UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

Numéro spécial

Donner une conscience à la science
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Face à la rapidité des progrès scientifiques, les États doivent désormais se prononcer sur ces questions mais aussi sur la procréation médicalement assistée ou le choix du sexe des enfants avant la naissance. Certains d’entre eux se sont déjà dotés d’outils juridiques. D’autres pas.
Conformément à son mandat de veille éthique, l’UNESCO s’est intéressée très tôt aux progrès de la recherche scientifique. L’Organisation a déjà adopté deux Déclarations, en 1997 et 2003, pour répondre spécifiquement aux problèmes posés par les progrès de la biologie et de la génétique. Troisième volet de cette réflexion : la Déclaration universelle sur la bioéthique et des droits l’homme, adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO à l’automne 2005. Ce texte entend apporter « une réponse universelle aux enjeux éthiques » qu’entraînent les « développements rapides des sciences et des technologies ».

En réalité, la Déclaration n’apporte pas de réponse définitive aux questions soulevées par le clonage thérapeutique ou la recherche sur les cellules souches. Son rôle est plutôt de nourrir une réflexion plus large. « Le statut de l’embryon, l’euthanasie et l’avortement n’y figurent pas parce qu’ils sont trop controversés », explique le directeur de la Division de l’éthique de l’UNESCO, Henk ten Have.

La volonté de trouver un consensus entre les États membres sur un sujet difficile a prévalu à chaque étape de la rédaction. Un exemple : certains États se sont émus que la Déclaration ne mentionne pas le « droit à la vie ». Une question délicate entre toutes : la vie commence-t-elle à la naissance ? A la conception ? Au stade du foetus ? Les experts ont finalement choisi d’évoquer « le respect de la vie des êtres humains ». À charge pour chaque État de définir ce qu’il entend par « être humain ».

Portée élargie

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En revanche, à l’initiative des pays en développement, la portée de la Déclaration a été élargie aux questions sociales et environnementales. Le texte rappelle ainsi que les progrès de la science et la technologie devraient favoriser l’accès des plus démunis à des soins de qualité, aux médicaments, à la nourriture, à l’eau. Par ailleurs, certains pays d’Amérique latine ont tenu à inscrire dans la Déclaration la lutte contre « le trafic illicite » de « ressources génétiques », allusion à la lutte contre la « bio-piraterie », l’exploitation des ressources naturelles d’un pays par des entreprises privées sans partage équitable des bénéfices.

« La science doit aussi être consciente de sa fonction sociale », résume un délégué latino-américain pour justifier l’élargissement de la portée du texte. « Les recherches sur les cellules souches et le clonage ne concernent pas encore le plus grand nombre. C’est une promesse. Mais pour le moment, des personnes meurent en raison de mauvaises conditions de santé. Nous devons nous concentrer sur ce problème », ajoute Henk ten Have. « Nous avons comblé un vide juridique, politique et éthique », ajoute l’ambassadeur d’Uruguay à l’UNESCO, Pablo Sader, qui a présidé les débats des experts gouvernementaux à partir d’un avant projet du Comité international de bioéthique (CIB). « Ce document doit servir à inspirer des législations et guide le débat dans les pays. » Il s’agit bien d’inspirer et non d’obliger : c’est une déclaration, sans caractère obligatoire, et non une convention, plus contraignante. Il était peut-être trop tôt pour cela. Le xxie siècle ne fait que commencer.

Les deux précédentes Déclarations de l’UNESCO

  • Pour veiller au respect des principes de dignité et de liberté de la personne face aux risques de dérives de la recherche biomédicale, l’UNESCO a mis en place dès 1993 un Comité international de bioéthique (CIB), une instance consultative dont les 36 membres – indépendants et originaires de diverses cultures – sont des personnalités éminentes dans les disciplines les plus variées : médecins et généticiens y côtoient chimistes, juristes, anthropologues, philosophes et historiens. En 1998, l’UNESCO s’est aussi dotée d’un Comité intergouvernemental de bioéthique (CIGB), regroupant 36 représentants des États membres de l’UNESCO, qui peut servir de pont entre les experts indépendants et les instances gouvernementales traitant de bioéthique.

  • Les travaux du CIB ont débouché sur la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme, adoptée en 1997 par la Conférence générale de l’UNESCO. En 1998, l’Assemblée générale des Nations Unies a fait sienne ce texte qui condamnait déjà le clonage humain à des fins reproductives. Depuis cette date, de nombreux pays ont transposé dans leur droit national les principes énoncés dans cette Déclaration.

  • En 2003, l’UNESCO a adopté une Déclaration internationale sur les données génétiques humaines. Objectif : assurer le respect de la dignité, des droits et des libertés des individus « dans la collecte, le traitement, l’utilisation et la conservation » de ces données génétiques obtenues à partir du sang, de la peau, des os… La Déclaration rappelle entre autres que « l’identité d’une personne ne saurait se réduire à des caractéristiques génétiques ».

  • Voir aussi :
  • Le rôle de l’UNESCO en matière de bioéthique
  • La Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme
        Communiqué de presse
  • Le Comité international de bioéthique
  • Auteur(s): 
    Samir Tounsi
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