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Des sites naturels sous haute pression
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La couverture neigeuse de la chaîne himalayenne s’est réduite de 30 % en trente ans.
© UNESCO/J.M. Gassend
Les effets des changements climatiques sont déjà perceptibles sur plusieurs sites du patrimoine mondial. Certains défenseurs de l’environnement réclament leur placement sur la Liste en péril.
Des coraux qui blanchissent avec l’augmentation de la température de l’eau, la couverture glaciaire de certains sommets qui rétrécit d’année en année, des espèces comme le léopard des neiges, la tortue marine ou le lamantin qui se raréfient : les effets du réchauffement climatique sur l’environnement sont désormais connus. Les sites du patrimoine mondial, notamment naturels, n’échappent évidemment pas à ce phénomène planétaire.

De là à demander le placement de certains sites sur la Liste en péril, il y a un pas que certains défenseurs de l’environnement ont franchi. En novembre 2004, Pro Public (Les amis de la Terre – Népal) et l’organisation Climate Justice Programme ont déposé plusieurs pétitions auprès de l’UNESCO pour réclamer que les barrières de corail de Belize et d’Australie, le parc naturel de Huascaran (Pérou) qui abrite la chaîne montagneuse tropicale la plus élevée du monde, et le parc naturel de Sagarmatha (Népal), où culmine l’Everest, soient placés sur la Liste du patrimoine en péril. C’est une première. Jamais jusqu’ici les changements climatiques n’avaient été invoqués pour demander une telle mesure. « Pour faire face aux dégradations liées au réchauffement climatique des sites, la Convention est pourtant un outil approprié, s’étonne Peter Roderick, codirecteur de Climate Justice Programme. C’est aussi une manière d’attirer l’attention sur le fait que des sites inestimables et exceptionnels sont menacés ».

Zones tampons

Car les faits sont là. La couverture neigeuse qui couvre la chaîne himalayenne s’est réduite de près de 30 % en trente ans. En certains endroits, des lacs glaciaires se sont formés, et ils risquent d’inonder un jour les populations installées dans les vallées. Même phénomène pour les montagnes du Parc national de Huascaran : elles ont perdu près de 20 % de leur couverture glaciaire depuis la fi n des années 1960. Quant aux barrières coralliennes, elles sont menacées par l’élévation de la température de l’eau et l’augmentation de la concentration en CO2 dans la mer.

« À l’avenir, les changements climatiques pourraient bien éclipser d’autres menaces qui pèsent sur les sites du patrimoine, notamment dans les zones très vulnérables comme les petits États côtiers, les glaciers, les zones côtières ou les récifs de corail », reconnaît David Sheppard, directeur du programme sur les aires protégées de l’Union mondiale pour la nature (IUCN). Pour faire face à cette situation, il préconise l’instauration de zones tampon autour des sites les plus menacés afin de permettre la restauration des écosystèmes.

Mais les pétitionnaires veulent aller encore plus loin. « Il ne faut pas s’attaquer seulement aux effets, mais aussi aux causes du phénomène », déclare Peter Roderick, qui milite pour que la Convention du patrimoine soit utilisée comme un moyen de pression sur les États signataires afin qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre. Il s’appuie pour cela sur l’article qui reconnaît l’obligation pour les États parties d’assurer « la transmission aux générations futures du patrimoine culturel et naturel ». Une interprétation jugée erronée par Francesco Bandarin, directeur du Centre du patrimoine de l’UNESCO : « Le réchauffement de la planète est un problème mondial. Or la Convention, qui raisonne en terme de sites, repose sur une vision très locale. Il y a donc un décalage entre la problématique et les outils disponibles. » D’autant qu’il existe déjà un outil ad hoc : la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Malgré tout, l’idée fait son chemin. Suite à cette initiative, la question a été inscrite à l’ordre du jour du Comité du patrimoine qui s’est réuni en juillet 2005 à Durban, en Afrique du Sud. Si le Comité n’a pas suivi la recommandation des défenseurs de l’environnement en inscrivant les quatre sites sur la Liste en péril, il a en revanche prévu la réunion d’un groupe d’experts chargés de rendre un rapport sur la question en 2006.

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Auteur(s): 
A.B.
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