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250congres01.jpg Cinquantenaire du Premier congrès des écrivains et artistes noirs

Cinquantenaire du Premier congrès des écrivains et artistes noirs



A l'origine, le Premier congrès des écrivains et artistes noirs, qui célèbre aujourd'hui son cinquantenaire, est une initiative de la revue et la maison d’édition Présence Africaine, fondée en 1947 par l’intellectuel sénégalais Alioune Diop. La commémoration du cinquantenaire de cet événement historique est organisée par la Communauté africaine de culture (CAC), présidée par le Prix Nobel de littérature Wole Soyinka (Nigeria), et le W.E.B. Du Bois Institute (Harvard University), en collaboration avec l’UNESCO.

Dès leur création, en 1947, à l'initiative de l’intellectuel sénégalais Alioune Diop (1910-1980), la revue et la maison d’édition Présence Africaine lient leur destin à celui de l'Afrique et se consacrent à la défense et illustrations des valeurs de civilisation nègre. La même année, l'anthologie de Léon Gontran Damas, Poètes noirs d'expression française 1900-1945, paraît aux éditions du Seuil et un an plus tard, Léopold Sédar Senghor publie l'Anthologie de la nouvelle poésie noire et malgache de langue française précédée de l'Orphée noir de Jean-Paul Sartre. Ces deux textes constituent les prémices d'un grand mouvement d'affirmation des peuples noirs.

Parmi les différents événements organisées par Présence Africaine, le Premier congrès des écrivains et artistes noirs est celui qui aura eu le plus grand retentissement. Du 19 au 22 septembre 1956, dans l'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne, à Paris, il réunit une centaine d’éminents intellectuels* venus d’Afrique, d'Europe, des Etats-Unis et de la Caraïbe pour débattre de la « crise de la culture négro-africaine ». Mais l’on déplore l'absence de W.E. B. DuBois et de Paul Robeson, tous deux Américains et interdits de visa.

Le Premier congrès des écrivains et artistes noirs s’inscrit dans lignée des congrès panafricanistes organisés au début du XXe siècle à Londres, à New York, à Bruxelles et à Manchester. Il sera suivi du Deuxième Congrès international des Ecrivains et Artistes noirs à Rome (1959) et des Festivals mondiaux des Arts nègres à Dakar (1966) et à Lagos, (1977).

Au soutien que l'équipe de Présence Africaine reçoit de la part d'André Gide, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Théodore Monod pour ce Premier congrès, s’ajoutent les marques de sympathie de Roger Bastide, Basil Davidson, Michel Leiris, George Padmore et d’autres grands intellectuels de l’époque. Pablo Picasso dessine à cette occasion le portrait d'un homme noir, utilisé pour l'affiche officielle du Premier congrès.

La Société africaine de culture (SAC) se constitue à l'issue du Premier congrès. Elle a pour mission « d'unir par des liens de solidarité et d'amitié les hommes de culture du monde noir, de contribuer à la création des conditions nécessaires à l'épanouissement de leurs propres cultures » et de « coopérer au développement et à l'assainissement de la culture universelle ». Elle œuvre en faveur de l'affirmation, la défense et l'enrichissement des cultures nationales ; assure la promotion du respect des Droits de l'Homme ; lutte pour l'égalité des Droits économiques de chaque individu dans toutes les communautés sans distinction de race ni de religion.

En 1958, l’UNESCO accorde à la Société africaine de culture le statut consultatif, catégorie A.

De par son statut d'Organisation internationale non gouvernementale, la Société africaine de culture se dote de sections nationales sur le continent africain (Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d'Ivoire, Gabon, Ghana, Mali) et dans les Amériques (Etats-Unis, Haiti). Partie intégrante de la SAC, la revue Présence Africaine s'affirme comme un espace de rencontres et d'échanges, comme un laboratoire d’idées et de recherches sur la condition du Noir et de ses valeurs de civilisation.

