
© UNESCO/Michel Ravassard
Axoum, juillet 2008 : la tour en acier attend son obélisque.
Le retour de l'Obélisque d'Axoum
Ce mois-ci, Axoum, site éthiopien du patrimoine mondial depuis 1980, redevient une mégapole culturelle de l’Afrique. À l’image du début de notre ère, lorsque le royaume axoumite rivalisait avec Rome, la Perse et la Chine, nombre de personnalités éminentes du monde politique et culturel y convergent, pour rendre hommage cette fois-ci non pas à un roi mais à un obélisque ! Devenu un symbole de l’identité du peuple éthiopien, le monolithe de 24 mètres de haut et de 152 tonnes, taillé à Axoum il y a 17 siècles, revient d’exil sur son site d’origine, après 70 ans.
La cérémonie de l’inauguration de l’Obélisque d’Axoum coïncide à quelques jours près avec la fin du millénaire éthiopien. En effet, l’an 2001 commence le 12 septembre dans un pays toujours rythmé selon le calendrier julien, abandonné par l’Occident, à partir du 16e siècle, au profit du grégorien. L’Union africaine a décidé de faire du millénaire éthiopien « un millénaire pour toute l’Afrique », en hommage à un pays qui n’a jamais été colonisé.
En mars 2005, l’UNESCO annonçait au monde le retour en Éthiopie de l’Obélisque d’Axoum (ou Stèle n° 2, pour les experts), érigé à Rome depuis 1937. À l’époque, les troupes de Mussolini, l’ayant trouvé gisant, et brisé en trois morceaux, l’avaient rapporté dans la capitale italienne.
Il a fallu de nombreuses négociations, avant que le retour de cette stèle, prévu dans les accords d'armistice de 1947, ne se réalise enfin. Il a fallu louer le plus grand avion du monde – l’Antonov – pour transporter en trois étapes les trois immenses blocs de granit (avril 2005). Il a fallu aussi moderniser l’aéroport d’Axoum et renforcer les deux ponts que le convoi allait emprunter pour arriver à bon port. Il a fallu, surtout, s’assurer que la réinstallation de la stèle n° 2 n’endommage le site archéologique, qui abrite une nécropole royale de différentes dynasties préchrétiennes (l’équipe d’experts de l’UNESCO a effectué des prospections, dites « non destructives », permettant de voir sous la terre sans la fouiller). Il a fallu, enfin, consolider la stèle n° 3, dressée à proximité de l’emplacement de sa célèbre voisine. Parmi les monolithes décorés du site (la majorité ne comportant pas de gravures), la stèle n° 3 est la seule qui reste encore debout. Mais, elle est légèrement inclinée, un peu comme la Tour de Pise…

Tout un exploit !
quelques photos
Au terme de deux années de travail, le Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO a signé, en juin 2007, un contrat avec l'entreprise de construction Lattanzi pour la réinstallation de l’obélisque. Celle-ci a exécuté le projet d’ingénierie conçu par la compagnie italienne Croci Associati, en collaboration avec des experts éthiopiens, notamment l’archéologue Téclé Hagos et l’ingénieur Messélé Hailé Mariam.
Une plate-forme munie de rails a été construite, permettant de faire glisser les trois morceaux de la stèle jusqu’à une immense structure en acier, dix fois plus petite que la tour Eiffel, certes, mais tout aussi impressionnante. À l’aide d’une rotule hémisphérique et d’une grue mobile, le premier bloc a été hissé le long de la tour, puis « plongé » à l’intérieur de celle-ci, jusqu’à sa nouvelle fondation en béton armé de huit mètres de profondeur.
« Comme ça, il ne risque pas de retomber ! », plaisante le technicien italien Mauro Cristini, en insistant sur le fait qu’il n’est pas un expert en « érection d’obélisques ». Comment cela ? Il est tout de même le chef de l’équipe ! « Vous en avez vu souvent, des obélisques érigés ces derniers temps ? », ajoute-t-il sourire aux lèvres. C’est vrai, on n’enseigne plus cette matière à l’école.
Puis, sur un ton beaucoup plus sérieux, il explique comment les blocs sont reliés les uns aux autres : « À la fin des années 1930, les trois parties de la stèle ont été ‘rapiécées’ au moyen de tiges en métal de 18 cm. de diamètre. Cette fois-ci, nous avons ajouté dans chaque bloc quatre perforations, qui ne font que 5 cm. de diamètre, pour y introduire des barres en fibres synthétiques, pour garantir une meilleure résistance anti-sismique de la stèle ».
Au moment où le deuxième bloc a été glissé dans la tour et s’est rapproché du premier, les fibres synthétiques (ou barres de kevlar) ont été introduites dans les nouvelles perforations, avant que les surfaces des deux blocs soient scellées par un mortier à base de résine. Même procédure pour le troisième bloc. Une véritable prouesse technologique, c’est le moins qu’on puisse dire !

L’envergure de cette opération menée par l’UNESCO rappelle sa première campagne de sauvegarde du patrimoine mondial, il y a 50 ans : celle de Nubie. Les temples égyptiens d’Abou Simbel et de Philae avaient alors été découpés en blocs et déplacés pour éviter d’être inondés suite à la construction du grand barrage d’Assouan.
Le coût de ce dernier projet s’élève à près de 5 millions de dollars, rien que pour les études et les travaux. Le financement, y compris celui du démantèlement de l’obélisque à Rome et de son transport jusqu’à Axoum, est entièrement assuré par le gouvernement italien.
Ainsi, Axoum retrouve petit à petit sa grandeur ancestrale, qui a perduré tout au long du premier millénaire de notre ère. L’obélisque trône majestueux au milieu de cette petite ville qui fut autrefois capitale d’empire et foyer du christianisme. Sa richesse culturelle est inversement proportionnelle à sa taille : labyrinthes de tombes royales, ruines d’anciens palais dont, vraisemblablement, celui de la reine de Saba, vestiges d’églises datant du 4e siècle... Le trésor inouï d’Axoum vous sera dévoilé dans notre prochain numéro consacré aux sites culturels de l’Éthiopie inscrits sur la Liste du patrimoine mondial.
Jasmina Šopova
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Photo 2 : © UNESCO/Jasmina Šopova
Mauro Cristini, chef de l'équipe technique, chargée de la réinstallation de l'obélisque.
Photo 3 : © UNESCO/F. Bandarin
Vue sur la partie du parc principal de stèles, avant le début des travaux de réinstallation de l’Obélisque d’Axoum.