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Au Paraguay, on connaît la chanson
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© Drawing by Christian Roux
Par sa situation économique et géographique, le Paraguay détient un triste record : celui du pays ayant le pourcentage le plus élevé de musique piratée au monde.
À Ciudad del Este, à 330 kilomètres d’Asunción, c’est devenu une blague. On dit que lorsque le réalisateur Michael Mann arrivera dans la ville pour tourner certaines scènes de son film Miami Vice – un événement prévu cette année –, il pourra déjà acheter une copie illégale de sa propre production.

Record de ventes

Il est vrai que selon le dernier rapport de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI), publié en juin, le Paraguay est le pays où le piratage est le plus répandu au monde. Sur 100 disques vendus, 99 sont piratés. Le pays arrive en tête des 31 États dont les ventes clandestines dépassent les ventes légales. Par ailleurs, le rapport souligne que le Paraguay est une plaque tournante des disques vierges, en particulier vers le Brésil et l’Argentine. La réalité de la rue, dans un pays où le chômage et le sous-emploi atteignent respectivement 7,3 % et 24,1 %, semble confirmer les chiffres de l’IFPI. Dans la capitale, on peut acheter un film en DVD ou VCD (format permettant de stocker des fichiers vidéo ou audio et des images fixes avec une mauvaise résolution) avant sa sortie dans les salles de cinéma. Les films et les disques piratés se vendent comme des petits pains aux feux rouges, aux coins de rue et même à l’entrée des cinémas, où un billet peut coûter l’équivalent de 1,5 dollar, soit le prix d’un disque piraté. Les marchands à la sauvette de musique, de films, de logiciels et de jeux électroniques fréquentent les portes des collèges et s’installent parfois à quelques mètres de l’entrée principale du Palais de Justice et du Bureau des douanes.

Le rapport de l’IFPI n’a pas plu aux autorités locales. La directrice de la Propriété intellectuelle au ministère de l’Industrie et du Commerce, Astrid Weller, l’a jugé excessif. Quoi qu’il en soit, le gouvernement a mis en route un Plan national concernant la propriété intellectuelle qui prévoit la création d’une Unité technique spécialisée impliquant différentes autorités, y compris les forces armées. Son objectif : arrêter les responsables de la production et de la commercialisation de produits piratés, un délit qui, au Paraguay, fait l’objet d’une action pénale. Carlos González Rufinelli, directeur de l’organisme national de protection du droit d’auteur, ajoute que, « dans le but de renforcer les contrôles aux frontières, un registre des importateurs de supports magnétiques, optiques et d’autres types de matériel susceptibles de servir à la production de copies frauduleuses va être mis en place ». En outre, les autorités vont lancer une campagne dans les écoles afi n de faire comprendre aux plus jeunes les préjudices que le piratage entraîne pour le pays et ses artistes.

En attendant, la mauvaise qualité ne suffi t pas à dissuader les acheteurs. Sur un mauvais VCD, il arrive que l’image et le son ne soient pas synchronisés. D’autres fois, comme les images ont été fi lmées directement dans une salle de cinéma, on voit les épaules du spectateur de la rangée de devant. Il est également fréquent que le fi lm ne soit enregistré que jusqu’à la moitié. Quant aux disques, il n’est pas rare qu’ils soient illisibles. Mais c’est d’abord pour le prix que les acheteurs recherchent les éditions piratées.

Pourtant, au Paraguay, la principale source de revenus de la piraterie n’est pas la consommation locale, mais l’exportation. Dans les zones frontalières (en particulier dans le Haut Paraná), la police démantèle sans cesse de grands laboratoires de production équipés des technologies les plus sophistiquées. Toutefois, ces coups de fi let ne sont pas suffi sants pour stopper cette « industrie » qui poursuit ses activités, souvent avec la complicité des autorités et des mafi as locales. Selon le Rapport 2005 sur la piraterie commerciale, 11 millions de CD vierges ont déjà été confi squés cette année, douze accusations ont été formulées contre deux cas importants de délinquance organisée liée à la piraterie, et 57 permis d’importation ont été retirés à des entreprises suspectes.

Vivre de l’art n’a jamais été facile, mais le piratage complique encore davantage les choses. David Arriola est gérant de Kamikaze, un label discographique qui depuis cinq ans, lance de jeunes artistes paraguayens. Il n’en revient toujours pas : « Lorsque nous avons sorti notre premier disque, Al natural, du groupe de rock Paiko, ils ont mis un an à le pirater. Pour le second, le lendemain de sa sortie, on trouvait déjà des copies piratées dans la rue… Nous étions abasourdis. »

En savoir plus… http://www.ifpi.org

Faits et chiffres

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  • L’industrie cinématographique américaine perd chaque année 3 milliards de dollars à cause de la piraterie. En 2004, 34 % des logiciels étaient piratés, soit un point de moins qu’en 2003. Cependant, les pertes économiques sont passées dans le même temps de 29 à 33 milliards de dollars.
  • Une réduction de 10 % du piratage de logiciels permettrait de créer 1,5 million d’emplois et générerait 64 milliards de dollars de taxes au niveau mondial.
  • En Colombie, les autorités ont saisi 37 000 livres pirates en 1998 et 180 000 en 2003. En 2005, l’éditeur Norma a avancé la sortie dans le pays du dernier livre de Gabriel García Márquez, Mémoires de mes putains tristes, parce que des versions pirates étaient déjà en circulation.

    Sources : Motion Picture association, Business Software Alliance, Editions Norma.

  • Voir aussi :
    Auteur(s): 
    Natalia Daporta
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