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L'espoir sur tableau noir
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Mohamed Camara, 14 ans, fait partie des milliers d’enfants qui ont fui le Sierra Leone.
Alhassane Souare
Mohamed n’avait que cinq ans lorsqu’il a été chassé de son village du Sierra Leone par des combattants armés. Réfugié en Guinée, il tente aujourd’hui de se reconstruire un avenir grâce à l’école.
« J’avais seulement cinq ans, mais je me souviens très bien. J’en fais encore des cauchemars », raconte Mohamed Camara. Chaque minute de ce jour de 1996, où son village a été la proie des rebelles, est resté gravée dans sa mémoire. Aujourd’hui âgé de 14 ans, cet adolescent fait partie des milliers d’enfants qui ont quitté le Sierra Leone, alors déchiré par une guerre civile entre les forces gouvernementales et le Front révolutionnaire uni (RUF). Mohamed est réfugié à Kabamoussaya, à plus de 100 km au Sud de Conakry, en Guinée.

« Un jour que j’étais occupé à jouer dehors avec mes amis, un groupe de jeunes nous a attaqués par surprise. Ils ont commencé à nous tirer dessus, à partir de leur jeep. Pris de panique, mes amis et moi avons couru vers nos maisons. J’ai rejoint mes parents. Mon père a pris un coup de machette. Il y avait du sang partout. Ma soeur a été tuée. Au bout d’un moment, ils ont regagné leur jeep et sont partis. Les rues étaient jonchées de corps. Ensuite, mon père nous a emmenés dans la brousse. Pendant de très longs jours, nous n’avons mangé que des fruits et des racines, et bu de l’eau boueuse », raconte-t-il.

Les combats entre les forces gouvernementales et le RUF ont duré onze années au total. Les agressions comme celle dont ont été victimes Mohamed et sa famille étaient alors monnaie courante. Des enfants de huit ans ont été contraints de s’enrôler parmi les combattants – et ceux qui refusaient étaient assassinés, ou mutilés. Entre 15 000 et 20 000 enfants sierra-léonais ont ainsi servi comme soldats, la plupart dans le camp rebelle.

Mohamed et ses parents, eux, sont parvenus à franchir la frontière guinéenne. Ils ont trouvé refuge à Kabamoussaya. C’est là que, depuis neuf ans, ils s’efforcent de rebâtir leur vie, en espérant rentrer un jour chez eux. Peu après son arrivée, Mohamed a rejoint Wanifi li, une école de fortune, faite de quelques planches et d’une bâche de plastique. Les classes sont encore surpeuplées : quatrevingts élèves en moyenne. Quant aux enseignants, dont beaucoup n’ont reçu aucune formation spéci- fi que, ils manquent cruellement de moyens. Mais pour Mohammed et ses camarades, cette école reste la principale raison d’espérer. C’est là qu’ils apprennent les compétences essentielles à la vie courante. En plus des sujets traditionnels comme les sciences ou les langues, l’enseignement accorde une part importante aux sports et à la musique, afi n d’aider les enfants à surmonter leurs traumatismes.

« Les ressources sont rares ici, explique Mohamed Lansanah, un enseignant lui aussi originaire du Sierra Leone. Mais nous investissons dans l’avenir de notre pays grâce à l’instruction de ces jeunes. » Les eff orts de M. Lansanah et de la collectivité ne sont pas vains. En 2004, Wanifi li se classait ainsi au-dessus de moyenne régionale. À 14 ans, Mohamed Camara est deuxième de sa classe. Il rêve de retourner un jour chez lui. « À la fi n de mes études, j’aimerais devenir enseignant. C’est ma façon à moi de combattre pour la paix et le développement dans mon pays. »

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Auteur(s): 
Alhassane Souare
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