UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

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Numéro spécial

Gérer l'après-crise
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Deux mois après le tsunami, l’école reprend dans le village de Hikkaduwa, au Sri Lanka.
© Nivière/Sipa, Paris
Les images de désolation de la Nouvelle-Orléans (États-Unis), ravagée en septembre 2005 par le cyclone Katrina ont fait le tour du monde. Une situation exceptionnelle ? Il est à craindre que non. Entre 1994 et 1998, 428 catastrophes naturelles et technologiques ont été recensées. Entre 1999 et 2003, ce chiffre atteignait 707 par an. C’est ce qu’indique le Rapport 2004 sur les catastrophes dans le monde, publié par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Et c’est dans les pays les pays les plus pauvres que la plus forte progression est observée. Autre indicateur : en 2004, selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), la planète comptait plus de 9 millions de réfugiés. Et des millions d’autres, encore, sont victimes des dégâts causés par les inondations, les sécheresses, les séismes, glissements de terrain, tempêtes et autres catastrophes naturelles.

Même si les professionnels de l’urgence ont acquis au cours des vingt dernières années une réelle expertise, apporter une réponse appropriée à ces situations de crises ne va pas de soi. Car la réaction aux situations d’urgence ne s’arrête pas à la fourniture en masse de barres de survie protéinées, de tentes en plastique ou d’unités sanitaires mobiles. Il faut encore préparer « l’après ». « On peut en fait se préparer à bien des crises. Mais lorsqu’une guerre ou une catastrophe survient, les secours d’urgence doivent s’inscrire dans une stratégie à long terme pour le pays concerné », déclare Louise Haxthausen, coordinatrice des opérations dans les zones de conflit et de post-conflit à l’UNESCO.

Certes, l’Organisation n’est généralement pas classée parmi les agences humanitaires. Mais la reconstruction ne se limite pas à ses aspects matériels. « L’un de nos objectifs consiste à défendre une approche coordonnée de la communauté internationale face aux situations d’urgence », précise Louise Haxthausen. De fait, l’UNESCO ne se concentre pas sur la fourniture de services, mais sur la mise au point de stratégies de transition et sur le renforcement des capacités à l’attention du personnel et des institutions locales.

Premiers rôles

Le spectre de ses interventions va de la mise en place d’un système d’alerte avancée aux tsunamis, à l’organisation de formations à la sécurité pour les professionnels des médias. En Iraq, le pays le plus dangereux au monde pour les journalistes, l’UNESCO organise ainsi des formations, via l’International News Safety Institute. L’Organisation s’intéresse aussi à l’éducation d’enfants vivant dans des zones frappées par les conflits et les catastrophes ou encore à la protection des biens culturels en péril. En Afghanistan, par exemple, un projet de deux ans a été lancé pour sauvegarder le site de Bamiyan, dont les deux statues géantes du Bouddha ont été détruites par les Talibans, en mars 2001.

Pourtant, ce travail passe bien souvent inaperçu. Les premiers rôles vont plutôt aux ONG ou à des agences spécialisées de l’ONU, telles que le HCR ou le Programme alimentaire mondial. Louise Haxthausen admet que la coordination, à l’intérieur comme à l’extérieur du système des Nations Unies, demeure une préoccupation majeure. « En fait, la mission de l’Organisation est très claire : le problème tient plutôt aux conditions sur place », explique-t-elle. Et d’ajouter qu’en fait, les tâches et responsabilités sont souvent attribuées selon le principe du « premier arrivé, premier servi » : « L’UNESCO n’a pas suffisamment investi en amont. Nous n’avons ni la présence nécessaire sur le terrain ni les moyens d’être suffisamment réactifs. Il est clair que l’intervention humanitaire et le développement sont deux choses différentes », précise-t-elle.

Pour tenter d’améliorer sa réactivité, l’Organisation projette d’établir un registre du personnel susceptible d’être déployé rapidement en situation de crise et de reconstruction. Y figureraient non pas des professionnels de l’intervention d’urgence au sens traditionnel, mais des spécialistes des domaines couverts par l’UNESCO. Ce système est déjà largement utilisé par les professionnels de l’humanitaire. Un des plus grands registres, géré par le Conseil norvégien pour les réfugiés, recense ainsi près de 600 civils venus de différentes professions, « prêts à partir » dans les 72 heures. « L’UNESCO de son côté, possède de sérieux atouts dans ses champs de compétences : en cas de crise, ceux-ci doivent être mobilisables dès que possible », précise Markus Voelker, administrateur principal de la formation, avant de rappeler le besoin de stratégies au long cours.

Mais ces interventions rapides et ciblées son telles compatibles avec des actions en profondeur ? Les défenseurs d’une telle ligne ne voient pas de contradiction entre les deux. Ce qui est entrepris dans une situation d’urgence doit préparer le terrain pour une action de développement à long terme, argumentent- ils. Au Sierra Leone par exemple, où 70 % des écoles ont été détruites par la guerre civile qui s’est achevée en 2002, l’aide massive apportée par les ONG et les agences des Nations Unies dans l’immédiat après-guerre a été cruciale pour la reconstruction ultérieure (voir article p. 69). « En 2000, 300 000 enfants se trouvaient sans école et parmi eux, beaucoup étaient traumatisés. Sans l’aide internationale, nous ne nous en serions pas sortis », déclare William Taylor, Directeur général de l’Éducation au Sierra Leone. Un argument à faire valoir auprès des bailleurs de fonds.

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Auteur(s): 
Eli Wærum Rognerud
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