UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

Numéro spécial

Le grand bleu sous surveillance
«C’est un vieux rêve d’océanographe ! En temps réel, le réseau Argo permet de mesurer la température et la salinité de l’eau sur l’ensemble des océans du globe », s’enthousiasme Mathieu Belbeoch, coordinateur technique du projet Argo. Soutenu par la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO, ce projet vise à mieux comprendre le rôle des océans sur le climat. Depuis 2000, des flotteurs sont largués par bateau ou par avion au rythme soutenu d’environ 80 par mois. Avec 1 955 appareils installés fin août par les pays participants sur les 3 000 prévus, la couverture est déjà mondiale, mais pas encore uniforme. Pour la première fois dans l’histoire, une telle densité d’observation de la couche superficielle des océans est atteinte.
Mais même si la connaissance progresse, les océans sont loin d’avoir livré tous leurs secrets. Pourtant, ils occupent 71 % de la surface de notre planète et jouent aussi un rôle essentiel dans la régulation du climat. Impossible à reproduire en laboratoire, leur étude passe donc par l’observation. Or, l’océanographie est une science jeune. Créée quatre-vingts ans après l’Organisation météorologique mondiale, la COI a vu le jour à l’UNESCO en 1960 pour harmoniser les recherches sur les océans, sujet d’étude par essence international. Son objectif : encourager la collecte d’informations scientifiques sur les milieux marins et leur partage entre les États membres.

Les enjeux sont immenses. Plus de la moitié de la population mondiale habite à moins de 200 km des côtes. Cette concentration est à l’origine de la pollution des zones côtières, due à 70 % aux eaux usées et aux déchets ménagers et industriels directement déversés dans la mer. La pêche, dont dépendent de nombreux pays en développement, est aussi un sujet d’inquiétude. L’exploitation des ressources halieutiques est telle que 50 % à 90 % des plus grands poissons prédateurs ont disparu en quinze ans. Par ailleurs, les courants maritimes propagent à grande échelle des anomalies climatiques comme El Niño dont les effets dévastateurs (raréfaction du poisson, sécheresse et pluies diluviennes…) se font sentir de l’Alaska à l’Australie, et de l’Afrique de l’Est au Brésil. En 1997, le phénomène a touché environ 125 millions de personnes et a coûté 30 milliards d’euros de dommages matériels dus aux inondations, feux de forêts et cyclones.

Pour prévoir la venue d’El Niño – cette perturbation naturelle qui apparaît généralement tous les trois à cinq ans – 72 bouées de mesure ont été installées dans l’océan Pacifique tropical au début des années 1990. Ce réseau a permis d’annoncer six mois à l’avance l’épisode de 1997. Aujourd’hui le système s’étend à tous les océans. « Le grand défi actuel est d’établir et de pérenniser un système global d’observation des océans appelé GOOS (Global Ocean Observing System), dont Argo est une des composantes », explique Patricio Bernal, secrétaire exécutif de la COI. GOOS coordonne les efforts des 61 États membres participant au projet de collecte des informations sur les milieux marins et leur libre partage. Le réseau de mesure in situ est déjà à moitié installé, efficacement complété par les satellites. Ceux-ci offrent une vision de la totalité des océans en temps quasi réel.

Ces données alimentent les modèles qui décrivent l’état de la mer. Leur amélioration, et donc les prévisions qui en découlent, est un enjeu primordial pour la compréhension des variations climatiques. « Mais nous devons aussi veiller à ce que les pays en développement aient accès aux données et puissent les exploiter », souligne Patricio Bernal. Car ces prévisions ne permettent pas seulement d’anticiper des phénomènes tels que la montée du niveau de la mer, l’érosion côtière ou la diminution des ressources halieutiques. Elles permettent aussi de déterminer la date idéale pour les récoltes ou de localiser les bans de poissons.

Faits et chiffres

  • La profondeur moyenne de l’océan est de 3 800 mètres. Le point le plus profond, situé dans le Pacifique, plonge à –11 000 mètres.
  • Les océans contiennent 1 370 millions de km3 d’eau salée dont le Pacifique représente à lui seul la moitié.
  • En volume, les océans et la banquise représentent près de 98 % de l’eau de la planète.
  • Chaque année, il s’évapore environ 380 000 km3 d’eau de la surface des océans.
  • Les océans ont absorbé environ 120 milliards de tonnes de carbone depuis le début du XIXe siècle.
  • Le niveau global moyen des mers s’est probablement élevé de 18 cm au cours du XXe siècle.

    Sources : NOAA, Satellite Topex/Poseidon

  • Voir aussi :
  • La Commission océanographique intergouvernementale
        (En anglais)
  • Auteur(s): 
    Mathide Elie
    Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific