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L'air pur : une valeur en hausse
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Nuage de pollution au-dessus de l’Inde et du Bangladesh.
© NASA/Science Photolibrary/Cosmos, Paris
Depuis le début de l’année, les pays peuvent échanger une nouvelle marchandise : des émissions de gaz à eff et de serre.
Clemens Hüttner est un agent commercial d’un type particulier. Depuis avril dernier, il négocie un produit tout nouveau sur le marché. Non pas du café ou du minerai, mais des émissions industrielles de dioxyde de carbone, un de ces gaz dits à effet de serre, accusés de contribuer à l’élévation mondiale de la température depuis les débuts de l’ère industrielle.

Depuis l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, le 16 février 2005, trente-huit pays industrialisés, sur les cinquante-cinq signataires, se sont engagés à réduire, d’ici 2012, leurs émissions combinées de gaz à effet de serre. Celles-ci doivent atteindre un niveau inférieur d’au moins 5 % à celui de 1990. Pour respecter cet engagement, chaque pays a assigné des objectifs à ses industries polluantes. D’ici la fi n de cette année, celles qui font mieux que le niveau fixé obtiendront des « crédits de gaz carbonique », sorte de droits à polluer, tandis que celles dépassant les limites peuvent se voir infliger des amendes. Elles ont aussi la possibilité d’acheter des crédits auprès d’entreprises moins polluantes. Il existe d’ailleurs déjà des « bourses de gaz carbonique », comme l’International Petroleum Exchange, à Londres, où travaille Clemens Hüttner. Mais pour l’instant, seules les industries européennes sont présentes sur ces marchés. Ce n’est en effet qu’en 2008 que s’ouvrira le marché mondial des émissions.

Puits de carbone

En vertu du Protocole de Kyoto, les industries peuvent aussi acquérir des crédits d’émissions en contribuant à une production « verte » dans les pays en développement. Ainsi, explique-t-il, dans leurs usines d’Indonésie, les cimenteries d’Heidelberg, pour lesquels ils opèrent, remplacent le charbon par de la biomasse. Cela permet également à des industries ou des pays d’obtenir des crédits qui peuvent être investis dans la reforestation ; les arbres fonctionnant en effet comme des « puits de carbone ». « Cependant ce système d’échange est contesté par les écologistes », fait observer Natarajan Ishwaran, directeur de la Division des sciences écologiques de l’UNESCO, « en premier lieu à cause de la marge d’erreur trop élevée qui affecte les calculs de l’absorption du dioxyde de carbone par les forêts, les récifs coralliens ou les océans ». Il est donc difficile d’attribuer une valeur à ces crédits offerts aux industries pour la reforestation. Les critiques soulignent aussi le danger d’une dégradation accrue de l’environnement, dans les cas où les plantations se concentreraient sur des monocultures d’espèces exogènes à pousse rapide, juste pour collecter le maximum de crédits.

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Auteur(s): 
Peter Coles
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