La Société africaine de culture compte à son actif l'organisation du Deuxième Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs (Rome, 26mars-1er avril 1959) sur le thème de « l'unité des cultures négro-africaines », ainsi que l’organisation du Premier festival mondial des arts nègres (Dakar, 1966), du Festival d'Alger (1969) et de celui de Lagos (1977), sans compter de nombreux colloques, séminaires, symposiums et tables rondes.

Ce dynamisme, qui caractérise la Société Africaine de Culture, s'explique notamment par la ferveur de son Secrétaire Général, Alioune Diop (1956-1980), auquel succèdera le Malgache Jacques Rabemanjara (1980-2005), ainsi que par l’engagement de ses différents Présidents d'honneur : Jean Price-Mars (1956-1969), Eric Williams (1969-1978), Aimé Césaire (1981-2006).

Un demi siècle après la création de la Société africaine de culture et après les indépendances africaines, les grandes questions abordées naguère (droits humains, droits économiques, condition de la femme, sous-développement, etc.) dans le contexte colonial ou post-colonial demeurent certes d'actualité, mais doivent être repensées et reposées dans le contexte d'aujourd'hui, celui de la mondialisation.

Il s'agit d’adapter l'esprit et les objectifs de la Société africaine de culture aux exigences des temps actuels. C'est la raison pour laquelle la Société africaine de culture cesse son activité pour céder sa place à la Communauté africaine de culture qui, désormais, sous la présidence du Nigérian Wole Soyinka, Prix Nobel de Littérature, se charge non seulement de réactiver les principes fondateurs de la Société Africaine de Culture, mais aussi de « coopérer au dialogue interculturel et à la promotion de la paix ».

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* Parmi les participants :
G. Sekoto (Afrique du Sud), P. Tchibamba (Afrique Equatoriale Française), Abbé Mario P. Andrade, M. Lima (Angola), P. Blackman, G.Lamming (Barbade), Tibério (Brésil), Pasteur T. Ekollo, François Sengat Kuo, Benjamin Matip, Nyunaï, F. Oyono (Cameroun), A.R. Bolamba (Congo Belge), Bernard Dadié (Côte d'Ivoire), W. Carbonel (Cuba), N. Damz, Paulin Joachim, P. Hazoumé (Dahomey), H.M. Bond, M. Cook, J.A. Davis, W., J. Ivy Fontaine, Richard Wright (Etats-Unis d'Amérique), P. Mathieu, Moune de Rivel (Guadeloupe), J. Alexis, R.P. Bisanthe, René Depestre, A. Mangones, E.C. Paul, R. Piquion, J. Price-Mars, E. Saint-Lot (Haiti), Cédric Dover (Inde), M. James, J. Holness (Jamaïque), Andriantsilaniarivo, Jacques Rabemanjara, F.Ranaivo (Madagascar), L. Achille, Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard Glissant (Martinique), M. Dos Santos (Mozambique), B. Hama (Niger), B. Enwonwu, L..A. Fabunmi, M. Lasebikan, J. Vaughan (Nigéria), Mamadou Dia, C.A. Diop, David Diop, Diop O. Socé, A. Seck, L.S. Senghor, Bachir Touré, Abdoulaye Wade (Sénégal), D. Nicol (Sierra Leone), H. Bâ, A. Wahal (Soudan), F. Agblemagnon (Togo).


  • Photo N° 1 © : Collection Présence Africaine: Photo de groupe des congressistes de 1956.
  • Photo N° 2 © : Collection Présence Africaine: Alioune Diop, fondateur de Présence Africaine, initiateur et principal organisateur du 1er congrès international des écrivains et artistes noirs.
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    Cinquantenaire du 1er Congrès international des écrivains et artistes noirs
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    Contact éditorial : Jasmina Sopova
    - Email j.sopova@unesco.org
    Date de publication 14 Sep 2006
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