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Diversité linguistique : 3 000 langues en peril

19-02-2002 11:00 pm Paris - La moitié environ des quelque 6 000 langues parlées dans le monde sont menacées de disparition, à des degrés divers. Au cours des trois siècles derniers, des langues se sont éteintes ou ont disparu dans des proportions dramatiques et à un rythme sans cesse croissant, en particulier en Amérique et en Australie. Aujourd’hui, au moins 3 000 langues sont menacées dans de nombreuses régions du monde.

Ces informations sont livrées dans la deuxième édition de l’Atlas des langues en péril dans le monde (*), beaucoup plus détaillée que la précédente, qui sera présentée le 21 février, à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle. Avec ses 14 cartes en couleur et ses 24 pages de commentaires, l’Atlas permet de localiser des “ points chauds ”, où la diversité linguistique est la plus menacée. Les linguistes considèrent généralement que la langue d’une communauté est en danger lorsque plus de 30% des enfants de cette communauté ont cessé de l’apprendre.

“ Parmi toutes les langues parlées dans le monde, la plus importante pour le début du développement émotionnel et cognitif est celle avec laquelle nous apprenons à nommer notre univers personnel [...] C’est la langue de l’enfance, de l’expérience familiale intime et de nos premières relations sociales ”, souligne le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, dans le message qu’il adresse à l’occasion du 21 février. “ En cette Journée internationale de la langue maternelle, toutes les langues sont traitées à égalité, car chacune est une réponse unique à la condition humaine et chacune est un patrimoine vivant qui mérite toute notre sollicitude ”.

Selon l’Atlas, l’Europe compte une cinquantaine de langues en péril. Certaines, comme plusieurs langues sâme (lapones), parlées en Scandinavie et dans le nord de la Russie, sont considérées comme sérieusement menacées où moribondes. La France à elle seule compte 14 langues “ gravement menacées ”. En Sibérie (Fédération de Russie), presque toutes les langues locales, soit une quarantaine, sont en voie de disparition. En Europe, les langues minoritaires ont souffert de politiques répressives, même si elles ont récemment retrouvé des défenseurs. Seuls quelques rares pays, comme la Norvège et la Suisse, encouragent le multilinguisme depuis longtemps.

En Asie, la situation reste floue dans de nombreuses régions de Chine. Selon l’Atlas, la pression du chinois est particulièrement forte dans le nord-est du pays, dans le nord-ouest et l’ouest du Xinjiang et dans la province du Yunnan (sud du pays). Dans le sous-continent indien en revanche, malgré une grande richesse linguistique, bien documentée, la plupart des langues sont restées vivaces, grâce aux politiques de bilinguisme (ou de multilinguisme) mises en œuvre.

Seul un nombre restreint de langues sont en train de disparaître, notamment dans les régions himalayennes et dans les montagnes du Pamir (Asie centrale et Afghanistan). De même, dans les îles Andaman (Golfe du Bengale), l’önge et le shompen ne comptent plus que quelques dizaines de locuteurs chacune.

La région Pacifique, qui inclut le Japon, Taiwan (Chine), les Philippines, la Malaisie insulaire, l’Indonésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon, Vanuatu, la Nouvelle- Calédonie, Fidji, la Micronésie, la Polynésie et l’Australie, renferme plus de 2 000 langues vivantes, soit le tiers du total mondial. La Papouasie-Nouvelle-Guinée, à elle seule, compte au moins 820 langues, battant tous les records de densité linguistique. Selon l’Atlas, les langues de cette région du monde restent globalement bien vivantes. Trois points chauds méritent néanmoins d’être signalés: l’Australie, la Nouvelle-Calédonie et Taiwan. Sur les 23 langues locales de Taiwan, 14 ne résistent pas à la pression du chinois. En Nouvelle-Calédonie, le français a exercé une “ influence dévastatrice ”: sur 60 000 habitants autochtones de l’île, 40 000 ont oublié leur langue maternelle. Quant à l’Australie, qui interdisait aux Aborigènes d’utiliser leurs quelque 400 langues jusque dans les années 70, elle affiche un nombre record de langues récemment disparues ou menacées. Seules 25 langues aborigènes y demeurent couramment parlées.

L’Afrique est sans doute le continent le plus mal connu sur le plan linguistique. Les autorités de nombreux pays y encouragent la domination de “ grandes ” langues africaines, comme le swahili (Afrique de l’Est) ou même des langues coloniales. L’Atlas estime ainsi que sur 1 400 langues locales, au moins 250 sont menacées et 500 à 600 sur le déclin. Le Nigeria et les pays de l’est du continent (Ethiopie, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Soudan) sont les deux points chauds où la densité des langues moribondes ou gravement menacées est la plus forte.

