UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

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L'éducation d'urgence fait ses classes
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Camp de réfugiés à Polataka, Soudan
© Martine Franck/Magnum, Paris
Contrairement aux idées reçues, l’enseignement est aussi vital dans les situations de crise que l’alimentation ou le logement.
« Lorsque l’urgence règne, beaucoup pensent que l’enseignement doit passer au second rang. C’est faire preuve d’une terrible myopie : comme si l’on ne pouvait pas mourir d’une absence d’instruction et d’éducation ! », s’exclame Christopher Talbot. Ce spécialiste du programme des situations d’urgences à l’Institut international de planification de l’éducation (IIPE) de l’UNESCO suggère de commencer par une question toute simple : « Où sont les enfants s’ils ne sont pas à l’école ? »

Et de poursuivre : « La scolarisation peut prémunir contre le recrutement dans des groupes armés. Elle protège contre l’exploitation dans des activités à risque. Lorsque tout n’est que chaos, elle structure et stabilise. L’apprentissage et le jeu peuvent aussi aider les enfants à vivre avec les profonds traumatismes qu’ils ont connus. L’école est aussi un lieu privilégié pour transmettre des compétences et des messages qui sauvent. Hygiène et santé, prévention du virus du VIH/sida, sensibilisation au danger des mines antipersonnel : l’école peut servir à tout cela. »

En général, l’enseignement n’est pourtant pas considéré comme une priorité humanitaire, mais comme une activité de développement à long terme. Certes, cette conception a tendance à changer, mais l’écart entre secours d’urgence et développement reste béant. Les organisations humanitaires ont encore tendance à se concentrer sur les besoins physiologiques des populations, tandis que la communauté du développement préfère attendre la signature d’un accord de paix en bonne et due forme avant d’intervenir. « Cette distinction entre secours d’urgence et développement n’a aucun sens. Les gens n’ont qu’une seule vie. Ils ne peuvent pas se permettre “d’attendre la paix” pour investir dans leurs enfants », souligne Christopher Talbot. « Au Sud-Soudan, par exemple, cela fait vingt et un ans que tout le monde “attend la paix”. Et pourtant, à certains endroits, des organisations locales et internationales sont parvenues à faire suivre l’ensemble du cycle scolaire à trois générations d’enfants. La guerre ne condamne pas à ne rien faire. »

Priorité

Mais entre ne rien faire et dispenser un enseignement de qualité, il y a une marge. En situation de confl it, il arrive que le système d’enseignement lui-même soit une source de problèmes. C’est le cas lorsqu’il sert à réprimer la langue, les traditions, l’art et les pratiques religieuses et culturelles des catégories défavorisées : « Scolarisation ne veut pas toujours dire éducation ou instruction, c’est-à-dire apprentissage de ce qui vaut la peine. Nous savons que l’école est le reflet de la société : elle peut reproduire le mal comme le bien. » C’est ce que déclare Anna Obura, consultante en éducation et auteur de l’ouvrage Never again: Educational Reconstruction in Rwanda (« Plus jamais ça : la reconstruction éducative au Rwanda »).

Pour éviter de tels écueils, des instruments existent. Actuellement hébergé par l’UNESCO, le Réseau inter-agences d’éducation d’urgence (RIEU) a recensé les bonnes pratiques dans ce domaine (voir encadré ci-contre). « Ceux qui sont sur le terrain voient de leurs yeux à quel point l’éducation est cruciale pour prévenir les crises et panser les blessures. Il faut priver les institutions et les donateurs de toute excuse pour exclure l’enseignement des priorités face aux situations d’urgence », ajoute Mary Mendenhall, la coordinatrice du RIEU. À voir le peu d’empressement des pays riches à financer l’Éducation pour tous, comme le consigne le rapport 2005 de la Campagne mondiale pour l’éducation, il y a de quoi douter.

Le Réseau inter-agences d’éducation d’urgence

  • Le Réseau inter-agences d’éducation d’urgence (RIEU) rassemble des ONG, des institutions spécialisées des Nations Unies, des donateurs, des professionnels et des chercheurs du monde entier, sans oublier des individus issus des populations touchées. Son objectif : garantir le droit à l’éducation dans les situations de crise et assurer la diffusion des bonnes pratiques et des leçons apprises sur le terrain. En 2003, un groupe de travail a été créé pour rédiger un manuel établissant des normes minimales sur l’éducation en situation d’urgence, de crise chronique et en début de phase de reconstruction (Normes minimales pour l’éducation dans les situations d’urgence, de crise chronique et de début des opérations de reconstruction). Ce manuel fournit des lignes directrices destinées à aider les États, les donateurs et les enseignants à mieux concevoir, mettre en oeuvre, développer et administrer les programmes.

  • Voir aussi :
    Auteur(s): 
    Eli Wærum Rogneru
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