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Le Cap : un jardin extraordinaire au milieu des bidonvilles
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Aux portes de la réserve naturelle de Rondevlei se dressent les bidonvilles du Cap.
© Peter Coles, Paris
Plutôt que de dresser des clôtures autour de sa végétation exceptionnelle, la ville du Cap (Afrique du Sud) encourage la population à participer à sa préservation.
Malgré des noms aux sonorités champêtres, comme Lavender Hill, les bidonvilles du Cap ne sont pas des endroits où les gens aiment s’aventurer. Et pourtant, la réserve naturelle de Rondevlei se trouve à quelques centaines de mètres de là, au bout d’une rue singulièrement calme et propre. Une fois la grille franchie, s’ouvre une sorte de petit paradis. Un martin-pêcheur plonge du haut d’un grand roseau ; des pélicans et des fl amants roses se rassemblent sur les rives d’un vlei (« lac ») et à la nuit tombée, on peut même voir un couple d’hippopotames se prélasser.

Au Cap, mondes « urbains » et « naturels » s’interpénètrent constamment, pas toujours harmonieusement. La Montagne de la Table, le coeur géographique de la ville, se trouve ainsi au beau milieu d’un quartier d’aff aires. C’est là qu’on trouve le fynbos (prononcer « fain-boss »), un type de végétation unique, qui constitue l’élément principal du Royaume fl oral du Cap – le royaume fl oral1 le plus riche du monde et le plus petit en superfi cie. Sur un territoire grand comme le Portugal, on dénombre quelque 9 600 espèces, dont 70 % sont endémiques, c’est-àdire qu’elles n’existent nulle part ailleurs. Pas moins de 1 406 d’entre elles sont répertoriées dans le Livre rouge de l’Union mondiale pour la nature (UICN) des espèces menacées d’extinction. La région fl orale du Cap a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2004, pour sa fl ore et sa faune uniques, alors que la région ne possède pas moins de deux Réserves de biosphère : Kogelberg, située à l’est de la ville, et la Réserve de biosphère de la côte ouest. Le fait que ce haut-lieu de la biodiversité se trouve à proximité d’une zone urbaine pose des problèmes de préservation évidents. Surtout lorsqu’on sait que la ville du Cap pratique une politique de libre accès à ses parcs nationaux : il y a peu d’entrées payantes et aucune clôture. L’arrivée massive de migrants à la recherche d’un emploi constitue un autre défi . Ils déferlent sur la ville au rythme de 45 000 par trimestre. Sous le régime de l’apartheid, les Africains noirs n’avaient pas le droit de vivre au Cap. Mais depuis la fi n des années quatre-vingt, pratiquement un million de personnes, principalement des Xhosas, se sont installées dans les faubourgs de la ville. Ces vastes bidonvilles s’étendent à perte de vue sur les dunes fragiles et les zones humides de Cape Flats. Or, ces mêmes zones font également partie du Royaume floral du Cap. Mais aux yeux des nouveaux arrivants, ce ne sont que des sortes de terrains vagues. Bref, un endroit idéal pour installer une demeure improvisée. « Comment préserver la biodiversité dans un contexte d’extrême pauvreté où les communautés locales n’ont que peu d’expérience de la préservation ? », s’interroge Tanya Goldman, directeur de projet de l’association non gouvernementale Cape Flats Nature.

Sites expérimentaux

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Le Royaume fl oral du Cap est le plus riche du monde.
© Peter Coles, Paris
Pour elle, la politique d’intégration de l’environnement urbain (Integrated Metropolitan Environment Policy/IMEP) de la ville du Cap est une première réponse. Adoptée en 2001, elle précise qu’il « n’y a pas à choisir entre l’environnement et les êtres humains. Il est possible de protéger l’environnement tout en tenant compte des besoins des individus ». La stratégie de biodiversité, qui se trouve au coeur de cette politique, recense 261 zones où la biodiversité unique de la ville doit être préservée. Pour le moment, Cape Flats Nature se concentre sur quatre sites expérimentaux.

L’un d’entre eux, le Parc de la zone humide Edith- Stephens, constitue une expérience modeste, mais prometteuse. « La Ville du Cap a commencé à comprendre qu’elle n’obtiendrait pas le soutien de la population en enfermant les gens derrière des clôtures », déclare Tanya Goldman. « Pour être durable, la gestion de la conservation doit séduire les communautés environnantes et susciter leur participation », précise-t-elle. Mais la tâche ne s’annonce pas aussi facile avec deux des autres sites pilotes. Les réserves naturelles de dunes de Wolfgat et Macassar sont en effet des quartiers plus sensibles. Elles sont d’une beauté à couper le souffl e, mais c’est aussi l’endroit où les gangsters se débarrassent des corps de leurs victimes.

Cape Flats Nature travaille en collaboration avec des guérisseurs traditionnels dans les dunes de Macassar pour faire pousser des plantes médicinales entre les cabanes et les dunes – afin de constituer un rempart contre l’expansion urbaine. Brett Myrdal, directeur du Parc national de la Montagne de la Table, avance une proposition plus controversée : la construction de logements. Il souhaite voir « une communauté issue de la classe moyenne en provenance des bidonvilles surplomber la zone côtière. Mais les écologistes ne considèrent pas la construction de logements comme une solution de conservation. Ils y voient une menace. » Et si l’avenir donnait raison aux deux ?

1.Ensemble de plantes confi nées à l’intérieur d’une zone géographique.

Faits et chiffres

  • En 2005, 49 % de la population mondiale vit en ville. En 2030, ce chiff re devrait atteindre 60,8 %. Mais la proportion n’est pas la même dans les pays industrialisés (74,9 %) et dans les pays en développement (43,2 %). En 2030, ces chiff res seront respectivement de 81,7 % et de 57 %. Et pour la première fois, en 2007, plus de la moitié de la population vivra dans les villes.
  • En 2004, les forêts couvraient 29,6 % des terres de la planète. Mais entre 1990 et 2000, environ 9,4 millions d’hectares de forêts ont disparu chaque année.
  • En 2004, on recensait 2 791 espèces en danger : 1 490 végétales et 1 301 animales.

    Source : FAO, Nations Unies, Union mondiale pour la Nature, Banque mondiale.

  • Voir aussi :
    Auteur(s): 
    Peter Coles
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