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KIM PHUC - LE POUVOIR DU PARDON

28-02-2002 11:00 pm Paris - C'est la petite fille de la photo. Kim Phuc. Elle a neuf ans le 8 juin 1972 quand son village Trang Bang, au sud-Vietnam, est bombardé. Brulée par le napalm, elle s'élance sur la route, hurlant de peur et de douleur. Toute l'horreur de la guerre va jaillir de la photo cueillie par le photographe Nick Ut de l'agence AP. Publiée partout dans le monde, cette image a contribué à arrêter la guerre. Kim Phuc a aujourd'hui 38 ans et vit au Canada avec son mari et ses enfants. Si son corps porte encore les marques visibles et invisibles du napalm, elle a décidé, un jour, de pardonner. Kim Phuc a exprimé son pardon lors d'une cérémonie commémorative dela guerre du Vietnam, à Washington, o?, devant des vétérans elle a expliqué que si elle se trouvait face au pilote qui avait lancé la bombe, elle lui dirait "qu'on ne peut pas changer l'histoire, mais au moins peut-on essayer de faire de notre mieux pourpromouvoir la paix". John Plummer, un de ceux qui coordonnaient le bombardement de Trang Bang, était parmi eux. Elle lui a ouvert les bras.

Kim Phuc est aujourd'hui l'une des plus ferventes militantes de la paix dans le monde, de la non-violence, la tolérance, le dialogue, l'entraide. Ambassadrice de bonne volonté de l'UNESCO, elle vit au quotidien la mission de cette organisation : " Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ".

Votre corps et votre âme ont été détruits. Pourtant vous avez pardonné. Qu'est-ce qui est arrivé ?
J'ai été br?lée en 1972, j'avais 9 ans. Ma maison était au centre de l'endroit o? étaient tombées les quatre bombes et la br?lure du napalm s'élevait à 800-1200°C (l'eau bouillante, est à 100°C). 65% de mon corps avait br?lé. Et 35% de ma peau a d? faire l'objet de greffes. Pourtant mon visage et mes mains sont restés normaux. Sans cicatrice, alors que ces bombes auraient pu me détruire comme elles ont détruit des amis, des membres de ma famille.
Je rêvais de devenir médecin et sauver la vie des autres, comme ceux qui m'avaient soigné pendant les 14 longs mois de mon hospitalisation. Alors, après l'hôpital et malgré la douleur que je ne pouvais pas diminuer, malgré les blessures, les terribles maux de tête, j'ai voulu poursuivre mes études à tout prix. C'était difficile. Mes parents n'avaient pas suffisamment d'argent pour des médicaments, mais ma mère achetait des morceaux de glace qu'elle me plaçait sur la tête pour me soulager, et mon père m'appliquait des onctions de feuilles connues pour leurs effets thérapeutiques.

Avez-vous pu poursuivre ces études ?
Non. Dix années plus tard, en 1982, j'ai vécu un autre épisode très difficile de ma vie. J'avais été admise à l'école de médecine de Saigon. Malheureusement, un jour, le gouvernement a pris conscience que j'étais la petite fille de la photo et ils sont venus me chercher pour que je travaille avec eux, pour utiliser ce que je symbolisais et moi je ne voulais pas. "Laissez-moi étudier", leur ai-je demandé, "je ne veux rien faire d'autre". Alors ils ont, d'office, stoppé mes études.

C'était terrible. Je ne comprenais pas : pourquoi encore moi ? Pourquoi est-ce que mes amis pouvaient continuer leurs études et pas moi ? J'avais l'impression que j'étais toujours une victime. A 19 ans, je n'avais plus d'espoir et une terrible envie de mourir.

Qu'est-ce qui vous a redonné l'envie de vivre ?
J'ai été élevée traditionnellement dans la foi du Cao Dai, qui peut s'expliquer par un mélange de confucianisme, de taoïsme, de bouddhisme et de christianisme. Je priais beaucoup. Je passais mon temps à lire sur les religions. Mais personne ne pouvait atténuer ma souffrance ni me faire retourner à l'école. Je doutais : Dieu, s'il existe, peut-il m'aider ? Un jour, à Saigon, un ami m'a invité à l'église. J'étais comme un être affamé qui a besoin de manger pour trouver la paix. Mais j'arrivais difficilement à accepter une nouvelle foi.Mon plus grand désir était de rencontrer une amie, quelqu'un à qui parler, à qui me confier. Je l'avais même dessiné sur une feuille. Un jour, je suis entrée dans l'église et j'ai vu, assise au centre de l'auditorium vide, une fille qui souriait. Elle est devenue mon amie.

