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Le Mékong, fleuve indomptable
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Le Tonle Sap, au Cambodge, constitue une immense réseve de pêche.
© John Vink/Magnum, Paris
Contrairement à la plupart des fleuves qui ont perdu leur fécondité naturelle, le Mékong a su préserver ses ressources.
Pratiquement partout, la domestication des cours d’eau a eu le même effet : une diminution considérable des réserves de poissons sauvages. L’un des rares endroits épargnés par ce phénomène est le fleuve Mékong, la grande artère de l’Asie du Sud- Est, où un demi-siècle de guerres a tenu les constructeurs de barrage à distance.

Ici, rien n’a empêché les poissons de se reproduire, en particulier dans un vaste bassin boisé en marge de la rivière principale qui connaît toujours des crues durant la mousson, appelé le « Tonle Sap », ou Grand Lac. Ce lac figure parmi les réserves de biosphère de l’UNESCO. Du fait de son hydrologie complexe – le fleuve qui le relie à la rivière principale inverse la direction de son courant deux fois par an –, il demeure la plus grande réserve de pêche intérieure et la principale source de revenus de plus d’un million d’habitants, d’après une étude réalisée conjointement par des scientifi- ques de l’UNESCO et de l’université de Columbia (New York).

Mais aujourd’hui, ce fleuve est menacé par la demande croissante qui pèse sur ses ressources, par exemple celle des usines hydroélectriques, des villes qui ont besoin de s’approvisionner en eau et des navigateurs qui veulent maîtriser ses rapides. Des scientifiques de l’UNESCO travaillent avec le gouvernement cambodgien et la Commission du Mékong, une organisation intergouvernementale soutenue par l’UNESCO, sur des propositions visant à intégrer des modes d’exploitation de la rivière qui permettent de préserver son extraordinaire fécondité.

Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus vaste de l’UNESCO qui consiste à chercher la meilleure façon de préserver et de rétablir la fécondité naturelle des systèmes fluviaux, la plupart du temps en se concentrant sur les réserves de poissons en zones humides à l’intérieur de leurs bassins hydrographiques. D’autres exemples incluent la zone humide du Nil (au sud), la zone inondable d’Iquitos au Pérou et les zones humides du Fleuve jaune. Mais le Mékong, le moins domestiqué, constitue un bon point de départ. « Le Mékong n’est pas simplement un fleuve parmi tant d’autres », affirme Chris Barlow, de la Commission du Mékong. « De tous les grands fleuves du monde, c’est celui qui a été le moins modifié. Ses réserves de poissons sont une source de prospérité naturelle pour les populations pauvres. Si elles venaient à disparaître, leur alternative serait de travailler dans une usine fabricant des textiles pour l’Occident. »

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Auteur(s): 
Fred Pearce
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