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L'école au féminin pluriel
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Au Pakistan, des mesures sont prises pour inciter les parents à envoyer leurs fi lles à l’école.
© UNESCO/Mireille Vauthier
Depuis trois ans, les Nations Unies ont lancé en Asie un programme destiné à ramener les filles en classe.
« On entend souvent les responsables affirmer qu’il n’y a pas de problèmes de discrimination parce que toutes les filles sont scolarisées, alors qu’en termes d’égalité des chances, la situation est désastreuse », déplore Ochirkhuyag Gankhuyag, du bureau de l’UNESCO à Bangkok.

« Les filles doivent avoir la possibilité non seulement de mener leurs études à terme, mais aussi d’accéder à l’emploi, au même titre que les garçons », martèle-t-il. Le Réseau de l’ONU pour l’égalité entre les sexes dans l’éducation en Asie (GENIA) a donc lancé en 2002 un programme destiné à accompagner tous ceux qui peuvent agir dans ce sens. Implanté à Bangkok, le GENIA a recensé des « points focaux genre » dans 11 pays d’Asie – autrement dit, des fonctionnaires des ministères de l’Education chargés de promouvoir l’égalité entre les sexes – et organise à leur intention des ateliers de formation.

« Grâce au GENIA, nous sommes beaucoup plus efficaces », se félicite Yangxia Lee, à la tête de l’unité « Genre et éducation des minorités ethniques » du ministère laotien de l’Éducation. « Jadis, explique-t-elle, les fonctionnaires laotiens refusaient toute prise en compte de la problématique égalitaire, mais aujourd’hui, les hauts responsables sont moins réticents à assister aux réunions. Quant à nous, nous sommes à même de leur prouver qu’il y a un problème de discrimination en nous appuyant, par exemple, sur l’analyse des manuels scolaires, qui prennent rarement les filles pour modèle. »

Les responsables ont désormais pris conscience que pour attirer les filles à l’école, l’État doit s’attaquer à la tradition qui fait peser la charge des tâches ménagères sur les filles, et que des mesures simples, comme l’installation de toilettes séparées dans tous les établissements, peuvent avoir une influence décisive.

Au ministère pakistanais de l’Éducation, Taj Mohammed Qureshi, reconnaît que dans son pays, le simple fait d’avoir entouré les écoles d’un mur d’enceinte a stimulé la scolarisation des filles. « Autrement, les parents pensent qu’elles ne sont pas en sécurité, parce qu’elles s’offrent au regard des passants », explique-t-il. Deux provinces pakistanaises ont donc érigé près de 64 000 enceintes scolaires ces dernières années.

Les mariages précoces – parfois dès 12 ans – sont courants au Pakistan et au Laos. « Même mariées, ces adolescentes doivent poursuivre leurs études, note Mme Lee, et il faut qu’elles disposent d’un établissement près de chez elles ». Car, explique-t-elle, « plus le trajet est long jusqu’à l’école, plus les parents redoutent que leurs filles ne subissent des agressions sexuelles, et plus le temps qu’elles pourront consacrer aux travaux ménagers s’amenuise ».

Au Laos, la création d’un « niveau zéro » permet aux adolescentes de fréquenter l’école en compagnie des enfants qui leur sont confiés. Ils sont pris en charge pendant qu’elles complètent leur scolarité.

Cette formule sera étendue à l’ensemble des établissements d’ici 2010.

Au Pakistan, un repas de midi est offert aux filles pour inciter les parents hésitants à les scolariser. Et ce ne sont que des idées parmi d’autres, dans lesquelles les pays d’Asie sont invités à puiser. Les ateliers du GENIA ont contribué aussi à la préparation, à l’UNESCO, d’une boîte à outils pour sensibiliser les décideurs. Traduite dans une multitude de langues, cette panoplie permet aussi de suivre et d’évaluer les progrès accomplis.

* Cambodge, Kazakhstan, Kirghizistan, Laos, Mongolie, Ouzbékistan, Pakistan, Tadjikistan, Thaïlande et Viet Nam

Les filles et l’école

  • Dans le primaire, la parité entre les sexes est réalisée dans 104 des 180 pays qui ont fourni ces données pour 2002.
  • Les disparités les plus criantes, favorables aux garçons, se concentrent dans les États arabes, l’Asie du Sud et de l’Ouest et un grand nombre de pays subsahariens.
  • Dans le secondaire, si la situation s’est améliorée globalement entre 1998 et 2002, la parité entre les sexes reste l’exception.
  • Dans 14 pays d’Afrique subsaharienne, où moins d’un enseignant sur trois est une femme, les filles sont 20 % de moins que les garçons à fréquenter l’école. Dans plusieurs États d’Afrique australe, où trois enseignants sur quatre sont des femmes, les filles sont plus nombreuses à l’école que les garçons.

    Source : Rapport mondial de suivi de l’EPT 2006

    www.unesco.org/fr/courier/education

  • Voir aussi :
  • Femmes et égalité des genres
  • L’éducation des femmes en Afrique avance
  • Objectif 5 de l’Education pour tous
        Eliminer les disparités entre les sexes
  • Auteur(s): 
    Yojana Sharma
    Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific