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ISSN 1993-8616

2007 - numéro 8

De l’Éducation pour tous à toute l’éducation

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© UNESCO/Rocky Roe
École élementaire Hagara à Port Moresby (Hanuabada). La Papuasie Nouvelle Guinée a plus de 800 langues et les enfants peuvent commencer leur scolarité dans leur langue maternelle.

Nicholas Burnett, nouveau Sous-Directeur général pour l'éducation de l’UNESCO et ancien Directeur de l’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’Education pour tous (EPT) publié par l’Organisation, expose sa vision de l’éducation et du rôle de l’UNESCO dans la promotion de celle-ci.


Propos recueillis par Ariane Bailey et Sue Williams (UNESCO)

Lorsque vous dirigiez l’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’Education pour tous, vous vous êtes concentré sur les progrès accomplis en vue de la réalisation des objectifs de l’EPT. Que retirerez-vous de cette expérience?

J’ai acquis une bonne connaissance de ce qui doit être fait aussi bien à l’échelle mondiale, avec les autres institutions partenaires, qu’à l’intérieur du secteur. Mais ma fonction ne se limitera pas à être le Sous-Directeur général (ADG) de l’Education pour tous. Je souhaite être le Sous-Directeur général de toute l’éducation. Dans ce contexte, néanmoins, rien n’est plus important que l’EPT.

Qu’est-ce qui doit être fait en matière d’Education pour tous?

Les objectifs de l’EPT… peuvent être classés en deux catégories: ceux qui font déjà l’objet d’une attention particulière, tels que l’école primaire, la parité entre les sexes et la qualité de l’éducation, et ceux auxquels on n’accorde pas suffisamment d’importance, parmi lesquels figurent, à quelques notables exceptions près, l’alphabétisation, la petite enfance et les besoins des jeunes qui ne sont pas scolarisés ou qui se trouvent en situation d’échec scolaire. Je suis particulièrement inquiet face au manque d’interventions en matière d’alphabétisation.

Nous devons nous assurer que nous sommes en mesure de promouvoir les domaines où nous n’intervenons pas assez en menant des actions de sensibilisation et en offrant des compétences techniques là où elles sont nécessaires.


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Quels sont les domaines qui nécessitent une attention particulière?

L’enseignement secondaire, par exemple, qui suscite, du fait des résultats plutôt satisfaisants obtenus au niveau primaire, une demande considérable venant de toutes les régions du monde. Nous devons déterminer quelle doit être notre action pour aider à satisfaire cette demande. Cela peut en partie s’inscrire dans le cadre de l’EPT, à travers la parité entre les sexes, mais en réalité cela va bien au-delà.
L’une des questions que pose la mondialisation dans la plupart des pays est la suivante: de quel type de compétences spécifiques les gens ont-ils besoin, et quel est le juste équilibre entre compétences spécifiques et aptitudes générales? Nous devons aider les pays à apporter leurs propres réponses. Les compétences et la formation professionnelles correspondent, bien entendu, aux domaines d’activité de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l’UNESCO, c’est pourquoi je souhaite développer nos relations avec l’OIT.

Le financement international est un troisième point qu’il convient d’examiner attentivement. Il existe en effet deux problèmes de taille: le premier, c’est que la quantité de ressources est insuffisante et le second, c’est que les fonds ne sont pas toujours attribués aux pays et aux sous-secteurs de l’éducation qui en ont le plus besoin. Bien que l’UNESCO ne soit pas un organisme d’aide, elle occupe une place très importante et a un rôle primordial à jouer en matière de sensibilisation, afin d’établir un engagement constructif avec certains bailleurs de fonds. Une trop grande proportion de l’aide bilatérale attribuée à certains pays bénéficie à des étudiants étrangers inscrits dans leurs universités et bien trop peu de ressources sont allouées à l’Afrique. De surcroît, nous nous trouvons face à une situation préoccupante: l’aide à l’éducation de base a augmenté progressivement jusqu’à 2004 puis a chuté en 2005. Les premiers chiffres publiés pour 2006 indiquent aussi que les promesses d’aide ne sont pas honorées. Toutefois, certains bailleurs de fonds tiennent bel et bien leurs engagements.


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Comment pouvons-nous corriger cette tendance?

De nombreux bailleurs de fonds manifestent un grand intérêt et font preuve de beaucoup de bonne volonté afin d’apporter une aide plus directe à l’UNESCO. Ils ne veulent pas nous voir échouer, mais au contraire atteindre nos objectifs. Nous devons donc trouver une façon de travailler en partenariat avec eux afin de remporter un succès commun.

Je souhaite renforcer plusieurs partenariats en vue d’une collaboration directe avec l’OCDE et les partenaires de l’EPT – la Banque mondiale, le Fonds de développement des Nations Unies, l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour la population – mais aussi avec l’Initiative pour la mise en oeuvre accélérée (IMOA). L’UNESCO est désormais membre à part entière de cette Initiative, qui offre de nombreuses opportunités de collaboration. Néanmoins, la nature de cette collaboration dépendra de ce que nous chercherons à faire: il s’agira notamment d’exercer une influence sur l’attribution de l’aide et, à cet égard, les liens avec la Banque mondiale et l’IMOA sont très importants.

Notre crédibilité est également liée au savoir et à la gestion des connaissances. L’UNESCO devrait être la première source de connaissances sur l’éducation dans le monde... Le savoir est l’un des principaux domaines de l’Organisation que nous devons partiellement restructurer tout en améliorant sa visibilité. J’ai été surpris de la somme de connaissances que possède l’UNESCO. Le tout est d’y avoir accès.

Il nous faut séparer la production de connaissances de leur gestion, là où nous souhaitons tirer parti des savoirs générés par d’autres personnes ou entités.

Qu’en est-il des partenariats privés?

Je souhaite trouver des modalités efficaces de collaboration avec le secteur privé. Par exemple, nous devons nous occuper davantage des écoles privées. Dans des pays comme Haïti, l’enseignement passe par le secteur privé, à l’instar de beaucoup de pays d’Amérique Latine. Nous devrions adopter une approche pragmatique en ce qui concerne l’enseignement privé et jouer un rôle important en aidant les gouvernements à le réglementer. Cette réglementation ne doit pas être perçue comme un contrôle visant à limiter ce type d’enseignement mais au contraire comme une intervention positive destinée à ajuster les services offerts par le secteur privé aux objectifs publics.

Les ressources ne sont-elles pas le principal obstacle auquel est confrontée l’UNESCO?

Il existe deux types de ressources : financières et humaines. Malgré les restrictions budgétaires très rigoureuses, je ne crois pas, en définitive, que les ressources soient un véritable problème. Il y a une quantité considérable de fonds permettant de soutenir le développement de l’éducation dans les pays en développement et je pense que nous pouvons y accéder si nous utilisons correctement nos propres ressources humaines.
Nous disposons d’un grand nombre de personnes très capables et nous entretenons de bonnes relations avec nos Etats membres. Nous devons améliorer la façon dont nous travaillons ensemble.


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