UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

Numéro spécial

Les Inuits, témoins privilégiés des caprices du climat
p41_300.jpg
Peter Paneak, Clyde River, Nunavut.
© Shari Gearheard, Nunavut
Sur le continent arctique, le peuple Inuit est en première ligne pour observer les eff ets du réchauffement de la planète.
Enfant, Shari Fox Gearheard avait l’habitude de creuser de petites grottes de neige autour de sa maison de l’Ontario, au Canada, et de s’y endormir. Elle s’en souvient comme d’un refuge où régnait un « calme absolu ». Quelques décennies plus tard, devenue chercheuse pour l’administration nationale de l’océan et de l’atmosphère, elle partage sa vie avec les Inuits de la Clyde River, en pays Nunavut, au Canada. Elle y collecte les observations sur les changements climatiques dont ils sont les témoins. C’est dans ce même esprit que les programmes LINKS et MOST de l’UNESCO se sont engagés dans la documentation et la promotion des savoirs indigènes.

Un jour, un ancien a dit à Shari Fox que le temps est devenu uggianaqtuq, c’est-à-dire « comme un ami familier qui adopte un comportement étrange ». Il y a une cinquantaine d’années, une tempête de neige durait quatre ou cinq jours. Le sixième ou le septième jour, il faisait beau pour le reste de la saison. Aujourd’hui, les tempêtes se déclenchent sans prévenir. Aussi est-il devenu difficile aux Inuits de savoir à quel moment ils peuvent aller chasser. D’autant que les changements dans la circulation des vents rendent les départs encore plus dangereux. Meilleures pratiques sur les savoirs i
Pour Shari Fox Gearhead, les témoignages des Inuits peuvent apporter un important complément aux analyses scientifiques. « À mesure que la télédétection et les modèles climatiques et météorologiques se font à une échelle de plus en plus fi ne, poursuit-elle, les Inuits devraient être associés en tant que partenaires ». Toutefois, cette coopération a ses limites. « Dans le domaine scientifique, souligne-t-elle, tout est catégorisé, en température, pression, vent, profondeur de la neige, etc. Pour les Inuits c’est un ensemble. »

De même, les Inuits ne savent pas forcément que la température du permafrost a augmenté de deux degrés ces dernières décennies, mais ils voient bien que les rivières et les lacs tendent à s’assécher. Ils constatent que sur le lac Baker, une île que les habitants gagnaient en canoë l’été peut désormais être atteinte à pied.

Les peuples autochtones de la région se rassemblent aujourd’hui pour mettre leur expérience en commun, à l’image du projet d’échange entre les Inuits de la Clyde River et ceux d’Iñupiat of Barrow, en Alaska. Ils ont même formé un groupe de pression pour poursuivre en justice les États- Unis, qu’ils accusent de détruire leur mode de vie. Ils leur reprochent également de ne pas avoir signé le Protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à eff et de serre.

Verre à moitié plein ou à moitié vide ?

  • Les températures moyennes ont augmenté ces dernières décennies deux fois plus vite sur le continent arctique que dans le reste du monde, selon une volumineuse étude réalisée en 2004 par L’Évaluation de l’impact du climat sur l’Arctique (ACIA). Le manteau neigeux a diminué de 10 % en trente ans et devrait s’amincir encore de 10 % à 20 % d’ici 2070. La banquise a reculé de 5 % à 10 % en superficie et de 10 % à 15 % en épaisseur. Et cette régression devrait encore s’accentuer de 10 % à 50 % d’ici 2100.
  • Le réchauffement du continent arctique constitue une menace pour le mode de vie traditionnel des peuples indigènes, qui représentent 400 000 personnes réparties dans huit pays. Les risques vont de l’extinction de l’ours polaire au renversement des courants océaniques qui réchauffent l’Europe. Il peut aussi cependant avoir des effets bénéfiques, en tout cas à court terme, admettent les auteurs de ce rapport. Avec la fonte du permafrost, les forêts peuvent en effet avancer vers le Nord, fournissant à terme une nouvelle source de revenus et d’emplois. De plus, les forêts forment un « réservoir » d’absorption du dioxyde de carbone. Les poissons d’eau douce ou les baies peuvent devenir plus abondants et l’agriculture se développer sur de nouvelles terres. Mais il est impossible de prévoir les effets en retour des changements climatiques, qui ne se limiteront pas au continent arctique. Les changements peuvent favoriser l’émergence de nouvelles endémies ou encore une montée des eaux, susceptible d’entraîner l’inondation des basses côtes du Bangladesh ou de la Floride.

  • Voir aussi :
    Auteur(s): 
    Peter Coles
    Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific