Mais, si la vie sur la terre ferme devient trop difficile, les hommes retourneront-ils vers l'océan, le milieu dont on pense qu'ils proviennent ? Ce nouveau livre ne l'envisage pas pour les vingt prochaines années.


Contact:
A Johannesburg
: Amy Otchet
Bureau de l'information du public/UNESCO
Portable: 0828 580 718
E-mail: a.otchet@unesco.org

Isabelle Le Fournis
Portable: + 33 (0) 6 14 69 53 72
E-mail: i.le-fournis@unesco.org

A Paris: Peter Coles
Bureau de l'information du public
Tél.: +33 (1) 45 68 17 10
E-mail: p.coles@unesco.org


Faits et chiffres sur les océans
Les quatre océans traditionnels sont désormais cinq. En 2000, l'Organisation hydrographique internationale (OHI) a créé l'Océan du Sud et en a défini les limites, qui empiètent sur le Pacifique, l'Atlantique et l'Océan Indien.

Pacifique 155 557 000 km2
Atlantique 76 762 000 km2
Indien 65 556 000 km2
Du Sud 20 327 000 km2
Arctique 14 056 000 km2

- Sur la planète, les terres émergées occupent une surface de 148 647 000 km2 et les océans 335 258 000 km2.
- Les océans couvrent 71 % de la planète- L'ensemble des terres émergées ne recouvrirait pas la surface de l'Océan Pacifique.
- La fosse des Mariannes, la plus profonde fosse océanique, dans le Pacifique, plonge à 10 924 mètres sous le niveau de la mer. Elle pourrait engloutir la plus haute montagne de la Terre, l'Everest (Himalaya, Népal), qui s'élève à 8 846 mètres au-dessus du niveau
de la mer.


Voir aussi:
El Niño : réalité et fiction, par Bruno Voituriez et Guy Jacques, COI Forum Océans, Editions UNESCO, Paris 2000 (disponible en français et en anglais)
Once Burned Twice Shy? Lessons learned from the 1997-98 El Niño, édité par Michael H. Glantz, Université des Nations Unies, 2001.



 
Auteur(s) UNESCOPRESSE
Source Communiqué de presse N°2002-53
Site Web 1 (URL) Website: COI/UNESCO
Date de publication 22 Aug 2002
© UNESCO 1995-2007 - ID: 5635