UNESCO: United Nations Educational Scientific and Cultural Organization

The Organisation

L'ORGANISATION

Jean-Jacques Renoliet

Jean-Jacques Renoliet, né en 1958, est agrégé d'histoire et docteur en histoire, et enseigne actuellement au Lycée Aristide Briand d'Evreux.
En 1995, il a soutenu à l'Université de Paris I une thèse sur l'Institut International de Coopération Intellectuelle (1919-1940) qui, enrichie par de nouvelles recherches, a donné lieu à un ouvrage publié en 1999 par les Publications de la Sorbonne, L'UNESCO oubliée, la Société des Nations et la coopération intellectuelle (1919-1946), qui retrace l'histoire de l'Organisation de Coopération Intellectuelle, organisme technique de la SDN qui fut l'ancêtre de l'UNESCO.
« L’UNESCO oubliée : l'Organisation de Coopération Intellectuelle (1921-1946) »

L’UNESCO, l’une des multiples institutions spécialisées du système onusien, n’est pas la première institution internationale chargée de développer la coopération intellectuelle. Elle a en effet été précédée par l’Organisation de Coopération Intellectuelle (OCI) gravitant dans l’orbite de la SDN de 1921 à 1946.

Les sources pour étudier l’OCI

Plus que leur origine (celles de l’IICI conservées à l’UNESCO, celles du Secrétariat de la SDN à Genève et celles du Quai d’Orsay), c’est la nature des sources qui importe. En effet, comme toute organisation internationale, l’OCI a produit une abondante littérature imprimée (documents de travail, rapports et résolutions) qui est purement descriptive et surtout unanimiste (universalisme et apolitisme obligent) et écrite dans une langue de bois diplomatique qui masque les enjeux politiques et intellectuels de ses décisions, que révèlent seules les sources manuscrites (en particulier la correspondance, officielle ou privée, des membres de l’OCI et des responsables politiques).

Les structures de l'OCI

Bien que le Pacte de la SDN n'ait contenu aucune disposition relative à la coopération intellectuelle, le Conseil et l'Assemblée de la SDN adoptent en septembre 1921, malgré les réticences du Royaume-Uni, une proposition française – qui fait suite à des démarches entreprises par des associations internationales favorables à l’extension du rôle de la SDN – en faveur de la constitution d'un organisme international du travail intellectuel destiné à renforcer la collaboration dans ce domaine et à susciter la formation d'un esprit international pour consolider l'action de la SDN en faveur de la paix. La Commission Internationale de Coopération Intellectuelle (CICI) est officiellement créée en janvier 1922 et constitue la première pièce d'une organisation technique de la SDN, l'Organisation de Coopération Intellectuelle (OCI), qui comprend d'autres institutions créées sous le contrôle de la CICI : les Commissions nationales de coopération intellectuelle à partir de 1923, l'Institut International de Coopération Intellectuelle (IICI) en 1925, l'Institut International du Cinématographe Éducatif (IICE) en 1928, enfin différents organes spécialisés et comités d’experts. Le principal outil d’action de l’OCI est l’IICI, que la France propose en juillet 1924 de fonder et d'entretenir à Paris, dans le double but de consolider le climat de détente alors amorcé en Europe mais aussi d'accroître son influence culturelle et politique.
De fait, entre 1926 et 1939, les directeurs de l’IICI sont français cependant que la subvention française représente à elle seule les deux tiers des recettes globales et plus de 80 % des recettes gouvernementales (auxquelles n’ont jamais participé le Royaume-Uni, l’Allemagne, les USA et l’URSS). L'IICI est cependant statutairement autonome à l'égard de la SDN et du gouvernement français et entretient donc des relations diplomatiques avec les États, qui accréditent un délégué auprès de lui.

L'évolution de l'OCI

L'OCI connaît deux grandes réformes, en 1930 et 1938. La première est due à l'évolution de l'IICI entre 1926 et 1930 : une certaine dispersion et inefficacité, une tendance croissante à la bureaucratisation et la volonté de rayonnement et d'autonomie par rapport à la CICI manifestée par son premier directeur suscitent de plus en plus de critiques de la part du Secrétariat de la SDN, qui supporte mal les velléités d’indépendance de l’IICI à son égard, et du Royaume-Uni, qui voit dans l’IICI un instrument de l’impérialisme culturel français – alors même que la France, sous le poids de la contrainte financière, semble dans le même temps s’en désintéresser. Les réformes adoptées en 1930 visent à renforcer le contrôle de la CICI sur l’IICI – dont les moyens financiers sont revus à la baisse –, à atténuer le caractère bureaucratique de l’OCI et à réduire l’influence française sur l’IICI.

