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Les cellules de la discorde
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© Drawing by Christian Roux
Si elles représentent un espoir de guérison pour certaines maladies graves, les cellules souches embryonnaires posent la question du statut moral de l’embryon.
« Un jour, je marcherai de nouveau ». Paralysé depuis l’âge de 16 ans, Jim Langevin, député de l’État du Rhode Island (États-Unis) mise beaucoup sur la recherche sur les cellules souches embryonnaires (CSE). Il a d’ailleurs plaidé leur cause en mai 2005 devant le Congrès des États-Unis.

Comme lui, de nombreux chercheurs pensent que ces cellules pourraient permettre de régénérer des organes et des tissus malades. Encore vierges de toute fonction, elles peuvent en effet jouer n’importe quel rôle. Elles sont « pluripotentes », c’est-àdire qu’elles peuvent devenir n’importe quelle cellule ; sanguine, musculaire, nerveuse… Leur capacité régénératrice serait supérieure à celle des cellules adultes prélevées dans la moelle épinière ou sur le cordon ombilical.

Peur du clonage

Mais a-t-on le droit d’utiliser puis de détruire des embryons humains pour se les procurer ? Même si ces embryons sont surnuméraires, c’est-à-dire qu’ils ne font plus l’objet d’un projet parental d’insémination artificielle ? La plupart des autorités religieuses s’y opposent, au nom du respect des embryons humains.

La recherche sur les CSE soulève aussi le problème du clonage dit « thérapeutique ». En effet, des chercheurs ont déjà cloné des embryons à partir des cellules d’un patient pour obtenir des cellules souches porteuses des mêmes caractéristiques génétiques que ce patient. Mais même thérapeutique, la clonage fait peur. En mars 2005, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une Déclaration qui invite les États membres « à interdire toutes les formes de clonage humain dans la mesure où elles seraient incompatibles avec la dignité humaine ». De son côté, l’UNESCO préfère parler non pas de « clonage thérapeutique » mais de « clonage à des fins de recherche ».

Pour l’instant, les lois et les pratiques varient d’un État à l’autre : la République de Corée autorise le clonage à des fins de recherche tout en punissant le clonage humain, les États-Unis envisageaient récemment d’assouplir les restrictions qu’ils ont mises en 2001 à la recherche sur les CSE, l’Allemagne et le Costa Rica interdisent la destruction d’embryons à des fins de recherche et en France, dix chercheurs ont signé une pétition demandant l’autorisation du clonage thérapeutique.

Pendant les débats, la recherche continue. Une société privée américaine, Geron, annonce des premiers essais de CSE sur l’homme en 2006 pour traiter des lésions de la moelle épinière, sous réserve d’une autorisation des autorités. Mais de guérison, il n’est pas encore question. Les CSE ne sont encore, au mieux, qu’une promesse.

Voir aussi :
  • La dignité humaine : valeur clé de la bioéthique
        Le Nouveau Courrier, décembre 2004.
  • Auteur(s): 
    Samir Tounsi
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