En Amérique du Nord, très peu de langues inuites de la région arctique ont survécu à la pression des langues française et anglaise. Depuis quelques années, le Canada encourage cependant la préservation de ces langues, ainsi que des 104 langues amérindiennes qui survivent sur son sol (19 sont moribondes et 28 gravement menacées). Aux Etats-Unis, moins de 150 langues indiennes survivent aujourd’hui, alors que le territoire en comptait plusieurs centaines avant l’arrivée des Européens. La plupart sont en péril et beaucoup sont moribondes. Bien que la discrimination à l’égard de ces langues ait diminué dans les années 70, “ un retour en force du conservatisme et de la politique de ‘l’anglais seulement’ est intervenu dans les années 80, accélérant l’extinction des langues amérindiennes ”, selon l’Atlas.

En Amérique centrale et du Sud, la diversité linguistique est relativement pauvre comparée à d’autres régions. Cet appauvrissement est le résultatde l’extermination de populations entières dans l’est du Brésil, en Argentine et en Uruguay. Aujourd’hui, de nombreuses langues indiennes reculent face à l’espagnol ou au portugais. Au Mexique par exemple, 14 langues locales sont en péril où moribondes. On estime qu’environ 375 survivent en Amérique du Sud, dont une grande proportion est gravement menacée ou moribonde.

Diverses causes peuvent aboutir à l’abandon progressif d’une langue par ses locuteurs, explique l’Atlas. La première est l’éclatement et le déplacement de certaines communautés: des individus ou des petits groupes d’individus se retrouvent immergés dans un Environnement Culturel et linguistique différent, qui finit par étouffer leur langue. Une langue peut aussi disparaître lorsque seslocuteurs entrent en contact avec une culture plus “ agressive ” ou plus forte sur le plan économique. Les adultes encouragent alors leurs enfants à apprendre la langue de la culture dominante, notamment en vue de trouver du travail. Enfin, certaines minorités et leur langue sont agressées par des groupes humains qui détruisent leur environnement pour en tirer des minerais, du bois, du pétrole, etc. La situation s’aggrave lorsque les autorités découragent systématiquement l’emploi des langues locales (à l’école, dans l’administration, dans les médias, etc.).

Cependant, une langue menacée, voire moribonde ou considérée comme éteinte, peut être sauvée par une politique linguistique volontariste. Au Japon par exemple, l’aïnou ne comptait plus que huit locuteurs sur l’île d’Hokkaido à la fin des années 80. L’aïnou renaît aujourd’hui après des années d’ostracisme et de déclin. Un musée de l’aïnou a été ouvert sur l’île et des cours sont offerts aux jeunes, qui redécouvrent cette langue. Parfois, certaineslangues disparues sont même “ ressuscitées ”. Le cornique d’Angleterre, qui s’est éteint en 1777, a ainsi été ranimé ces dernières années. Il compte aujourd’hui un petit millier de locuteurs, qui l’emploient comme seconde langue.

La Journée internationale de la langue maternelle sera célébrée à l’UNESCO à Paris le 21 février (16h), en présence de nombreuses personnalités et linguistes de renom. Un hommage particulier sera rendu au linguiste récemment disparu, Stephen Wurm, directeur de la publicationde l’Atlas. Australien d’origine hongroise, cet éminent professeur parlait une cinquantaine de langues.

L’UNESCO, qui encourage le multilinguisme, célèbre la Journée internationale de la langue maternelle depuis le 21 février 2000. L’Organisation mène également des études sur certains groupes de langues particulièrement menacés, comme une langue de l’est de l’île d’Espiritu Santo (Vanuatu) ; les langues du Sud-Selkup, en Sibérie (Fédération de Russie) ; les langues austronésiennes du Timor oriental ;la langue lisa en Thaïlande ; la langue aborigène wanyi (Australie), que l’on croyait éteinte depuis longtemps mais dont on a récemment retrouvé deux locuteurs. L’UNESCO envisage aussi de créer un système de veille visant à prévenir la disparition des langues menacées.

Les initiatives de l’UNESCO dans le domaine des langues s’inscrivent dans le cadre de ses efforts en faveur de la protection du patrimoine immatériel: musiques traditionnelles et populaires, danses, festivals, traditions, savoirs traditionnels, traditions orales et langues locales. L’UNESCO, qui a adopté la Déclaration universelle sur la diversité culturelle lors de sa dernière Conférence générale, le 2 novembre 2001, encourage la communauté internationale à prendre des mesures pour protéger le patrimoine immatériel, dont les langues, au même titre que les trésors naturels et culturels du patrimoine matériel.

Contact: Sophie Boukhari, Bureau de l’information du public, Section éditoriale, e-mail : s.boukhari@unesco.org / tél. (33 -1) 45 68 46 96

(*) Pour l’instant, cette deuxième édition n’est disponible qu’en anglais.


Site web : Message du Directeur général de l'UNESCO - Koïchiro Matsuura - pour la Journée internationale de la langue maternelle.



Source Communiqué de presse N°2002-07
Auteur(s) UNESCOPRESSE


 ID: 1864 | guest (Lire) Mise à jour: 15-11-2002 5:21 pm | © 2003 - UNESCO - Contact