La nouvelle organisation de l'OCI donne satisfaction mais montre assez vite ses limites dans le contexte international des années trente marqué par le retrait progressif des dictatures de l'OCI et par la persistance des déficits du budget de l'IICI, dus en grande partie au trop petit nombre de subventions gouvernementales et aux dépréciations monétaires. En novembre-décembre 1938 un Acte international concernant la coopération intellectuelle signé par 45 Etats prévoit le paiement d'une contribution par tous les États, membres ou non de la SDN, et fait de l'IICI l'organe principal d'une OCI de plus en plus autonome vis-à-vis de la SDN. L'Acte, ratifié par 11 États (dont la France), entre en vigueur en janvier 1940 mais ne peut être appliqué à cause de la défaite de la France qui entraîne la fermeture de l'IICI en juin 1940. Après une brève réouverture en 1945 et malgré les efforts de la France pour faire de l’IICI le pivot d’une OCI rénovée, les projets anglo-saxons d’une organisation internationale intellectuelle renouvelée dans ses structures et son esprit et liée à l’ONU aboutissent au remplacement de l’IICI par l’UNESCO en novembre 1946.

Les réalisations de l'OCI

L'OCI n'a jamais rien produit par elle-même mais a cherché, par l’intermédiaire de l’IICI, à faciliter la collaboration des intellectuels, dans l’intérêt de ces derniers mais aussi pour servir les buts de paix et de rapprochement international assignés à la SDN. L’essentiel des travaux de l’IICI consiste en des enquêtes et des actions de coordination des initiatives prises par des particuliers, des associations privées ou des organismes officiels dans la plupart des domaines de l’activité intellectuelle : le désarmement moral (l’enseignement des principes de la SDN, la révision des manuels scolaires, l’usage pacifique du cinéma et de la radio), l'enseignement (les équivalences de diplômes, les échanges de professeurs et d'étudiants, la création de centres de documentation pédagogique), la coordination dans le domaine des sciences, la traduction d'ouvrages littéraires, la conservation et la protection internationale des œuvres d'art, la collaboration des bibliothèques et des archives, la défense des droits intellectuels. L’IICI publie des brochures périodiques (La Coopération intellectuelle et Mouseion) et des ouvrages sur tous ses travaux mais ces publications, techniques et austères, s’adressent en priorité à un public restreint de spécialistes et ne montrent aucun souci de vulgarisation, ce qui explique leur faible diffusion.

Mais, plus que par des réalisations concrètes, c’est en instituant, dans les années trente, des espaces de discussion et de réflexion que l’IICI a surtout essayé de rapprocher les intellectuels et les peuples, dans le double but de faciliter le règlement des problèmes internationaux, politiques et économiques, – grâce aux enquêtes réalisées par des experts au sein de la Conférence permanente des hautes études internationales – et de jeter les bases d’une morale universelle – grâce au dialogue entre de nombreux intellectuels européens (notamment Albert Einstein, Sigmund Freud, Thomas Mann, Paul Valéry, Jules Romains) suscité par le Comité permanent des Lettres et des Arts par le biais de la « Correspondance » et des « Entretiens » qui aboutissent à l’affirmation du rôle de la culture dans le rapprochement des peuples, à la condamnation des nationalismes, à la défense des droits de l’homme et à la volonté de créer une conscience européenne et d’établir une organisation internationale imposant son autorité aux États et suscitant l’adhésion des peuples.

Au total, même si l'OCI a eu un caractère élitiste et n'a pas engrangé beaucoup de résultats pratiques, en raison du contexte international de crise politique et économique des années trente, de l'insuffisance de ses ressources financières et du faible soutien des États toujours jaloux de leurs prérogatives dans le domaine de l’activité intellectuelle, elle a cependant démontré la nécessité d'une organisation du travail intellectuel et préparé ainsi le terrain à l'UNESCO, dont le programme initial, largement inspiré par celui de l’OCI, est cependant orienté vers les masses mais dont la mission est aussi de favoriser la compréhension mutuelle des peuples et donc la paix. L’OCI a souffert de n’avoir pas été totalement universelle – et notamment d’avoir été boudée par les grandes puissances (hormis la France) –, en dépit d’une participation accrue des États extra-européens et malgré son orientation apolitique, qui allait à l’encontre de ses principes fondateurs mais qui était perçue comme nécessaire pour maintenir à tout prix des relations intellectuelles avec tous les pays en affirmant ainsi que la coopération des intellectuels devait transcender la coopération des États. Mais son évolution conduit à réhabiliter la SDN qui, faute d’avoir pu remplir sa mission strictement politique, a quand même réussi à développer la coopération internationale technique. Concernant l’OCI, son échec à éviter la guerre ne doit pas faire oublier la justesse et l’actualité de son action.

Europe and North America Latin America and the Caribbean Africa Arab States Asia Pacific