Quels sont les principaux enseignements de ce rapport?
Ce rapport présente les résultats de la première étude statistique sérieuse sur la question du genre dans les sciences et technologies au niveau mondial. Il nous permet de tirer plusieurs conclusions. D’une part, la part relative des femmes dans l’enseignement supérieur scientifique a augmenté au cours des dix dernières années dans la plupart des régions du monde. Mais, une fois leurs études universitaires achevées, les femmes occupent un quart seulement des postes de recherche scientifique et technologique au plan mondial.
Le deuxième point intéressant est l’hétérogénéité qui en ressort. Si l’Asie centrale et, d’une manière générale, tous les pays de l’ancienne zone d’influence soviétique présentent un rapport numérique hommes-femmes satisfaisant dans le secteur de la recherche, de même que beaucoup de pays d’Amérique latine, il en va autrement en Afrique et dans le reste de l’Asie. Par ailleurs, il est évident que, dans la majeure partie de l’Europe, surtout en Europe occidentale, la recherche est encore à forte dominante masculine.
Comment peut-on l’expliquer?
Les raisons sont multiples. Dans le cas de l’Europe occidentale, par exemple, beaucoup de chercheurs travaillent dans le domaine industriel, où les femmes sont moins présentes. De fait, l’Union européenne considère cette circonstance comme un problème spécifique.
Le problème ne résiderait-il pas plutôt dans une désaffection de la science, tous sexes confondus ?
Oui, il est vrai que les matières scientifiques attirent de moins en moins d’étudiants, mais ce sera un problème à l’avenir, qui n’a pas encore d’incidence aujourd’hui sur le nombre total de chercheurs. Ceci étant, au niveau universitaire, on est beaucoup plus proche de la parité hommes-femmes que dans le secteur de la recherche. La proportion de femmes parmi les étudiants dans les matières scientifiques est supérieure à celle des chercheuses. Ensuite, elles abandonnent peu à peu ; statistiquement, cela donne un « diagramme en ciseaux » : dans le monde entier, le nombre de femmes diminue à mesure qu’elles gravissent les échelons de la recherche scientifique. Dans certains pays, il y a très peu de directrices ou de professeures d’universités de sciences, alors même que, à la base, il y a davantage de femmes que d’hommes chez les diplômés des disciplines scientifiques.
Et concernant la rémunération, existe-t-il des différences ?
Nous ne disposons pas de données suffisamment étayées pour l’affirmer. En général, quand les pays disposent de structures administratives solides pour la recherche, il existe peu d’écarts de rémunération entre les sexes. Ce problème peut exister en revanche, plus facilement, dans la recherche industrielle. Ce que nous pouvons affirmer, c’est que les conditions qui sont celles de la recherche scientifique ne se prêtent guère à une évolution professionnelle pour les femmes. À cela deux raisons : des problèmes de discrimination et des problèmes d’organisation du travail, la journée de travail n’étant pas toujours compatible avec la vie de famille.
À quoi peut-on attribuer les bons résultats de certains pays ?
Il faut interpréter les données avec beaucoup de prudence, parce qu'il s’agit de chiffres sur la répartition globale et non par niveaux. Par exemple, l’Argentine présente une situation de parité (50 % de femmes), mais, aux niveaux de carrière plus élevés, les femmes sont sous-représentées. Il faut en outre prendre en compte la place du chercheur dans la société : dans certains pays, son statut revêt un certain prestige, mais, dans d’autres, surtout dans les pays moins développés, il jouit d’une moindre reconnaissance sociale. Cela n’est pas sans rapport avec la rémunération. Dans les pays où les salaires des chercheurs sont très modestes, il s’agit souvent de la deuxième profession et non de la principale, celle qui fait vivre la famille. C’est pourquoi elle peut parfois se féminiser progressivement, sans que ceci n’implique véritablement la parité ni l’égalité des chances.
Dans quels domaines scientifiques observe-t-on les plus grands déséquilibres entre hommes et femmes ?
Chez les ingénieurs, les femmes sont peu présentes. En revanche elles sont à parité, voire majoritaires, en biologie et en médecine. Dans l’informatique aussi, les hommes sont plus nombreux... La société de l’information est encore et toujours une société d’hommes.