UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

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Numéro spécial

La diversité culturelle ne se décrète ni ne s’improvise
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De la reconnaissance de l’égale dignité des cultures à la diversité des expressions culturelles, un long chemin a été parcouru.
© UNESCO/Andes/CZAP/ASA
En 2001, l’UNESCO a reconnu pour la première fois la diversité culturelle comme « patrimoine commun de l’humanité ».
L’Acte Constitutif de l’UNESCO lui donne mandat, à la fois, de respecter la « féconde diversité des cultures » et de « faciliter la libre circulation des idées, par le mot et par l’image ». Depuis cette date, l’UNESCO n’a pas ménagé ses eff orts pour remplir cette double mission. On peut facilement suivre son cheminement entre 1946 et 2005.

C’est toujours de la diversité qu’il s’agit, mais entre la reconnaissance de la diversité des cultures, puis de leur égale dignité, ensuite de la diversité culturelle en soi, et enfi n de la diversité des expressions culturelles, un chemin considérable a été parcouru dans un monde en mutation rapide. En eff et, la diversité culturelle ne se décrète ni ne s’improvise. Inlassablement, elle nous lance de nouveaux défi s et appelle à de nouvelles formes d’actions.

C’est ainsi que la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (2001) reconnaît pour la première fois la diversité culturelle comme « patrimoine commun de l’humanité » ; sa défense est considérée comme un impératif éthique et concret, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine.

Un large débat
Par sa force d’entraînement, la Déclaration a suscité un large débat : souvent utilisée comme un slogan, la diversité culturelle reste une notion à géométrie variable. C’est ainsi que les milieux économiques, la communauté académique, le monde politique, les professionnels de la culture et la société civile, peuvent en proposer des interprétations variées, souvent divergentes. La Déclaration n’a pas mis un terme au débat récurrent sur le rôle de l’État en matière de politiques culturelles : certains pensent que la culture appartient à la sphère du privé et réprouvent par conséquent toute intervention dans ce domaine. D’autres considèrent qu’un État démocratique doit être le garant d’un environnement national et international, propice à l’épanouissement de la diversité culturelle, local et mondial. Enfin, les pays en développement, qui s’expriment souvent par la voix des 77 (aujourd’hui 130 avec la Chine), n’acceptent pas d’être les pourvoyeurs de la diversité culturelle du monde sans participer aux bénéfices symboliques et économiques qui en découlent.

C’est dans ce contexte, marqué par une série de nouvelles interrogations, posées particulièrement par l’accélération de la mondialisation, que s’est ouvert, en 2003, le grand chantier de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée par la Conférence générale, lors sa 33e session, en octobre 2005. Ce nouvel instrument normatif s’attache à des champs thématiques précis de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle, tels qu’énoncés dans ses articles 8 à 11. Il s’agit d’une part de reconnaître que les biens et services culturels sont porteurs d’identité, de valeurs et de sens, et ne peuvent être considérés comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres ; d’autre part, de la nécessité pour les États de prendre toutes les mesures en vue de protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles tout en assurant la libre circulation des idées et des oeuvres ; et enfin, la nécessité de redéfinir la coopération internationale, clef de voûte de la Convention.

Par cette Convention, les États membres entendent contribuer à la reconnaissance de la diversité créatrice, ressort fondamental du développement, de la solidarité internationale et de la compréhension mutuelle. La plus large mise à disposition de cette diversité créatrice, qu’elle provienne de sources intérieures et extérieures, est porteuse d’avantages culturels et sociaux, dépassant ainsi sa dimension strictement commerciale. Un soin particulier a été apporté pour éviter un débat manichéen entre « un tout culturel » et « un tout commercial » ; un relativisme culturel qui, au nom de la diversité, reconnaîtrait des pratiques culturelles contraires aux principes fondamentaux des droits humains ; une conception étroite de la culture entendue comme simple divertissement, et non comme source d’identité et de dignité des individus et des sociétés.

Resserrer les liens

C’est le signe que la Convention a été conçue comme un moyen de relier « culture et développement », ce dernier terme étant entendu au double sens, matériel et symbolique : croissance économique, d’une part, et épanouissement de l’être humain jouissant de ses droits fondamentaux, ouvert au monde, sans perdre ses propres repères. C’est aussi le signe que la Convention a été conçue comme un moyen de relier « culture et solidarité internationale », en favorisant des échanges et des partenariats, particulièrement profitables aux pays dont les expressions culturelles sont mises à mal. C’est enfin le signe que le texte a été conçu comme un moyen de resserrer les liens entre « culture et compréhension mutuelle » : chaque forme de la création porte en elle les germes d’une découverte de soi-même et de l’autre. En cela, elle participe de la mystérieuse alchimie de la rencontre et libère les prodigieuses énergies de la diversité culturelle, laquelle ne constitue pas un inventaire figé de variantes ou de variables mais porte la promesse, toujours renouvelée, d’un avenir plus humain.

Nous sommes tous contributeurs et bénéficiaires de la diversité cultuelle, nous en devenons donc tous garants.

Diversité culturelle et patrimoine

MUSEUM INTERNATIONAL N° 227
Ce numéro de MUSEUM International aborde la notion de diversité culturelle du patrimoine à partir du rapport au temps. Les différents articles proposent de comprendre la diversité du patrimoine comme l’expression de la diversité des temps dans l’histoire des cultures. Ils cherchent aussi à analyser comment cette diversité de temps se reflète dans le projet mondial de préservation du patrimoine.

Voir aussi :
Auteur(s): 
Katerina Stenou, Director of the Division of Cultural Policies and Intercultural Dialogue
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