
© Flickr/Hadi Fooladi
Les qanats constituent une technique ancestrale d'irrigation (Iran).
Près d’une personne sur cinq dans le monde n’a pas accès à l’eau potable. Rien d’étonnant à ce que l’eau soit la principale priorité de l’UNESCO. Pour faire face à ce défi, l’Organisation met l’accent sur l’éducation relative à cette ressource-clé. Prévenir et réduire les effets des tsunamis est un autre dossier prioritaire de l’UNESCO.
Contrairement à une idée reçue, il y a théoriquement de l’eau pour tout le monde sur la planète. Mais à condition que cette ressource soit bien gérée. Or, 1,1 milliard de personnes ne dispose toujours pas d’un accès suffisant à l’eau potable, selon le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau publié en 2006. Et réduire de moitié le pourcentage de la population qui n’a pas accès à l’eau potable d’ici 2015, conformément aux objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unis, n’ira pas de soi. On estime en effet que cet objectif ne sera atteint en Afrique subsaharienne qu’en 2075.
«Depuis six ans, l’eau est la principale priorité du Secteur des sciences de l’UNESCO», dit Walter Erdelen, le Sous-Directeur général de l’UNESCO pour les sciences exactes et naturelles. Conséquence directe : le budget alloué aux programmes liés à l’eau a augmenté de 400 % depuis 2001. «Les activités que mène l’UNESCO dans le domaine de l’eau douce sont de loin les plus importantes au sein du système des Nations Unies. Nous employons quelque 200 personnes », précise Andràs Szollosi-Nagy, Directeur de la Division des sciences de l’eau à l’UNESCO.
Essentielle pour assurer une bonne répartition des ressources, la bonne gouvernance de l’eau revêt une importance plus cruciale encore dans les régions touchées par la sècheresse ou la désertification. «Il y aura toujours suffisamment d’eau pour tout le monde, mais l’humanité doit prendre conscience de l’importance de la gestion de cette ressource précieuse», insiste Andràs Szollosi-Nagy.

Pour mieux gérer l’eau, encore faut-il avoir une bonne connaissance de l’état des ressources. C’est la raison pour laquelle l’UNESCO apporte sa contribution au Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, publié tous les trois ans et dont la prochaine édition sera présentée en 2009. Par ailleurs, douze centres pour l’eau ont vu le jour dans de différents pays du monde afin d’améliorer la connaissance relative à cette ressource. Ces centres spécialisés dans des domaines clé tels que la gestion de l’eau en zone urbaine, l’eau et le changement climatique, le droit et les politiques de l’eau, s’emploient à enrichir la recherche et à replacer l’eau dans un contexte culturel plus large.
Ainsi le Centre international sur les qanats et les structures hydrauliques historiques (ICQHHS) à Yazd, en Iran, mène des recherches sur ces systèmes d’irrigation souterrains traditionnels que sont les qanats. L’objectif est de redonner vie à cette technique ancestrale dans les régions où les solutions modernes, très consommatrices en eau, ont échoué. Il s’agit aussi de promouvoir des dispositifs qui ne servent pas seulement de systèmes d’irrigation mais aussi de moyen de communication entre les peuples et les cultures. «Les qanats apparus en Iran il y a près de trois mille ans se sont répandus jusqu’au Mexique à l’ouest et Chine - à l’est», explique M. Szollosi-Nagy.
Pour inscrire les efforts entrepris pour réguler l’utilisation de l’eau dans le temps, l’UNESCO mise sur l’éducation. L’Institut UNESCO pour l’éducation relative à l’eau à Delft (Pays-Bas) forme des spécialistes en gestion de l’eau. Mais le nombre de diplômés de l’Institut reste très insuffisant. On estime que pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement en Afrique, le nombre de professionnels de l’eau devrait augmenter de 300 %. «Il faut que les gouvernements comprennent que la meilleure manière d’investir dans l’avenir c’est d’investir dans l’eau », précise Andràs Szollosi-Nagy.

Autre dossier clé du Secteur des sciences : la prévention des catastrophes et plus particulièrement des tsunamis. Créé au milieu des années 1960 dans l’océan Pacifique, le système d’alerte rapide aux tsunamis a depuis connu des avancées considérables.
Avec l’aide des sources extrabudgétaires qui ont afflué après le tsunami de décembre 2004 le système d’alerte intérim a été déployé dans l’océan Indien. La Suède, dont 10% de ressortissants choisissent chaque année la Thaïlande comme destination touristique, a ainsi apporté une contribution substantielle. Dans les années à venir, la Commission océanographique intergouvernementale (COI) prévoit d’élargir le système d’alerte à l’Atlantique Nord, la Méditerranée et aux Caraïbes.
Le Système d’alerte aux tsunamis tel qu’il existe à l’état actuel, c’est-à-dire effectif dans l’océan Pacifique depuis les années 1960 et dans l’océan Indien depuis 2006, fonctionne avec 35 capteurs de pression en eau profonde. Ces engins, disposés à 1 000-4 000m de profondeur, détectent les prémices d’un tsunami et envoient un signal d’alerte. Il n’en faudrait que 88 pour que le système soit global. Mais pour permettre le déploiement d’un tel système, les fonds manquent. Aujourd’hui, seul 1,2% du budget de l’Organisation est alloué aux activités de la COI.
Pour éviter de nouvelles catastrophes, une meilleure coordination entre les différents pays côtiers est également primordiale. «Techniquement, le système d’alerte dans l’Atlantique Nord, la Méditerranée et les Caraïbes existera très certainement d’ici 2009. Mais le signal d’alerte saura-t-il atteindre les populations concernées ? Rien n’est moins sûr ! Vous avez beau avoir un téléphone, encore faut-il connaître le numéro des pompiers !», précise Patricio Bernal, Secrétaire exécutif de la COI.
Plus de fonds, une meilleure entente entre les pays riverains des océans : pour parvenir à la mise en œuvre d’un système mondial de prévention des tsunamis, d’autres conditions sont encore nécessaires telles qu’une révision du code international de la mer, l’éducation des populations aux techniques de sauvetage ou encore la création d’infrastructures d’évacuation.
Katerina Markelova et Agnès Bardon (UNESCO)
© UNESCO/Zhanat Kulenov
Mesures du niveau et de la salinité de l'eau de la mer d'Aral qui s'assèche.
© UNESCO/CSI/LINKS, Bangkok/Derek Elias
Le village de Baan Khem (province de Phang Nga, Thaïlande), très durement touché par le tsunami du 26 décembre 2004.