
© Claude Lévi-Strauss
Lévi-Strauss aux États-Unis, entre 1940 et 1944, où il figure parmi les fondateurs de l'École libre des hautes études de New York.
Un des artisans de la première déclaration de l’UNESCO sur la race (1950), Race et culture (1971), écrits à la demande de l’UNESCO, Claude Lévi-Strauss a récemment participé à la célébration du soixantième anniversaire de l’Organisation (2005). Un demi siècle d'histoire.
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La première contribution de Claude Lévi-Strauss aux travaux de l’UNESCO remonte à 1949 : il prit alors part à la commission internationale de savants chargés de rédiger la première déclaration de l’UNESCO sur la race, parue en 1950. Cette même année, il fut mandaté par l’UNESCO pour effectuer une enquête sur l’état des sciences sociales au Pakistan. En 1951, il siégea au comité d’experts convoqués pour mettre en place le Conseil international des sciences sociales, dont il fut ensuite le premier Secrétaire général, de 1952 à 1961. En 1952, à la demande de l’UNESCO, il rédigea Race et histoire, promis à devenir un classique de la littérature antiraciste. En 1971, invité à inaugurer l’Année internationale de la lutte contre le racisme, Lévi-Strauss donna la conférence intitulée Race et culture. Peu conforme à la doctrine de l’Organisation, cette intervention provoqua une rupture. Cependant, les dernières années virent une réconciliation, dont atteste la présence de Claude Lévi-Strauss lors des célébrations du soixantième anniversaire de l’UNESCO en 2005.
Ces vicissitudes témoignent du cheminement parallèle, au fil d’un demi-siècle, de la pensée de Claude Lévi-Strauss d’une part, et de la doctrine de l’UNESCO de l’autre. Leur principal point d’articulation était le problème de la diversité biologique et culturelle de l’espèce humaine.
Accords...
Claude Lévi-Strauss reçut sa première formation intellectuelle dans un milieu de jeunes socialistes profondément marqués par la catastrophe de la Grande Guerre, à laquelle ils n’avaient pas participé. Ils étaient tous viscéralement pacifistes et antinationalistes. La révolution à laquelle ils aspiraient devait se faire sans violence, par une transformation radicale de la conscience morale qui jetterait les fondations d’un nouvel humanisme, nécessaire pour bâtir une société égalitaire, juste et pacifique ; ils désiraient que les rapports entre les peuples fussent mis sous la responsabilité d’instances internationales capables de résoudre les conflits entre les États sans recours à la guerre. Ces idées étaient proches du programme de L’Institut international de coopération intellectuelle qui, dans les années 1920-1930, préfigurait déjà les principes de la future doctrine de l’UNESCO. Il était donc naturel que Lévi-Strauss répondît favorablement, en 1949, à l’invitation de participer à des activités de l’Organisation dont le programme incarnait si bien ses propres convictions.

Déclaration sur la race (1950) (Extraits)
Après le désastre provoqué par le nazisme, l’une des priorités était de délégitimer l’idéologie de l’inégalité des races. L’UNESCO tenait à promouvoir les idées auparavant contestées par le nazisme : l’unité de l’espèce humaine ; le caractère arbitraire des classifications raciales ; l’égalité des humains ; les effets anodins du métissage ; l’instinct de coopération comme propriété essentielle de l’homme. Tel était le message principal de la première déclaration de l’UNESCO sur la race (1950).
Dans le sillage de ce texte, plusieurs brochures destinées au grand public parurent rapidement, conçues par la Division pour l’étude de la race de l’UNESCO comme instrument d’une « offensive éducative ». Race et histoire constituait la contribution de Claude Lévi-Strauss Son intérêt tenait à offrir un argument capable de remédier à une imperfection importante de la doctrine antiraciste de l’UNESCO. À quoi sert en effet – remarquait Lévi-Strauss – de constater qu’aucune donnée biologique ne corrobore l’idée de l’inégalité des « races », si l’on laisse perdurer la croyance à l’inégalité dans sa dimension culturelle, où reste intacte la conviction que les sociétés ne sont pas capables d’apporter des contributions équivalentes au patrimoine commun de la civilisation ? La solution proposée par Lévi-Strauss consiste à montrer que la capacité à accomplir des progrès culturels ne tient pas à une supériorité de telle ou telle société comparée aux autres, mais plutôt à l’aptitude de chacune à établir des échanges mutuels avec les autres. Ainsi, faisant des échanges la condition fondamentale du progrès, Race et histoire était en parfaite harmonie avec l’idéologie de la coopération, dont l’UNESCO souhaitait favoriser la propagation.

Dix-neuf ans plus tard, lorsqu’il fut invité à prononcer la conférence inaugurale de l’Année internationale de la lutte contre le racisme, Claude Lévi-Strauss portait sur la doctrine de l’UNESCO un regard bien plus critique qu’en 1952. Il avoua douter que « la diffusion du savoir et le développement de la communication entre les hommes réussiront un jour à les faire vivre en bonne harmonie, dans l’acceptation et le respect de leur diversité ». La lutte contre le racisme s’est révélée peu efficace – concluait-il –, parce que le diagnostic initial, à l’origine du programme de l’Organisation, était erroné jusque dans ses principes fondamentaux : la forme raciale prise par l’intolérance ne tient pas à des idées fausses sur la race ; elle possède une assise beaucoup plus profonde, dont ces idées ne sont qu’un travestissement idéologique, déployé pour occulter les conflits qui découlent, selon Lévi-Strauss, de la saturation démographique de notre planète. (page suivante)
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Photo 2 : © UNESCO
Race et histoire en japonais.
Photo 3 : © UNESCO/Claude Bablin
Claude Lévi-Strauss et René Maheu, 1971, UNESCO.