La prochaine édition de la Conférence UNESCO du Futur se tiendra le 3 novembre 2009 de 17h à 18h30 au Siège de l'UNESCO avec pour Conférencier d'honneur, M. Hubert Reeves.
Sur l’ensemble de la planète, la biodiversité – la diversité de la vie, depuis les bactéries jusqu’aux plantes, depuis les espèces jusqu’aux écosystèmes – est en déclin. En quelques décennies, les altérations et les destructions causées par l’homme aux écosystèmes naturels – en particulier les forêts primaires, les forêts tropicales, les zones humides, les mangroves, les lacs, les rivières, les mers et les océans – ont crû à un rythme inquiétant. On estime que le nombre des espèces connues – et nous sommes loin de les connaître toutes – a décliné d’environ 40 depuis les années 1970. Depuis 2000, les forêts primaires ont perdu 6 millions d’hectares par an. Près de 20% des récifs coralliens ont été détruits, du fait, notamment de la pollution et de la surpêche. 25% des espèces connues auront peut-être disparu d’ici à 2050. Nombre scientifiques pensent que la Terre est près de connaître une phase d’extinction de masse.
Selon l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire publiée par les Nations Unies en 2005, les taux actuels d’extinctions d’espèces seraient jusqu’à 1000 fois plus élevés que les niveaux jugés naturels. Tout comme pour le changement climatique, qui va aggraver les pertes de biodiversité et être aggravé par celles-ci, le problème, c’est l’accélération du phénomène – ainsi que notre cécité collective. La Terre évolue vers un état où elle pourrait ne plus nous soutenir. Il y a une limite aux dommages que nous pouvons infliger aux environnements dont nous dépendons.
Depuis la Révolution industrielle, l’humanité traite les ressources naturelles comme si elles étaient infinies. Trop peu de personnes se sont rendu compte que la biodiversité est une ressource en tant que telle. La biodiversité soutient quantité de processus et de services des écosystèmes naturels, tels que la qualité de l’air, la régulation climatique, la purification de l’eau, la lutte contre les parasites et les maladies, la pollinisation et la prévention des érosions. Le bien-être – et la survie – des humains est difficilement concevable sans une biodiversité florissante. Les systèmes alimentaires sont fortement dépendants de la biodiversité et une proportion considérable de médicaments est directement ou non d’origine biologique. Des pans entiers de nos économies dépendent également de la biodiversité et il importe de souligner que les pauvres de la planète sont les plus exposés aux risques liés à la perte de biodiversité parce qu’ils sont les plus dépendants des services des écosystèmes en voie de dégradation. Par conséquent, la diminution de la biodiversité aura un impact négatif sur la réalisation des OMD et ce par-delà l’objectif spécifiquement consacré à l’environnement. Enfin, on ne peut ignorer à quels points sont essentiels les bénéfices non matériels des écosystèmes, en particulier les valeurs spirituelles et esthétiques.
La complexité de ces aspects a été reconnue dans son ensemble en 1972 lorsque l’UNESCO lança deux initiatives pionnières : la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel qui institua qu’écosystèmes naturels et des paysages appartenaient au patrimoine commun de l’humanité et le Programme l’homme et la biosphère (MAB) qui conduisit à la création de Réserves de biosphère, 553 dans 107 à ce jour, avec trois fonctions qui se renforcent l’une l’autre : conservation, développement durable et soutien à la recherche et à l’éducation. La biodiversité est un bien public global, comme il fut reconnu 20 ans plus tard, en 1972, par la Convention sur la biodiversité (CDB). Les trois objectifs de cette convention sont la conservation de la diversité biologique, son utilisation durable et le partage juste et équitable des bénéfices liés à l’usage des ressources génétiques.
Ces dernières années, l’objectif principal a été de réduire le rythme de perte de biodiversité – un but dont la réalisation s’est révélée ardue, qu’il s’agisse de mesurer l’état actuel de la biodiversité ou de mettre en œuvre des mesures et des pratiques propices à la biodiversité. En vue d’accroître la prise de conscience du public sur l’importance de la biodiversité pour notre bien-être, les Nations Unies ont déclaré l’année 2010 Année internationale de la biodiversité (IYB). Forte de sa riche histoire dans le domaine de la biodiversité, l’UNESCO organisera plusieurs événements tout au long de 2010, y compris une exposition itinérante. Communiquer est vital : l’ambition première des événements de l’IYB est d’éveiller les consciences non seulement sur les faits, mais également sur tout ce qui peut être fait. Mettre en avant des expériences de réussite dans la lutte durable contre la perte de biodiversité ou pour sa préservation est essentiel pour susciter aux niveaux local, national, régional ou international, des projets œuvrant à préserver et célébrer la diversité du vivant.
Dans le cadre de ces événements, Hubert Reeves a accepté notre invitation à la prochaine Conférence UNESCO du futur au cours de laquelle il nous fera part de ses vues sur les dangers encourus par l’humanité si la biodiversité continue de diminuer. Astrophysicien canadien, ancien conseiller à la NASA et vulgarisateur de renom, Hubert Reeves s’est très tôt aperçu de la rareté de la vie dans l’univers, comme il l’a exprimé, entre autres, dans Mal de Terre (2003).