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Panser la frature entre le Nord et le Sud
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Source: Internet World Stats, 2005
Un outil providentiel. C’est ainsi qu’est apparu Internet. Grâce à la Toile, il devenait possible de faire de la planète ce « village global » décrit par McLuhan. Grâce à elle, les pays pauvres allaient pouvoir bénéficier avec une facilité inédite de données en tout genre, de formations, de cours en ligne qui leur permettraient d’accéder à la société du savoir et de rejoindre progressivement le cortège des nations prospères. En 2001, le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) n’affirmait-il pas que les réseaux technologiques étaient « en voie de transformer la carte du développement » et de « créer les conditions qui permettront de réaliser, en l’espace d’une décennie, des progrès qui auraient nécessité, dans le passé, plusieurs générations » ?
Désenchantement

Quelques années après, l’euphorie est un peu retombée. L’outil, qui permet un accès immédiat à d’importantes quantités d’informations, demeure toujours aussi prometteur, mais on a acquis une conscience plus aiguë des obstacles qui restent à surmonter. En fait, la fracture numérique, expression consacrée désignant le fossé technologique qui sépare le Nord du Sud, s’est durablement creusée. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que dans les pays riches, un habitant sur trois est équipé d’un ordinateur, contre un sur 130 en Afrique. Autre indicateur : en 2003, 19 % des habitants de la planète représentaient 91 % des utilisateurs d’Internet. Et que dire du fait qu’un tiers de l’humanité n’est pas relié à l’électricité ?

C’est dans ce contexte, plus désenchanté, que s’est déroulée en décembre 2003 à Genève, la première phase du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), dont le dernier volet s'est achevé à Tunis en novembre 2005. Sous les auspices de l’Union internationale des télécommunications (UIT), en concertation avec l’UNESCO, gouvernements, organisations non gouvernementales (ONG) et sociétés privées, sont parvenus au même diagnostic : la fracture numérique n’est pas irrémédiable, à condition de se mettre d’accord sur les moyens de la résorber. D’où l’adoption d’une déclaration de principe et d’un plan d’action en vingt-huit points qui prévoit l’accès universel à l’information, la diversité culturelle et linguistique ou encore la libre circulation des idées sur le Net.

Plus concrètement, les participants ont retenu la proposition formulée par Abdoulaye Wade, le président sénégalais, en créant, en mars 2005, un fonds de solidarité numérique. Basé à Genève, il a déjà récolté plusieurs centaines de milliers d’euros. « Le SMSI, c’est un dialogue international historique qui a permis de mobiliser de nombreux partenaires. Certains concepts défendus par l’UNESCO ont été retenus dans le document final », indique Elisabeth Longworth, directrice de la Division de la société de l’information de l’UNESCO. Les documents entérinés à Genève ont ainsi permis de consacrer la notion de « société du savoir, une notion beaucoup plus large que celle de société de l’information, car elle assimile les questions du développement, des contenus et du pluralisme », comme le précise Axel Plathe, de la section Portail de l’information de l’UNESCO.

La nuance est d’importance : une société du savoir ne s’intéresse pas seulement à la transmission de l’information mais aussi à son contenu et à son usage. Car la réduction du fossé numérique ne se réduit pas à une simple question d’équipement. « On imagine difficilement savoir chercher dans une bibliothèque si on ne sait pas lire, ou devenir mathématicien du simple fait qu’on s’est fait offrir une télévision numérique », explique Éric Guichard, de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA-ENS) dans un article intitulé « La fracture numérique existe-telle ? »1. Car posséder un ordinateur est un premier pas, mais encore faut-il disposer « aussi d’un capital social, pour se faire aider quand on ne comprend pas le (dys)fonctionnement d’un logiciel, d’un service en ligne, ou de son ordinateur ; et enfin culturel, pour savoir trouver l’information que l’on recherche », insiste Éric Guichard. C’est dans cette perspective qu’a été lancé le programme information pour tous (IFAP) de l’UNESCO, afin de développer « l’alphabétisation numérique » dans des pays où l’accès à la Toile est encore réduit.

Contenus adaptés

Mais cette « alphabétisation » passe aussi par une amélioration du multilinguisme sur la Toile. Or, en 2003, 90 % des usagers de l’Internet se servaient de onze langues seulement (voir graphique ci-dessus). L’anglais est de loin la langue la plus utilisée (31,6 %), avant le chinois (13,2 %) et le japonais (8,3 %). Pour Annie Chéneau-Loquay, fondatrice d’Afric’anti, un observatoire étudiant l’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC) sur les pays d’Afrique de l’Ouest, il faut aussi développer des contenus adaptés aux pays en développement. « Au-delà du transfert de technologie, il faut réfléchir à la création de programmes collant davantage aux besoins spécifiques de leurs économies et de leurs systèmes éducatifs qui mélangent modernité et traditions. »

La bataille est-elle perdue pour autant ? Pas si l’on s’en tient au mouvement général, qui va vers une croissance régulière du nombre d’utilisateurs d’Internet, même si celle-ci varie considérablement selon les continents. Si l’on comptait en 1995 près de 23 000 utilisateurs d’Internet en Afrique subsaharienne, ils sont près de 9 millions en 2005 (Union internationale des télécommunications). Le nombre de téléphones mobiles par habitant dans cette même région a également grimpé en flèche. Or, pour Annie Chéneau-Loquay, « l’acquisition du téléphone portable dans des sociétés à fortes traditions orales est un signe positif, sinon annonciateur ».

1.Publié dans l’ouvrage Globalization and its new divide : malcontents, recipes, and reform, Dutch University Press, Amsterdam, 2003.

Information pour tous : faire reculer « l’info-pauvreté »

  • Elles sont élues, dirigent de petites exploitations ou des commerces : toutes occupent des postes à responsabilité en Ouganda. Des exceptions qui confirment la règle, dans un pays où les rênes du pouvoir sont détenues principalement par les hommes. En septembre 2005, ces jeunes femmes ont été invitées à s’asseoir devant un ordinateur. L’objectif : les familiariser avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). C’est le Forum des femmes dans la démocratie (FOWODE), une organisation non gouvernementale basée à Kampala, qui est à l’origine de cette initiative. Grâce au financement du programme « Information pour tous » de l’UNESCO (IFAP), le FOWODE va informatiser et actualiser sa bibliothèque.

  • C’est la première étape du processus. Un formateur apprendra ensuite aux jeunes femmes à manipuler ces nouveaux outils et à effectuer des recherches en ligne. L’IFAP est un programme de coopération internationale qui travaille à réduire le fossé entre « info-riches » et « info-pauvres », en nouant des partenariats régionaux et internationaux. En septembre 2005, un autre projet a vu le jour sur les bibliothèques et le droit d’auteur. Doté de 34 000 dollars, ce projet, mis en oeuvre par la fondation internationale eIFL.net, vise à offrir une formation politique et juridique à des bibliothécaires, essentiellement dans les pays de l’ancienne Union soviétique.

  • Voir aussi :
    Auteur(s): 
    Samy Mouhoubi
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