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Entretien avec Eric Debarbieux : « On n’éradiquera pas la violence scolaire mais on peut la contenir »

Entretien avec Eric Debarbieux : « On n’éradiquera pas la violence scolaire mais on peut la contenir »
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Eric Debarbieux est directeur de l’Observatoire international de la violence à l'école et professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Bordeaux II (France).
A l’occasion de la réunion d’experts organisée par l’UNESCO du 27 au 29 juin, « En finir avec la violence à l’école : quelles solutions ? », à laquelle il participe, Eric Debarbieux dresse un état des lieux de ce phénomène.

Propos recueillis par Agnès Bardon, du Bureau de l’information du public de l’UNESCO.

La violence scolaire est-elle devenue un phénomène mondial ?

Il serait plus juste de dire que c’est un phénomène qui inquiète mondialement mais sur le terrain, la réalité est beaucoup plus contrastée. Il existe en effet des pays, voire des continents qui y échappent largement. Il y a deux ans, une enquête menée dans les écoles primaires de Djibouti a montré que la violence scolaire n’était pas aussi développée qu’on le craignait. La scolarisation des filles ou le manque de matériel sont apparus comme des problèmes bien plus urgents.

Dans de nombreux pays d’Afrique, la violence à l’école n’atteint pas l’intensité que l’on connaît dans les pays industrialisés. Cela tient certes en partie au fait que tous les enfants ne sont pas scolarisés mais aussi à l’existence, dans certaines communautés pauvres, d’une solidarité qui protège l’école. C’est le cas notamment au Burkina Faso, au Sénégal voire au Brésil. Ce sont des communautés où l’école est encore une valeur très reconnue alors que dans les pays industrialisés, on voit se développer une violence anti-scolaire, c’est-à-dire dirigée contre l’institution elle-même. Elle est le fait de groupes de jeunes qui s’identifient contre l’école et qui se traduit par des comportements violents vis-à-vis des enseignants ou une dégradation des locaux.

Peut-on parler d’une montée générale de la violence ou d’une aggravation des actes commis ?

Il faut se garder de dramatiser la situation à partir d’événements comme les fusillades qui ont eu lieu dans des lycées ou des campus aux Etats-Unis. Ces événements restent exceptionnels. Les risques d’être pris dans une fusillade dans un établissement scolaire américain sont infimes et en diminution. Autrement dit, nous n’assistons pas à un « ensauvagement » de la jeunesse. Ce qui est plus préoccupant au quotidien, ce sont les violences répétitives, usantes, qui se déroulent dans la durée. On sait en effet qu’un élève qui est harcelé par des camarades présente quatre fois plus de risques de suicide à l’adolescence. Par ailleurs, d’autres formes de violences persistent comme les châtiments corporels, qui sont encore très répandus.

Dans certains pays en développement, les jeunes filles subissent également un chantage insupportable au point que l’on parle de « moyennes sexuellement transmissibles » pour désigner le phénomène qui consiste à conditionner l’obtention de bons résultats à des faveurs sexuelles. Mais pour prévenir de tels phénomènes, il faut d’abord pouvoir les évaluer correctement pour en prendre la mesure et agir efficacement.
En France, si l’on s’en tient aux statistiques de l’administration de l’Education Nationale, qui comptabilisent les plaintes déposées par les élèves, 0,03% d’enfants sont victimes de racket. Mais si l’on pose la question directement aux élèves, il apparaît que 6% d’entre eux sont victimes de vols avec menaces.

Existe-t-il des stratégies efficaces de lutte contre ces violences ?

Il n’existe aucun remède miracle mais certaines stratégies se sont révélées efficaces. On peut citer le cas du programme contre la colère, lancé aux Etats-Unis au milieu des années 1980. Il consiste à projeter à des enfants de huit ou neuf ans des films où l’on voit des enfants se mettre en colère. Cela leur permet de réaliser que ce sont souvent des raisons insignifiantes qui sont à l’origine de cette manifestation très négative. Après la projection, une discussion est organisée dans la classe. Cette méthode a donné des résultats assez spectaculaires. La formation des enseignants est elle aussi déterminante pour lutter contre la violence. Or celle-ci est trop souvent lacunaire.

Une étude réalisée au Québec a montré que les enseignants formés étaient deux fois moins victimes de violence que les autres. La cohésion des équipes adultes joue elle aussi un rôle très important. Là encore, lorsque l’équipe pédagogique est solidaire, les agressions sont deux fois moins nombreuses. On n’éradiquera pas la violence mais on peut la contenir.

  • 25-06-2007
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