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Numéro spécial

Le nouvel acte de l'opéra kunqu
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Shi Hong Mei, dans une réprésentation du Pavillon aux pivoines, au théâtre du Huguang, à Beijing.
© Hervé Bruhat/Rapho, Paris
Proclamé en 2001 chef-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel, l’opéra kunqu, cet art traditionnel chinois menacé de disparition, sort de l’oubli.
Dès les premières notes de musiques, une jeune fille apparaît. Drapée dans un costume richement brodé, elle décrit de gracieux mouvements avec ses mains. L’élégance des gestes est renforcée par ses longues manches de soie. Accompagné par la flûte, son chant inspiré s’élève. Le public retient son souffle.

La scène est extraite du Pavillon aux pivoines, un des classiques du répertoire de l’opéra kunqu. Elle raconte l’histoire tragique de Du Liniang, qui, au cours d’une promenade dans un parc, rencontre en rêve un jeune homme qui la séduit. Ne pouvant revivre ce rêve, elle tombe gravement malade et, au seuil de la mort, demande à être enterrée dans le jardin où elle a rencontré son bien-aimé. Plus tard, Liu Mengmei, un étudiant en route vers la capitale, passe devant la maison où vivait Du Liniang et demande à y loger. Au cours de la nuit, il rêve de la jeune fi lle. Après lui avoir révélé qu’il était l’élu de son coeur, celle-ci lui demande d’ouvrir son cercueil. Liu Mengmei s’exécute et Du Liniang revient à la vie.

Depuis juillet 2004, cette version actualisée de la pièce, produite par Bai Xianyong, l’un des auteurs contemporains les plus connus en Chine, a donné lieu à des représentations dans une dizaine d’universités du pays. Enseignants et étudiants se sont vu proposer des billets à partir de 10 yuans, soit un prix très bas.

Chaque fois, le spectacle a rempli les salles. « L’opéra est si doux, si gracieux, qu’il m’a profondément touché », confie Hu Chunni, étudiant en politique à l’université de Nankin.

Cet art traditionnel, qui trouve son origine au xive siècle pendant la dynastie Ming, est l’une des plus anciennes formes d’opéra existant en Chine. Né dans la province du Jiangsu, dans l’est du pays, il combine le chant, la danse, la gestuelle et la récitation. Son influence sur le théâtre et l’opéra chinois a été déterminante.

Déclin

Mais cet âge d’or est désormais bien loin. Entamé dès le xviiie siècle, le déclin de cet art s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui. Les opéras provinciaux, notamment celui de Beijing, ont fini par supplanter le kunqu. Les représentations, souvent très longues – certaines pouvaient s’étendre sur plusieurs jours –, n’ont bientôt plus été données que devant une poignée de lettrés. « Historiquement, cet art a été porté par l’élite intellectuelle. Pour le grand public, il est considéré comme trop difficile d’accès », explique Bai Xianyong. De fait, dans la deuxième moitié du xixe siècle, la plupart des acteurs avaient rejoint des troupes jouant d’autres formes d’opéra. « Il n’existe plus aujourd’hui qu’environ 600 professionnels en Chine », déplore Ke Jun, vice-président de l’opéra kunqu de Jiangsu. Résultat : sur les 800 pièces que comptait le répertoire à la fin de la dynastie Qing, il en restait moins de 200 dans les années 1950 et quelques dizaines seulement à l’orée du xxie siècle.

Proclamé chef-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel en 2001, il connaît depuis quelques années une renaissance. Quatre pièces classiques, comme Le Pavillon aux pivoines ou Le Palais de la vie éternelle ont été restaurées et remises au goût du jour. Un musée de l’opéra kunqu a même vu le jour en 2003 à Suzhou, dans la province du Jiangsu. Masques, costumes, manuscrits et instruments anciens y sont exposés.

En 2004, le gouvernement chinois a décidé de consacrer 10 millions de yuans par an pour faire revivre cette tradition. Cet argent servira essentiellement à collecter les livrets et matériaux anciens, monter de nouvelles pièces et former des professionnels. Une somme que certains jugent insuffisante face à l’ampleur de la tâche. « Aujourd’hui, cet art ancien est tout de même ramené à la vie », tempère Ke Jun. À l’image de Du Liniang, la jeune fille du Pavillon aux pivoines.

Les Conventions

  • Patrimoine culturel en cas de conflit armé
    La Convention pour la protection du patrimoine culturel en cas de conflit armé a été adoptée à La Haye (Pays-Bas) en 1954, à la suite des destructions massives infligées pendant la Seconde Guerre mondiale au patrimoine culturel. C’est le premier instrument international à vocation universelle exclusivement axé sur la protection du patrimoine culturel. Elle s’applique aux monuments, aux sites archéologiques ou encore aux manuscrits ou aux collections scientifiques.

  • Protection du patrimoine mondial
    Adoptée le 16 novembre 1972, la Convention sur la protection du patrimoine mondial protège des sites culturels, mais aussi naturels et mixtes. Avec ses 180 États parties, elle est l’un des instruments internationaux les plus ratifiés du monde. Les États qui s’y rallient s’engagent à préserver les sites de la Liste du patrimoine mondial, ainsi que le patrimoine d’importance nationale ou régionale.

  • Patrimoine culturel immatériel
    La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a été adoptée le 17 octobre 2003. Elle a pour objectif la préservation des traditions et des expressions orales, des arts du spectacle, des pratiques sociales, des rituels et événements festifs ou encore des savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel. Elle entrera en vigueur après avoir été ratifiée par 30 États. À ce jour, plus de 20 pays l’ont signée.

    Patrimoine subaquatique
    La Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine culturel subaquatique a été adoptée le 2 novembre 2001. Son objectif : lutter contre l’augmentation du pillage des fonds marins, facilité par le développement des technologies qui permet un accès sans précédent aux épaves. Elle entrera en vigueur lorsque 20 États l’auront ratifiée. Seuls 5 États l’ont ratifiée jusqu’à présent.

  • Trafic illicite des biens culturels
    Pour lutter contre le commerce illicite des biens culturels, trois traités multilatéraux ont été élaborés :
    • Le Protocole à la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (1954) ;
    • la Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels (1970) ;
    • la Convention d’Unidroit sur les biens culturels volés ou illicitement exportés (1995).

  • Voir aussi :
    Auteur(s): 
    Wang Li
    Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific