UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

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Numéro spécial

Au chevet de la planète
À la veille de la Journée mondiale de l’environnement le 5 juin 2005, le site Internet de la station de radio britannique BBC a mis en ligne une série d’images prises en différents endroits du globe, à plusieurs années d’intervalle. Le résultat est saisissant. Ces images racontent l’histoire d’une disparition spectaculaire survenue ces dernières décennies, qui ne cesse de s’accélérer : recul des forêts, des zones marécageuses, de la faune, des glaciers, de la qualité de l’air, de l’eau douce, de la banquise… La liste est longue. Au point que la question semble moins désormais « que faire ? », mais « n’est-il pas trop tard ? ».
Certains récusent ce scénario qu’ils jugent catastrophiste. Quelques-uns de ces phénomènes peuvent en effet s’avérer positifs. Paradoxalement, l’urbanisation peut ainsi apparaître comme une solution à l’essor démographique. Certains considèrent en effet que leur impact sur l’environnement est moindre que celle des zones résidentielles, dans la mesure où les habitants sont concentrés dans un espace relativement réduit. D’autres font au contraire remarquer que l’impact invisible des centres urbains sur les milieux naturels s’étend à des centaines, voire des milliers de kilomètres de distance, là où les citadins s’approvisionnent en eau, en énergie, en nourriture ou en textile.

En réalité, l’urbanisation a des effets mitigés sur la biodiversité. Même si elle conduit à la disparition de certaines plantes, les espèces exogènes ne sont pas forcément malvenues si elles parviennent, elles, à survivre dans cet environnement. « Le plus important est que la végétation continue de vivre, qu’elle provienne de Chine ou de Sibérie », indiquait Charles Peters, conservateur du Jardin botanique de New York, lors d’une rencontre co-organisée en 2003 sur l’écologie urbaine. Selon l’Union mondiale pour la nature (IUCN), l’invasion d’espèces étrangères représente quand même une menace pour la diversité biologique. Sorties de leur contexte d’origine, elles peuvent détruire des écosystèmes entiers. Or, la biodiversité forme précisément le meilleur rempart contre les changements négatifs.

En Afrique du Sud, des colons blancs ont ainsi introduit différentes espèces d’acacias australiens pour produire du bois de charpente et stabiliser les dunes. Malheureusement, dans la région du Cap, ces espèces ont proliféré au détriment de la végétation locale, remplaçant des milliers d’hectares d’un des plus riches royaumes fl oraux de la planète par des épineux avides d’eau et procurant peu d’abris protecteurs aux oiseaux, insectes et reptiles de la région. Aujourd’hui, les plantations exogènes qui ont envahi l’Afrique du Sud absorbent 3,3 milliards de mètres cubes d’eau de plus que la fl ore endogène, dans une région déjà encline à la sécheresse.

Approche réaliste

En 1995, le gouvernement sud-africain a introduit un plan et une législation baptisés Working for Water (« Mobilisation pour l’eau »), visant à éradiquer les espèces exotiques envahissantes et à replanter des espèces indigènes. Ce programme a permis la création de 40 000 emplois à l’échelle nationale, la plupart destinés aux plus déshérités. Son succès est un des exemples les plus parlants de la réversibilité du changement environnemental.

Cependant, la Convention sur la biodiversité, signée par les chefs d’exécutif de 150 pays au Sommet de la Terre de Rio de 1992, reconnaît que l’idéal écologique de la préservation d’une nature intacte de l’impact destructeur de l’homme n’est plus réaliste. Il propose à la place une approche d’écosystème qu’il défi nit comme une stratégie pour une gestion intégrée des sols, de l’eau et des ressources vitales. Dans une large mesure, le programme L’Homme et la biosphère de l’UNESCO (MAB : Man and Biosphere), lancé à Rome en 1971, avait anticipé cette démarche intégrée, avec vingt-et-un ans d’avance.

Les montagnes exposées
Récemment, en partenariat avec le Programme hydrologique international de l’UNESCO et l’Institut de recherche sur la montagne, le programme MAB a mis sur pied un réseau de Réserves de la biosphère en zones montagneuses afi n de surveiller les changements planétaires, qu’ils soient liés au climat ou entraînés par des facteurs sociaux. « Ces zones sont très sensibles aux changements climatiques », souligne Greg Greenwood, directeur de cet Institut. « Dans les modèles de circulation planétaire dont nous disposons, le réchauffement est censé être plus rapide en altitude élevée qu’en altitude basse. » Natarajan Ishwaran, directeur de la Division des sciences écologiques de l’UNESCO n’est pas non plus « catastrophiste ». « Le véritable défi consiste à trouver des exemples qui avancent dans le bon sens et de tâcher de les reproduire ailleurs. » Il cite en exemple la lutte contre le déboisement illicite : « Mettre fi n à la coupe de bois ne peut se régler simplement par la répression. Il vous faut d’abord engager un dialogue avec l’industrie locale du bois et se faire des alliés capables de contribuer à un changement à court terme. Cela peut signifier une approche radicale, comme de faire du braconnier un garde-chasse. » L’expérience a déjà été tentée avec plusieurs projets d’écotourisme.

Peut-être serait-il temps de se souvenir de Wendy Campbell-Purdie, une Britannique qui, dans les années soixante, a planté 130 000 arbres au bord du Sahara à Bou Saada, dans le sud algérien, une « muraille verte » contre la désertification. Sa sélection n’était peut-être pas idéale, mais cela a marché et, à l’ombre de cette ligne verte, les cultures ont pu se développer. L’expérience mérite d’être rappelée alors que s’ouvrira en 2006, l’Année internationale du désert.

Les Réserves de biosphère

  • L’UNESCO a lancé son programme « L’homme et la biosphère » en 1971. Cinq ans plus tard, elle a désigné ses premières Réserves de biosphère, alors au nombre de 53, réparties dans 8 pays. Ce réseau couvre aujourd’hui 482 sites répartis dans 102 pays.
  • Les Réserves de biosphère sont des zones terrestres ou côtières, mettant en pratique une politique visant à réconcilier la préservation de la biodiversité avec une gestion durable. Elles bénéficient ainsi d’une reconnaissance internationale. Mais, proposées par les États, elles restent sous leur juridiction. La règle veut qu’elles soient structurées en trois espaces : un noyau, une zone tampon et une zone de transition.
  • Destiné à préserver sur le long terme des paysages, des écosystèmes et des espèces qu’ils abritent, seul le territoire formant le noyau nécessite une protection juridique. La zone de transition accueille, elle, des habitats humains, des terres agricoles, etc. Quant à la zone tampon, elle permet d’atténuer les effets de la présence humaine sur le noyau. Certaines Réserves de biosphère sont à cheval sur plusieurs pays.

  • Voir aussi :
  • L’éducation relative à l’environnement
  • Le programme L’Homme et la biosphère
  • Laboratoires du développement durable
        Le nouveau Courrier, avril 2003.
  • Auteur(s): 
    Peter Coles
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