UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

Numéro spécial

La créativité dans tous ses éclats
Mai 2005, une réunion est convoquée à Saint- Pétersbourg (Fédération de Russie) pour préparer le Sommet mondial de la société de l’information (SMSI). Octobre 2005, un prix de la photographie est décerné à Paris par une grande entreprise de communication. Quoi de commun entre ces manifestations apparemment sans rapport ? Toutes, à des titres divers, se réclament de la diversité culturelle.
La notion n’est certes pas nouvelle, la « féconde diversité » des cultures figure déjà dans l’Acte constitutif de l’UNESCO de 1945. Mais elle a pris un relief particulier depuis l’avènement de la mondialisation. Dans un contexte où toutes les cultures peuvent désormais se côtoyer (environ 175 millions de personnes vivent en dehors de leur pays natal et une personne sur dix vivant dans les pays industrialisés est immigrée, selon l’International migration report 2002 des Nations unies), il devient en effet nécessaire de rappeler que toutes les formes d’expression, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances sont uniques, fragiles et irremplaçables. Cette fragilité se mesure notamment sur le plan linguistique. Sur 6 000 langues recensées, on estime en effet que près de 50 % sont menacées d’extinction. Sur l’Internet, 90 % des langues ne sont pas représentées. Ainsi, d’ores et déjà, de nombreuses cultures sont menacées. En luttant contre la fracture numérique, en défendant les droits d’auteur, en rassemblant des données sur les savoirs locaux et autochtones ou en sauvegardant le patrimoine matériel et immatériel, l’UNESCO s’emploie, depuis sa création, à promouvoir la diversité culturelle dans toute ses formes et manifestations.

Impératif éthique

« Devenue centrale pour l’avenir des sociétés, la diversité culturelle appelle à des actions renouvelées », déclarait le 21 mai 2005 le Directeur général, Koïchiro Matsuura1. L’adoption à l’unanimité, en novembre 2001, de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle témoigne de l’importance que lui accorde désormais la communauté internationale. Pour la première fois, elle s’est dotée d’un instrument normatif érigeant la diversité culturelle au rang de « patrimoine commun de l’humanité (…) aussi nécessaire pour le genre humain que la biodiversité dans l’ordre du vivant » et faisant de sa défense un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. Un an plus tard, au cours du Sommet de Johannesburg pour le développement durable de septembre 2002, était adoptée une Déclaration reconnaissant la diversité culturelle comme une force collective qui doit être mise en valeur afin d’assurer un développement durable (par. 16). Mais un pas décisif a été franchi avec l’adoption, lors de la 33e session de la Conférence générale de l’UNESCO, en octobre 2005, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, « considérées comme particulièrement fragilisées par les processus actuels et ne bénéficiant à ce jour d’aucune protection particulière »2. A la différence de la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, dont la force n’est que morale, la Convention est un instrument juridique contraignant, qui liera les États l’ayant ratifiée.

Son adoption n’est pas allée de soi. Trois points surtout ont fait débat. Le premier porte sur les définitions, en particulier celle des biens et services culturels : fallait-il les considérer comme des produits ordinaires ? Dans le préambule il est finalement précisé que, en vertu de leur « double nature, économique et culturelle », « ils ne doivent pas être traités comme ayant exclusivement une valeur commerciale » ; d’autre part, l’article premier exposant les objectifs de la Convention rappelle que celle-ci vise à « reconnaître la nature spécifique des activités, biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeur et de sens ». En clair, cela signifie que films, CD ou livres ne doivent pas être soumis aux seules lois du marché, mais qu’en tant que vecteurs de créativité et d’identité, ils peuvent faire l’objet d’une protection (entendue comme préservation, sauvegarde et mise en valeur, comme précisé dans les définitions). Le second article stipule que les pays signataires pourront élaborer des politiques culturelles de soutien à la créativité (par exemple : subventionner les arts et la culture, ou mettre en place un régime de défiscalisation, etc.), dans le respect des droits de l’homme et du principe de libre circulation des idées. Enfin, le troisième concerne l’article 20 qui indique que la Convention n’entrera pas en conflit avec les autres traités, mais fonctionnera sur le principe de « soutien mutuel, de complémentarité et de non-subordination ». Moins ardemment discuté, le point concernant la Coopération culturelle internationale (articles 12 à 19), prévoit les modalités d’une nouvelle forme de solidarité plaçant la culture au coeur du développement. Aux termes de débats passionnés, la Convention a finalement été adoptée. Elle entrera en vigueur lorsqu’elle comptera 30 États parties.

1. Message délivré par le Directeur général, Koïchiro Matsuura, à l’occasion de la Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement.
2. Ibid.


Voir aussi :
Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific