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L’UNESCO donne le coup d’envoi de la reconstruction culturelle en Afghanistan

26-05-2002 10:00 pm Kaboul / Paris - Le débat sur la reconstruction des bouddhas géants de Bamiyan continue de faire rage, occultant parfois d’autres aspects du désastre culturel qu’a vécu l’Afghanistan au cours des deux dernières décennies. Outre ces deux statues uniques au monde, la guerre et le pillage n’ont guère épargné le musée de Kaboul ni le reste du patrimoine afghan, d’une richesse et d’une variété exceptionnelles.

Il faut donc sauver ce qui peut encore l’être. C’est pour s’en donner les moyens que l’UNESCO et le ministère de la Culture et de l’Information de l’Administration intérimaire afghane organisent un Séminaire international sur la réhabilitation du patrimoine culturel afghan. Il réunira un aréopage d’experts et de représentants des bailleurs de fonds à Kaboul, du 27 au 29 mai.

Le séminaire étudiera, entre autres, l’avenir du minaret de Djam, le deuxième plus haut du monde, qui pourrait être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial dès juin 2002. Ce site deviendrait alors le premier site afghan du patrimoine mondial. En effet, les initiatives des autorités de Kaboul, au début des années 80, afin d’inscrire des sites afghans sur la Liste du patrimoine mondial avaient été stoppées net par la guerre.

Bien que largement méconnu par le grand public, le patrimoine culturel afghan est l’un des plus riches de la planète. Il témoigne de plusieurs temps forts de l’histoire de l’humanité depuis le quatrième millénaire avant J.C. L’une des plus anciennes civilisations urbaines fondée sur la connaissance du bronze est alors apparue dans le nord de l’Afghanistan actuel, et a développé un intense commerce caravanier, reliant les civilisations de l’Indus à la Mésopotamie.

L’Afghanistan a aussi été le berceau de la religion mazdéenne (le zoroastrisme, apparu au VIe siècle avant J.C.) puis, suite à l’invasion de la région par Alexandre le Grand au IVe siècle avant J.C., le lieu de la première grande rencontre entre l’Orient (le monde indien) et l’Occident (le monde hellénistique). Elle a notamment donné naissance à une iconographie bouddhique inspirée de l’art grec, dans la vallée de Bamiyan, à Hadda et ailleurs. Ce style artistique a ensuite essaimé en Chine, puis en Corée et au Japon.

A partir du VIIe siècle après J.C., les oasis afghanes sont également devenues d’extraordinaires foyers de civilisation islamique. A Balkh, Ghazni, Djam ou Hérat, architectes, écrivains, peintres, spécialistes des miniatures et des enluminures ont construit des édifices et créé des œuvres qui ont influencé tout l’Est du monde musulman, de la Turquie à l’Inde, en passant par la Perse.

Les fabuleux vestiges de ce passé, et les trésors qui avaient résisté au vol et aux guerres jusqu’à l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques en décembre 1979, ont aujourd’hui disparu en grande partie. Ils ont été victimes de trois formes d’attaques.

Le bâtiment du musée de Kaboul, certains monuments de Hérat et un bazar couvert à coupoles (réputé le plus beau d’Asie centrale), par exemple, ont été détruits par la guerre et les tirs de roquette qui ont ravagé le territoire afghan jusqu’en 1996.

D’autre part, le vol systématique des œuvres afghanes et les fouilles clandestines ont massivement alimenté le marché illégal de l’art. De 1991 à 1996, le musée de Kaboul était pillé : de nombreuses pièces majeures disparurent ainsi, comme les ivoires de Begram, la totalité de la collection numismatique, une partie des statues gréco-bouddhiques et des fragments de peintures murales de la vallée de Bamiyan. De plus, de nombreux sites archéologiques, comme Hadda, Aï Khanoum et Tillia Tepe, étaient vidés de leurs richesses, revendues à l’étranger. Ces pratiques se poursuivent aujourd’hui dans certaines zones.

Enfin, le décret promulgué par le mollah Omar le 26 février 2001 afin de détruire « toutes les statues et tombeaux non islamiques » a abouti à l’anéantissement des bouddhas de Bamiyan et d’objets appartenant à la collection de 100 000 objets du musée de Kaboul, dont seulement 30% ont survécu, selon les estimations. Auparavant, certains sites avaient déjà été détruits pour des raisons idéologico-religieuses, notamment à Hadda et Hérat.

Depuis six mois, plusieurs experts ont été mandatés par l’UNESCO pour évaluer les dégâts. En décembre 2001, Paul Bucherer-Dietschi, directeur du Musée de l’Afghanistan en exil de Bubendorf (Suisse), s’est rendu dans la vallée de Bamiyan. Il y a constaté que non seulement les deux bouddhas géants avaient été détruits mais que les statues plus petites de Kakrak et de Foladi avaient également disparu. Il a fait recouvrir les blocs de pierre restant par des bâches protectrices en fibre de verre.

Dans un document présentant 15 propositions de projets, qui seront examinées lors du séminaire de Kaboul, l’UNESCO préconise la consolidation des falaises de Bamiyan, la conservation des restes des statues in situ, la construction d’un musée sur le site et la réalisation de sondages archéologiques. Ces derniers viseraient à localiser de nouvelles grottes et un Bouddha couché long de plusieurs centaines de mètres, qui serait encore enfoui dans la vallée de Bamiyan.

La question très controversée, y compris au sein de l¹Administration intérimaire afghane, dela reconstruction des deux bouddhas géants n’est pas abordée dans ce document. Elle fera l’objet d’un débat lors du séminaire.

A Kaboul, dès la fin 2001, des employés locaux du musée national et des archéologues afghans ont été chargés par l’UNESCO derépertorier les restes des objets détruits et de les mettre à l’abri. Le 1er mars 2002, un protocole d’accord et de coopération portant sur la réhabilitation du musée a été signé entre les autorités afghanes et l’UNESCO. Cette initiative a été suivie en mars 2002 par l’envoi d’une mission d’expert, conduite par le professeur italien Andrea Bruno.

Ce dernier a estimé nécessaire et « urgente » la restauration du bâtiment de l’actuel Musée, dont la belle architecture des années 20 a souffert des tirs de roquettes. Il préconise également de procéder dès que possible à la reconstitution de certaines pièces emblématiques détruites, à partir des fragments restants, en faisant appel aux techniques de numérisation et d¹assemblage virtuel.

Le projet de réhabilitation du musée qui sera examiné à Kaboul entérine les conclusions d’Andrea Bruno. Il propose également l’extension du bâtiment, son équipement avec du matériel approprié, notamment en vue d’ouvrir un laboratoire de restauration et de réaliser un inventaire informatisé, et la formation du personnel. Un programme de restitution d’objets afghans exportés illégalement sera aussi mis en oeuvre, une fois que le musée offrira des conditions de sécurité suffisantes.

Andrea Bruno a par ailleurs inspecté le site du minaret de Djam, qui pourrait être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial dès juin prochain. Ce minaret, construit à la fin du XIIe siècle dans l’ouest du pays, est le deuxième plus haut du monde (65 mètres), après le Qutub Minar de New Delhi (Inde).

Andrea Bruno a constaté que le site de Djam, qui comprend aussi des fortifications, un cimetière juif, les ruines d’un palais, etc., était exposé à trois types de menaces : des risques d’infiltration d’eau liés à la localisation de la base du minaret à l’intersection de deux rivières, un projet de route qui traverse le site et dont la construction pourrait ébranler l’édifice (notamment du fait des vibrations), et la poursuite de fouilles illicites.

« Il est indispensable qu’à l’avenir, ce monument et le site archéologique tout entier fassent l’objet d’une surveillance constante », écrit-il en soulignant que l’importance historique de Djam est comparable à celle de la vallée de Bamiyan et des principaux monuments afghans.

Dans son document de projets, l’UNESCO explique qu’elle mène depuis 1999 des travaux de consolidation de la base du minaret avec l’ONG SPACH (Society for the Protection of Afghanistan’s Cultural Heritage) et préconise de nouvelles fouilles, la surveillance du site par des gardes formés à cet effet et la modification du tracé de la route.

Enfin, en mars 2002, une autre mission d’expert, conduite par l’Italien Marco Menegotto, a permis de dresser un premier bilan des graves destructions subies par la ville de Hérat pendant la guerre.

Marco Menegotto a passé en revue cinq grands complexes architecturaux de ce fleuron de l’art islamique, situé à l’ouest du pays: la citadelle, le site des minarets (dont l’un a été presque totalement détruit pendant la guerre civile), lamosquée du vendredi, les mausolées de Gawar Shad et du Shah Zadehah et le tombeau d’Abdurrahman al Ansari.

Suite au rapport de Marco Menegotto, l’UNESCO, qui avait déjà lancé une campagne de restauration du site en 1975, soumettra six projets urgents de sauvegarde aux participants du séminaire de Kaboul. Ce document de projets indique enfin que d’autres sites, comme Balkh, Ghazni ou le palais présidentiel de Kaboul, feront bientôt l’objet d’une évaluation détaillée.

Le séminaire de Kaboul réunira une délégation de l’UNESCO conduite par le Sous-Directeur général pour la culture, Mounir Bouchenaki, le Président du Comité du patrimoine mondial, Henrik Lilius, des représentants d’une quinzaine d’Etats*, des experts afghans ou internationaux et des membres d’ONG.

Il permettra aux participants d’échanger des informations sur l’état actuel du patrimoine et de déterminer les actions d’urgence à entreprendre, ainsi qu’un plan d’action à long terme. Ils se prononceront aussi sur la création d’un comité decoordination international pour la sauvegarde du patrimoine afghan. Ce comité, composé d’Etats et d’organisations internationales, sera chargé d’examiner, d’approuver et de superviser les futurs projets mis en oeuvre.

Différents points précis sont inscrits à l’ordre du jour : l’identification des sites nécessitant des mesures d’urgence, l’avenir du musée de Kaboul et du site de Bamiyan, la réalisation d’un inventaire du patrimoine, la formation de professionnels spécialisés dans la gestion et la conservation des biens culturels, la création d’infrastructures adéquates (centre de recherche, bibliothèque, etc.), la préparation d’instruments juridiques pour la protection des biens et contre le trafic illégal, et l’intégration des questions culturelles dans le plan national de reconstruction de l’Afghanistan.

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* Afghanistan, Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Grèce, Inde, Iran, Italie, Japon, Pakistan, Royaume-Uni, Suisse, Turquie.

Pour plus d’informations, contactez le Service de presse de l’UNESCO, tél. 01 45 68 17 48


Site web : Afghanistan



Source Communiqué de presse N°2002-30
Auteur(s) UNESCOPRESSE


 ID: 3020 | guest (Lire) Mise à jour: 13-10-2003 8:37 am | © 2003 - UNESCO - Contact