Qu'est-ce que cette rencontre a changé dans votre vie ?
Je me sentais mieux. Mais quelque chose restait vide. Ce n'est que le jour o? j'ai trouvé une foi en moi-même que les br?lures de mon coeur se sont atténuées. L'église de Saigon fut détruite quelque temps après par le gouvernement. Le pasteur est parti. Seule, j'ai laissé grandir le sentiment de pardon dans mon coeur jusqu'à ressentir une grande paix intérieure. Mais ce n'est pas quelque chose qui serait arrivé du jour au lendemain. Ce n'est pas facile de parvenir à aimer ses ennemis. J'aurais pu réagir par la haine, par la revanche, ça aurait été "normal". Mais j'ai choisi de comprendre. Ça prend du temps.

En tant qu'ambassadrice pour la paix à l'UNESCO depuis 1997, quel est votre message? Comment diffusez-vous les idéaux de l'UNESCO ?
Je veux que mon expérience serve : j'ai été br?lée à cause de la guerre. Je veux, aujourd'hui, encourager l'entraide, l'amour. Nous avons besoin d'apprendre à devenir plus tolérants, à regarder l'individu, à l'écouter, à sortir de nous-mêmes, à aider les autres. Au lieu de nous laisser porter par la colère et la haine qui enfantent la revanche et la violence dans le monde et qui n'aident personne. La guerre n'engendre que de la souffrance.C'est pour cela que je montre la petite fille de la photo. Parce qu'elle raconte mon histoire et les conséquences de la guerre sur ma vie. Aucun père, aucune mère au monde ne veut que cette photo se reproduise. Je voudrais leur transmettre ce que j'ai appris à valoriser : j'ai vécu la guerre, je sais la valeur de la paix. J'ai vécu avec ma douleur, je sais la valeur de l'amour lorsqu'on veut guérir. J'ai vécu avec la haine, je sais le pouvoir du pardon. Aujourd'hui, je suis en vie, je vis sans haine, sans esprit de revanche et je peux dire à ceux qui ont causé ma souffrance : je vous pardonne. C'est le seul moyen de sauver la paix, de parler de tolérance et de non-violence.

Ce sont là des idéaux que défend également l'UNESCO. Mais ce n'est pas facilede pardonner, surtout dans le contexte d'une guerre.
On a toujours le choix. Moi j'ai choisi la réconciliation, et ma vie a changé. J'ai cessé d'être une victime. Alors, je leur dis : regardez, voilà comment j'ai trouvé. Voilà mon expérience. J'en suis sortie. Et mon présent, aujourd'hui, c'est votre futur, si vous le voulez. Ce sont surtout les enfants qui reçoivent mon message facilement. C'est pourquoi je me rends dans les écoles aussi souvent que possible. Je leur dis : notre futur est entre vos mains, vous êtes responsables de la paix. Agissez !

Comment agissez-vous ?
La Fondation Kim Phuc a été créée en 1997. Elle aide les enfants qui sont victimes de la guerre et de la violence. A Timor-Est et en Roumanie et dernièrement en Afghanistan, nousleur apportons une assistance médicale, physique et psychique, les appareillons lorsqu'ils ont perdu un membre, les aidons à dépasser le traumatisme qu'ils ont vécu. Je sais combien c'est difficile pour ces enfants. Mon coeur est avec toutes les victimesdes guerres en ce moment. Pour eux, je ne cesserai jamais de transmettre un message de paix.

"La fille de la photo", Denise Chong, éditions Belfond.


Site Internet : La Fondation de Kim



Source Feature No.2002-04
Auteur(s) UNESCOPRESSE


 ID: 4782 | guest (Lire) Mise à jour: 17-01-2005 10:02 am | © 2003 - UNESCO - Contact