UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

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Numéro spécial

Last but not Liste
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La portée universelle de sites comme les pyramides de Guizeh (Egypte) n'est guère contestable.
© UNESCO/Felipe Alcoceba
La Liste du patrimoine mondial s’allonge un peu plus chaque année. Au détriment de la « valeur universelle exceptionnelle » des sites ?
À l’évocation de plusieurs sites, les sourcils de certains experts se froncent sérieusement. À leurs yeux, un certain nombre de biens ne méritent pas de porter le label du patrimoine mondial. Victime de son succès, la Liste a, il est vrai, connu une inflation continue depuis trente ans. Faut-il s’en réjouir ou s’inquiéter de voir la notion de patrimoine mondial se diluer au fil des nominations ? « On assiste en tout cas à un glissement de l’idée originelle de liste exemplaire composée de sites symboliques », affirme Raphaël Souchier, anthropologue, auteur d’un ouvrage intitulé Le Patrimoine mondial.

Au coeur du débat se trouve la notion de « valeur universelle exceptionnelle », un des critères appliqués aux sites candidats. Au départ, beaucoup de biens inscrits pouvaient s’apparenter à des « merveilles du monde », peu sujettes à contestation. Personne ne songe en effet à mettre en cause la portée universelle des pyramides de Guizeh (Égypte) ou des îles Galapagos (Équateur). Mais certaines inscriptions récentes soulèvent plus de questions.

Comparant la ville de Brasilia (1987) et la maison de Luis Barragan au Mexique (2004), Christina Cameron, titulaire de la chaire de recherche en patrimoine bâti à l’université de Montréal (Canada), souligne que la capitale brésilienne a été présentée comme « un exemple exceptionnel, à l’échelle mondiale, d’architecture et d’urbanisme modernes. Quant à la maison Barragan, elle était considérée comme le bâtiment moderniste ayant exercé le plus d’influence en Amérique latine. Ce sont des interprétations différentes de la valeur universelle exceptionnelle »1. De fait, elle estime qu’à peine 5 % des sites inscrits ces cinq dernières années sont « incontournables », c’est-à-dire qu’ils transcendent « l’affiliation culturelle, qui sont uniques et connus de tous », contre 20 % à 30 % dans les premières années.

Liste d’attente

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Inscrite en 1987, la ville de Brasilia est un exemple exceptionnel d'architecture moderne.
© René Burri/Magnum, Paris
Lorsque l’on sait qu’il existe une liste d’attente de plus de 1 500 sites, le processus n’est sans doute pas prêt de s’inverser. Certes, des mesures ont été prises pour limiter la gourmandise des États. Depuis 2004, les pays ne peuvent présenter qu’une proposition d’inscription culturelle et une naturelle par an. Mais le nombre d’inscriptions n’a guère diminué. Il était de 34 en 2004, contre 31 en 2001 ou 33 en 1993.

Pour faire face à cette envolée, il suffirait de clore une fois pour toute la Liste ou de fixer un moratoire aux pays. Mais une telle mesure se heurterait à une autre exigence que s’est fixé le Comité du patrimoine : celle de la représentativité. Or, malgré les efforts consentis pour donner davantage de place aux pays du Sud, comme la reconnaissance des lieux sacrés non bâtis et des paysages culturels, l’esthétique occidentale se taille la part du lion. Sur 812 sites, 410 sont situés en Europe et en Amérique du Nord. « Aujourd’hui encore, les pays préfèrent inscrire certains types de sites, comme les centres villes historiques. Qui sait par exemple que la France possède la quatrième barrière de corail du monde en Nouvelle-Calédonie ? », indique Mechtild Rössler, spécialiste du programme pour la région Europe et Amérique du Nord au Centre du patrimoine mondial.

De fait, la Liste fait la part belle aux monuments religieux – chrétiens notamment – au détriment d’autres catégories, comme l’architecture moderne ou industrielle. Les sites naturels, au nombre de 160, sont eux aussi en minorité. Dans un rapport publié en 2004, l’Union mondiale pour la nature (IUCN) passait au crible les paysages classés patrimoine mondial. Résultat : les savanes tropicales, la toundra, les prairies tempérées ou encore les déserts à hiver froid y sont encore nettement sous-représentés. Dans ce contexte, il apparaît difficile de mettre un point final à la Liste dans un futur proche.

Plus pragmatiques, certains spécialistes comme Henry Cleere, du Conseil international des monuments et des sites, parient sur un tassement naturel des inscriptions : « Je suis convaincu que si les critères d’inscription sont rigoureusement respectés, elles pourraient atteindre un niveau maximal naturel d’environ 1 200 dans une décennie ».

1. Intervention donnée au cours d’une réunion d’experts de la Convention du patrimoine mondial à Kazan (Fédération de Russie), en avril 2005.

Voir aussi :
Auteur(s): 
A.B.
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