
© Réserve naturelle de Wolong, Sichuan, Chine
M. Zhang Hemin est directeur de la réserve naturelle de Wolong, une importante partie des sanctuaires des grands pandas du Sichuan. Ces sanctuaires, un des seuls endroits au monde où les grands pandas vivent encore à l’état sauvage, viennent d’être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial.
Propos recueillis par Weiny Cauhapé
Question: Pourquoi vous semble-t-il important de protéger le grand panda?
Réponse: D’abord parce qu’il est menacé. Actuellement, la Chine est le seul pays où les grands pandas vivent encore à l’état sauvage, avec une population de seulement 1 500 individus. Ensuite, l’existence des grands pandas est très ancienne dans l’histoire de l’évolution puisqu’elle remonte à 12 millions d’années. Vers le milieu du pléistocène (période la plus ancienne du quaternaire), le grand panda a connu un développement très rapide. Après une évolution de trois millions d’années, de carnivore, le grand panda est devenu "végétarien" avec le bambou pour principal aliment. En dehors de la Chine, on a découvert des fossiles de grands pandas en Birmanie et au Vietnam. Malheureusement, l’évolution radicale du climat a été fatale pour de nombreuses familles de pandas. Les survivants se sont enfuis vers les montagnes et les profondes vallées situées dans les trois provinces chinoises du Sichuan, du Shanxi et du Gansu, où ils continuent à vivre aujourd’hui.

Question: Selon vous, l’inscription de la réserve sur la Liste du patrimoine mondial aura-t-elle des conséquences directes sur le site ?
Réponse: Certainement car depuis longtemps, les grands pandas se trouvent dans des espaces dispersés et séparés, des "îlots", où la rencontre et l’échange entre les différents groupes sont difficiles. Dans ce contexte, l’accouplement d’espèces consanguines est inévitable, ce qui se traduit par une dégradation de leur faculté d’adaptation à l’évolution écologique, un déclin du taux de reproduction, et une moindre résistance aux maladies. L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial devrait permettre d’étendre progressivement la zone des grands pandas jusqu’aux montagnes du Minshan, du Liangshan, du Xianglingshan, et du Qinling, pour constituer une seule et même réserve. Les grands pandas auront alors la possibilité de se libérer de ces "îlots" et l’environnement sera considérablement amélioré.
Question: Ne craignez-vous pas que cela provoque aussi un afflux de touristes dans la réserve ?
Réponse: Je pense que non. Dans notre réserve, un programme d’éco-tourisme permet de limiter le nombre de visiteurs. De plus, la superficie de la zone ouverte aux visiteurs représentera seulement 1% de la superficie totale de la réserve. Par ailleurs, des experts reconnus dans les domaines de l'environnement, du tourisme et de l’aménagement du territoire vont former un comité consultatif, qui exercera une surveillance sur le développement de l’éco-tourisme et sur la protection.

Question: Dans quelle mesure la population locale est-elle impliquée dans la préservation du site ?
Réponse: On compte actuellement plus de 4 500 habitants vivant dans la réserve. Nous avons mené un travail de sensibilisation. Ainsi, nous avons engagé certains d’entre eux pour participer à des patrouilles de surveillance et à la gestion de parcelles de forêt. Parallèlement, nous avons encouragé les agriculteurs à pratiquer une culture maraîchère à contre-saison, afin de diversifier leur source de revenu et éviter l’exploitation abusive de la montagne (abattage des arbres et chasse des animaux sauvages). Beaucoup d’arbres et d’animaux ont ainsi pu être sauvés, et l’habitat des grands pandas protégé. En outre, nous avons développé l’éco-tourisme dans une zone pilote. Il s’agissait d’inciter les habitants des montagnes à descendre dans la vallée où ils pourront bénéficier de la manne touristique. En contrepartie, ils s’engagent à restituer leurs champs afin qu’ils retrouvent leur état d’origine ; forêt naturelle, ou forêt de bambous.
Question: Quelle est votre relation avec le grand panda ?
Réponse: J’aime cet animal. Je l’étudie depuis très longtemps. Diplômé du département "Biologie", spécialité "Animaux" de l’Université du Sichuan en 1983, j’ai d’abord travaillé dans une station d’observation des grands pandas pendant plus de trois ans. En 1987, alors que je faisais un Mastère à l’Université d’Idaho, j’ai remarqué que beaucoup d’espèces ordinaires faisaient l’objet d’une recherche très approfondie, alors que la recherche sur les grands pandas, une espèce rare et précieuse, était encore embryonnaire en Chine. De retour en Chine, je me suis donc lancé dans la recherche avec pour objectif d’augmenter le taux de reproduction des grands pandas vivant en captivité ; l’idée étant d’accroître les groupes de grands pandas sauvages. Certains pandas élevés par nos soins ont été relâchés et vivent maintenant à l’état sauvage. Ils semblent mener une vie normale, mais pour parvenir à une conclusion définitive, il nous faut encore un suivi attentif de longue durée.
Photo 2: © Réserve naturelle de Wolong, Sichuan, Chine
Photo 3: © Réserve naturelle de Wolong, Sichuan, Chine
Zhang Hemin en compagnie des pandas