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L'embarrassant succès du privé en Zambie
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En Zambie, malgré la gratuité de l’enseignement public, beaucoup de familles choisissent le privé.
© UNESCO/Angela Ngalati Kambaila ASPnet
Malgré la gratuité des établissements publics, de nombreux parents préfèrent envoyer leurs enfants dans le privé.
L’école communautaire de Ngoma (sud de la Zambie), bien que privée, n’a rien de fastueux : dans la nouvelle salle de classe qui vient d’être bricolée, le soleil filtre à travers les sacs d’engrais qui font office de toit. Parmi les élèves, beaucoup ont perdu leurs parents, le plus souvent du sida ou de la malaria. Pour eux, l’uniforme bleu marine n’est pas obligatoire.

Bien que le gouvernement zambien ait instauré, il y a trois ans, la gratuité dans la totalité des établissements d’État, certains continuent de refuser les enfants dont les familles n’ont pas les moyens de payer l’uniforme, les manuels scolaires ou la cotisation de l’association de parents d’élèves.

Les parents, employés dans les plantations de canne à sucre des environs de Ngoma, choisissent souvent l’enseignement privé parce qu’il est plus pratique et moins coûteux pour eux de payer les cotisations, que d’envoyer leurs enfants à l’école publique la plus proche, à 10 km de là.

James Daka, chargé de l’irrigation, trois enfants, précise : « C’est un bon établissement. Les professeurs ne sont pas formés comme dans le public, mais les écoles communautaires ne sont pas chères. »

Prouesses

Quant à Emily Mwembe, la chef d’établissement, elle indique que ses élèves réussissent mieux que ceux de l’établissement public voisin lorsqu’ils vont y passer des tests de lecture et d’écriture. Ngoma est loin d’être un cas isolé. Emmenés par James Tooley, de l’Université de Newcastle (Royaume-Uni), les chercheurs recensent des centaines d’écoles privées similaires, qui font des prouesses dans les régions les plus défavorisées de la planète.

Ces établissements échappent souvent au recensement, et leurs élèves sont exclus des données officielles. Les scientifiques ont ainsi découvert qu’à Hyderabad, en Inde, on compte 35 % d’établissements publics, 23 % d’établissements privés reconnus par l’État, et 37 % d’établissements privés sans existence officielle.

Ils ont fait passer des tests à 9 000 élèves du public et du privé en Inde, au Ghana et au Kenya. Ils se sont aperçus qu’une fois prises en compte les variables liées au contexte, les enfants accueillis dans les écoles privées non recensées affichaient des résultats meilleurs de 14 % en mathématiques et de 20 % en anglais.

À la Banque mondiale, la priorité affichée consiste à aider les gouvernements à fournir une éducation gratuite pour tous, mais on reconnaît aussi que les établissements privés peuvent jouer un rôle crucial.

Robert Prouty, conseiller d’éducation à la Banque mondiale, rappelle que pendant les quinze dernières années de crise politique et de guerre civile en République démocratique du Congo, beaucoup d’enfants n’auraient pu étudier s’ils n’avaient été recueillis par les écoles communautaires privées : « C’est sans doute une vérité qui dérange. Mais qu’on ait à faire appel au privé pour éduquer les plus pauvres devrait être perçu comme une mise en accusation du système existant. »

Lire, écrire, compter et plus encore

  • Coordonner les efforts mondiaux jusqu’à la concrétisation de l’Éducation pour tous (EPT) : telle est la tâche qui a été confiée à l’UNESCO pour les dix ans à venir. Une tâche exigeante, souligne Abhimanyu Singh, chargé de la coordination et du suivi de l’EPT à l’UNESCO : « Nous devons faire en sorte que tout le monde s’attelle à la réalisation des objectifs. » Des initiatives ont également été lancées dans trois domaines cruciaux : la formation des enseignants en Afrique subsaharienne, l’alphabétisation des adultes et la lutte contre le VIH/sida, qui, dans certains pays, a réduit de moitié le nombre d’enseignants.

  • Un programme de formation est en cours, qui prévoit d’améliorer la qualité des enseignements dans dix-sept pays dès 2006. L’UNESCO participe déjà à la coordination des efforts de l’ONU en matière de VIH/sida, mais entend encore développer son action dans le domaine de l’éducation préventive. Quant au programme décennal de lutte contre l’analphabétisme, LIFE, il s’exercera dans 34 pays ayant 10 millions d’illettrés ou un taux d’alphabétisation inférieur à 50 %.

  • « Alphabétiser ne consiste plus seulement à apprendre à lire, écrire, compter. On parle de développement humain, communautaire et national », insiste Shigeru Aoyagi, chargé de l’alphabétisation à l’UNESCO. « Les programmes, ajoute-t-il, doivent aller au-delà de la transmission des savoirs de base. » Ann Therese Ndong-Jatta, ex-ministre de l’Éducation de Gambie et chef de l’éducation de base à l’UNESCO, estime que l’Organisation doit également redoubler d’efforts pour aider les gouvernements à exploiter efficacement l’aide internationale et à négocier avec les donateurs. « Pour trouver un terrain d’entente, les pays en développement tendent à accepter toutes les conditions », indique-t-elle. « L’UNESCO doit leur montrer comment s’y prendre pour parvenir à de meilleurs résultats. »

    Yojana Sharma

  • Voir aussi :
  • Profil pays de la Zambie
  • Education : qui paie la facture?
        L'Education aujourd'hui. Avril-juin 2003.
  • Auteur(s): 
    Michael Shaw à Ngoma (Zambie)
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