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Bhaktapur : un musée à ciel ouvert
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Pagode à Bhaktapur
© Kewley Vanya/Camerapress/Gamma, Paris
Cette ville du Népal fait le bonheur des touristes mais aussi des pillards. Menacée par la pollution, la guerre et l’explosion urbaine, la vallée de Katmandou a été inscrite sur la Liste en péril
À 14 km de Katmandou, la capitale, se trouve Bhaktapur. Surnommée la « cité des dévots », la ville est un véritable musée à ciel ouvert. Les temples hindous, les sanctuaires bouddhistes, mais aussi les places publiques, les rues et les façades des bâtiments regorgent d’oeuvres d’art religieux. Mais s’ils ravissent les touristes, ces trésors suscitent aussi la convoitise de nombreux marchands, qui écoulent ensuite ces objets sur le lucratif marché de l’art asiatique. « Pillage et trafi c privent cette région de certaines de ses oeuvres les plus importantes. Des dieux qui ont été adorés et respectés par des générations de Népalais n’ont pas leur place derrière des vitrines en Occident », déclare Aidan Warlow, chef de programme au département Art et création de l’Université de Katmandou.

Depuis quelques années, des efforts ont été réalisés pour renforcer leur protection. Pourtant, on trouve encore dans les musées, les galeries d’art et les collections privées du monde entier des objets volés au Népal. Dérobée à Bhaktapur en 1984, une statue d’Uma Mahesvara n’en est qu’un exemple. On peut aujourd’hui la contempler au musée Guimet, à Paris, l’un des plus réputés au monde pour l’art d’Asie du Sud-Est. Il est souvent difficile d’obtenir leur restitution, car ces objets sont souvent passés entre les mains d’un grand nombre d’intermédiaires, et peuvent même être assortis de documents autorisant leur exportation.

Pillages

La lutte contre ce trafic est délicate. L’inventaire des biens précieux par exemple, est à double tranchant ; elle permet de recenser les objets à protéger mais peut aussi servir aux pillards. « En fait, c’est un grave dilemme. Pour un voleur spécialisé, un catalogue qui présente les dix oeuvres d’art les plus précieuses d’un village est pratiquement une carte au trésor », affirme Aidan Warlow. Inscrite sur la Liste du patrimoine en 1978, la vallée de Katmandou était déjà menacée par la croissance démographique rapide, la pollution et les tremblements de terre. « Le pillage des statues est un vrai problème, mais le plus grand danger tient à la détérioration progressive du tissu urbain dans lequel ces monuments sont enchâssés », déclare Giovanni Boccardi, chef de l’unité Asie et Pacifique du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO. « Les travaux de démolition et de construction effrénés endommagent ainsi de manière irréversible le patrimoine. » La guerre civile qui oppose depuis dix ans l’État népalais aux rebelles maoïstes ajoute encore aux difficultés de conservation du site. « De nombreuses régions échappent aujourd’hui à tout contrôle, et sont donc ouvertes à quiconque entend subtiliser et trafiquer. À mesure que les gens s’appauvrissent, ou fuient leur domicile, le risque de vol, ou tout simplement de destruction, augmente spectaculairement, » indique Koto Kanno, chef du bureau de l’UNESCO à Katmandou.

Sensibilisation

En 2003, la vallée de Katmandou a été placée sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Ce changement de catégorie a suscité de vives réactions. « Cette inscription a été un rude coup pour les pouvoirs publics comme pour la population. Les gens se sont sentis humiliés », affirme Koto Kano. Ce phénomène n’est pas rare : l’inscription sur la Liste en péril est généralement mal vécue par les États. Au Népal, cette mesure a toutefois permis de mieux sensibiliser les responsables. « Le gouvernement prend ce travail très au sérieux. Le possible classement de la ville de Lumbini – où est né le Bouddha – sur la liste en péril a stimulé un plan d’action immédiate. » Mais il faut aussi mieux sensibiliser les populations. « Dans la vallée de Katmandou, le cadre fait autant partie du patrimoine culturel que les monuments eux-mêmes. Et pourtant, les habitants ont très peu conscience des trésors qu’ils ont sous leurs yeux », déplore Koto Kanno. L’exportation des oeuvres d’art est en outre souvent facilitée par la population locale. Lorsqu’une personne qui n’a plus d’argent vend un élément de sa maison pour quelques dollars, c’est généralement parce qu’elle ne comprend pas ce que vaut réellement son bien. Une fois qu’elles ont conscience de l’importance que revêt la préservation du patrimoine culturel, les communautés elles-mêmes deviennent le meilleur gardien de leurs monuments.





La Liste en péril
  • Quoi de commun entre la cité fortifi ée de Bakou (Azerbaïdjan), la cité iranienne de Bam (Iran) et le Parc de la Garamba (République démocratique du Congo) ? Tous ces sites sont inscrits sur la Liste du patrimoine en péril. Ce mécanisme est utilisé chaque fois que les confl its armés, les catastrophes naturelles, le braconnage, l’urbanisation sauvage ou le développement incontrôlé du tourisme menacent l’intégrité d’un site. Le Comité du patrimoine mondial, l’instance inter-étatique qui examine chaque année l’état de conservation des sites et les nominations, peut inscrire sur cette Liste des biens dont la protection exige « de grands travaux (…) et pour lesquels une assistance a été demandée ». Cela permet d’accorder immédiatement une assistance dans le cadre du Fonds du patrimoine mondial.

  • Voir aussi :
    Auteur(s): 
    Eli Wærum Rognerud
    Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific