UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

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Numéro spécial

Le nouveau nerf de la guerre
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Au Bangladesh, une femme vient puiser l’eau du Gange.
© Laurent Monlaü/Rapho, Paris
À moins de mettre en place des mécanismes de coopération internationale, l’eau risque de devenir une source majeure de conflit.
Si l’eau devient la ressource clé du xxie siècle, devons-nous nous préparer à des « guerres de l’eau » ? Beaucoup en sont convaincus. D’où l’importance de disposer d’un mécanisme de coopération mondiale, tel que celui créé cette année par l’UNESCO et le Conseil mondial de l’eau. Le Mécanisme de coopération pour l’eau se situe au siège de l’UNESCO, à Paris. Sa mission consiste à « promouvoir la coopération, la paix et la prospérité en développant et gérant les ressources en eau transfrontalières ». La tâche est immense. Près de la moitié de la population mondiale vit sur des bassins fluviaux internationaux. Or, les deux tiers de ces bassins ne disposent pas de traités régissant le partage de leurs eaux. Le Nil traverse dix pays. Le Danube, le Rhin, le Niger et le Congo traversent tous neuf pays, et le Zambèze huit.

Fleuves sans frontières

Le continent africain, dont la plupart des frontières ont été tracées arbitrairement en plein chaos de l’ère coloniale, compte quatre-vingts fleuves transnationaux. En Asie, le Bangladesh et le Pakistan reçoivent plus de 90 % de leur eau de l’Inde. Lors d’une réunion organisée par l’UNESCO en Grèce l’an dernier, on a pu voir comment le morcellement de l’ex-Yougoslavie avait créé sept nouveaux bassins fluviaux transfrontaliers. De nombreux pays partagent également leurs réserves d’eau souterraines. La Jordanie partage avec l’Arabie Saoudite la nappe aquifère du Disi qui représente sa « dernière grande ressource en eau non exploitée », selon une étude réalisée par les Nations Unies. La vaste source aquifère nubienne s’étend de part et d’autre des frontières entre la Libye, l’Égypte, le Soudan et le Tchad. Le manque de connaissance des ressources hydriques souterraines est l’une des principales causes de tensions. C’est pourquoi l’UNESCO entreprend actuellement un projet visant à créer la carte la plus détaillée au monde des ressources des aquifères transnationaux (ISARM). La phase africaine de l’étude a permis d’établir une carte de vingt aquifères qui n’avaient jamais été délimités auparavant. Les Ghanéens ont découvert qu’ils partageaient une nappe aquifère avec la Côte d’Ivoire. Le Bénin a appris que celle qui approvisionne Cotonou, sa capitale économique, s’étend au-delà de la frontière avec le Togo. L’ISARM aide actuellement ces pays à établir des règles concernant le partage de leurs ressources hydrauliques. Il sert également de plate-forme grâce à laquelle les hydrologues israéliens et palestiniens peuvent échanger des données concernant la nappe aquifère montagneuse qui s’étend de part et d’autre de la frontière cisjordanienne et qui constitue une source de conflits.

Une demi-piscine olympique par personne

Peu d’entre nous savent réellement de quelle quantité d’eau nous avons besoin pour vivre pendant une journée. En moyenne, nous n’en buvons pas plus de cinq litres. Même après nous être lavé et avoir tiré la chasse d’eau, notre consommation quotidienne ne dépasse généralement pas 150 litres. Mais si nous ajoutons à cela l’eau dont nous avons besoin pour produire ce que nous mangeons et buvons, ce chiffre s’envole.

Il faut entre 2 000 et 5 000 litres d’eau pour produire un kilo de riz, plus de 1 000 litres pour un kilo de blé, entre 2 000 litres et 11 000 litres pour cultiver le fourrage destiné aux vaches nécessaires pour fabriquer un hamburger de 150 grammes, et entre 2 000 litres et 4 000 litres pour que les pis de l’une de ces vaches donnent un litre de lait.

Chaque cuillérée de sucre en poudre nécessite 50 tasses d’eau, et chaque tasse de café 140 litres. Selon les calculs d’Hoekstra, ses compatriotes néerlandais ont besoin de l’équivalent en eau virtuelle de 4 % du débit du Rhin pour produire le café qu’ils boivent en un an. Pour nourrir et habiller pendant un an un Occidental moyen mangeur de viande, il faut environ 1 500 mètres cubes d’eau – plus de la moitié du contenu d’une piscine olympique.

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Auteur(s): 
Fred Pearce
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