UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

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Radio Ada, la voix des sans-voix
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© Dessins de Christian Roux
À 120 kilomètres de la capitale ghanéenne, une petite station de radio a été transformée en un centre multimédia communautaire.
À Radio Ada, le traditionnel apatam, la salle de réception extérieure, sert de studio d’enregistrement. Cette petite station située à Ada, à 120 km à l’Est d’Accra, la capitale du Ghana, diffuse sur 93,3 FM « La voix du peuple Dangmé », le troisième groupe linguistique du pays. C’est aussi la première des 12 radios du pays à se transformer en un centre multimédia communautaire (CMC) financé par l’UNESCO.

« Le CMC donne accès à des informations utiles à la population, comme le réchauffement de la planète par exemple : ces dernières années, la mer a gagné quatre mètres sur le rivage », témoigne son directeur, Kofi Lamweh, qui considère sa radio comme « la voix des sans-voix ». Sa mission de « service de la communauté » touche autant à l’information internationale qu’au prix du poisson sur les marchés alentour, à la promotion de la cohésion nationale qu’à la sauvegarde du patrimoine culturel des Dangmé.

Une odeur de peinture fraîche règne dans la pimpante petite maison d’où émet Radio Ada. Des travaux de rénovation s’achèvent. Ne manque plus au centre que sa connexion au réseau Internet pour que ses cinq ordinateurs soient opérationnels. Avec ses 15 employés et sa cinquantaine de volontaires de tous âges, l’objectif à terme est de « développer une équipe de formateurs pour les quatre antennes locales », implantées dans le bassin de ses 500 000 auditeurs potentiels. « C’est comme une cellule qui se multiplie elle-même », analyse Kofi Lamweh.

Les jeunes aussi

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© Drawing by Christian Roux
Dans l’immédiat, poursuit-il, « la priorité est la production numérique », c’est-à-dire l’apprentissage des connaissances informatiques de base, du scanner en passant par les logiciels d’exploitation et d’édition. Cette responsabilité a été confiée à Chinedu, 18 ans, un autodidacte de l’informatique aujourd’hui chargé de la formation. « Il a même mis au point un logiciel dont nous nous servons pour la programmation musicale », précise son directeur. Pour le moment, six des huit élèves de Chinedu sont des adultes, mais les jeunes des environs commencent à suivre. « Grâce à la musique, au reggae, ils se sont intéressés à ce que nous faisons », reconnaît le jeune homme timide.

« En termes de formation des formateurs, les centres communautaires sont plus efficaces que les ateliers régionaux ou nationaux, dont le suivi est parfois problématique », explique Hezekiel Dlamini, conseiller de l’UNESCO pour la communication et l’information au Bureau régional d’Accra, qui assure que « près de 20 centres par pays vont être établis prochainement ». Cette heureuse initiative doit suppléer à un cybercafé d’Ada, ouvert cet été, et qui évitera aux futurs internautes de faire 60 km pour trouver une connexion Internet.

Dans un pays où près de 40 % de la population de plus de 6 ans n’est jamais allée à l’école, dont seulement 3 % a pu atteindre l’université, et où l’informel domine l’économie, plutôt qu’une « formation spécifique à l’Internet », les axes prioritaires de la politique éducative restent, pour Boubacar Camara, spécialiste de l’éducation à l’UNESCO Accra, « l’alphabétisation et la formation des enseignants ». Et afin de coller à l’éthique de « l’accès équitable à une éducation de qualité », explique-til, ces questions clés doivent intégrer aujourd’hui les technologies de l’information et de la communication (TIC). Cette préoccupation répond à la volonté d’Accra où s’est tenue, en février 2005, la seconde Conférence régionale préparatoire en Afrique pour le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI).

En collaboration avec le ministère de l’Education et les universités de Cape Coast et de Winneba, le bureau régional de l’UNESCO d’Accra a mis en oeuvre, en 2004, un projet de formation des formateurs avec un renforcement des capacités en informatique. « Plus de 1 000 personnes en ont déjà bénéficié », souligne Boubacar Camara. En décembre 2004, un atelier sur le logiciel libre Linux, rassemblant une quinzaine d’universitaires a également eu lieu à l’université du Ghana, à Legon. Autre exemple : un concours de programmation à destination des lycéens a été organisé le 26 février 2005 par le Centre d’excellence dans les TIC Ghana-India Kofi Annan, fleuron du système éducatif ghanéen, avec à la clé un téléphone portable pour le vainqueur et un ordinateur pour son école. Toutes ces mesures incitatives devraient, dans les années à venir, contribuer à former d’autres Chinedu.

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Internet Users in the World
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Source: Internet World Stats, 2005
Voir aussi :
Auteur(s): 
Stéphane Auvray
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